U comme utiliser le témoignage des membres de sa famille en généalogie, ah bon ?

Le piège de la généalogie ? Ne plus s’alimenter devant son écran, ne plus boire, ne plus se laver, ne plus avoir de vie sociale, ne plus sortir, bref, devenir un fantôme de votre famille – quelle ironie du sort ! Quand vous commencez à vous réveiller la nuit pour y penser… c’est mauvais signe – merde, je ne veux pas perdre ma vie sociale moi !

Quand vous sentez que vous perdez le contact, pourquoi ne pas aller interroger et parler avec les membres de votre famille ? Je ne vous dis pas qu’il faille organiser un repas dominical en grandes pompes ni même aller voir des membres de votre famille exclusivement pour qu’ils vous servent les résultats de vos recherches sur un plateau, pas du tout même. Parenthèse : je pars du principe qu’il s’agit là d’un témoignage familial mais rien ne vous empêche d’aller simplement errer dans les rues de votre village ou ville d’origine pour essayer d’interpeller des gens simplement pour connaître l’histoire du quartier, de la commune, etc.

Outre le lien social que cela offre, le témoignage oral reste une source précieuse en tout cas que je considère comme telle dans le sens où elle est, en soi, une transmission. On n’est plus dans la recherche un peu froide entre vous et des registres ou un écran, mais bien sur le terrain, dans la rencontre avec quelqu’un qui, bien souvent, n’attend qu’une chose : vous raconter ses souvenirs, transmettre sa mémoire.

Pour autant, une source orale n’est pas infaillible, du moins pas plus infaillible qu’une source manuscrite ou que des archives d’autres types. Il convient toujours de critiquer ses sources orales, plutôt en aval – ne vous amusez pas à contredire votre interlocuteur-rice à chaque erreur ou date erronée qu’il ou elle évoquera.

Le processus mémoriel m’intéresse depuis mes études d’histoire et je trouve d’ailleurs très intéressant de pouvoir cerner la construction, la reconstruction mémorielle d’un individu – et je ne parle pas d’une reconstruction forcément volontaire, même à 20 ans, votre mémoire est un produit reconstruit, ben si.

Le témoignage oral, en outre, permet parfois une transmission qu’aucune archive ne pourra vous retranscrire : une émotion, un sentiment, un vécu. Et pour le coup, croiser et entremêler témoignages oraux et sources archivistiques est vraiment intéressant. Alors coupez un coup les réseaux sociaux et autres machines à clavier et allez à la rencontre des mémoires qui vous intéressent !

Note : il existe toute une méthodologie pour recueillir des sources orales – eh oui ça se prépare, enfin si vous voulez faire ça dans les règles de l’art – que je peux vous détailler si vous le souhaitez ou si cela vous intéresse. Cela me permettra en plus de replonger dans des cours de fac très intéressants.

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6 commentaires

  1. Bien dit !
    D’où l’importance de questionner nos “anciens” avant qu’ils ne quittent ce monde !
    J’ai manqué d’à peine deux ans un grand-oncle, le dernier de sa génération, né dans les années 30, qui aurait pu me raconter plein de choses sur mes grands-parents en Algérie mais découvert via internet trop tard. Il était âgé, certes, mais il avait toute sa tête.
    Je regrette de n’avoir pas pu le contacter avant…mais c’est comme ça.
    Restent ses enfants, mes cousins, avec qui je communique et qui me partagent leurs trouvailles, dont une photo de mariage de mes grands-parents de 1945 que personne dans ma famille proche n’avait vue, comme quoi !

    1. Eh oui, après je crois aux actes manqués : moi aussi je regrette parfois de ne pas avoir eu – ou pris selon les circonstances – le temps de parler avec certains de mes aïeux. Grâce à Internet, on a justement l’occasion d’entrer en contact avec des cousins avec lesquels jamais – ou presque – nous n’aurions pu communiquer. Merci pour le commentaire 🙂

  2. Se balader sur les pas de nos ancêtres: Bonne idée. Lors d’une de mes rares visites en France, munies d’une carte de randonnée IGN (incroyablement utile), ma sœur et moi avons visité tous les petits hameaux et bourgades où nos ancêtres avaient vécu, travaillé, voyagé, procréé….. dans un petit coin de Charente. Nous avons parlé avec autant d’anciens que nous avons rencontrés, je leur ai écrit et envoyé des cartes postales de chez moi à mon retour. Ainsi par l’un d’entre eux j’ai obtenu un acte de vente entre la famille recherchée et sa famille et par un autre j’ai découvert une cousine. Sa grand-mère était la sœur de mon arrière-grand père. Il n’était jamais retourné “au Pays” après son service militaire et personne ne savait (ou se rappelait) où il avait fait souche.

    1. Très intéressant, comme quoi, ne pas hésiter – jamais – à aller à la rencontre de gens ! D’autant que vous n’habitez pas en France Annick…

  3. Guillaume, ah oui, je serais très intéressée par une bonne méthodologie pour récupérer les sources orales.
    Est-ce que certaines règles peuvent s’appliquer aussi à la récolte d’un témoignage par écrit ?
    Merci par avance de vos conseils.
    Murielle (@Girondegenea)

    1. Bonjour Murielle,
      Tout dépend de ce que vous appelez témoignage par écrit : si vous voulez dire par là que vous interrogez une personne par écrit et que sa réponse sera donc écrite, en effet il ne s’agit plus de témoignage oral.
      Sur les sources orales : il est fondamental de préparer son entretien en amont. Quelles questions ? Quel ordre ? Prévoir un temps imparti et, surtout, prévenir la personne interrogée du thème et du temps prévu à l’entretien. Ensuite, il est indispensable d’enregistrer l’entretien et ce pour deux raisons : la première, ne pas se perdre dans une prise de notes, la seconde, pouvoir retranscrire dans un deuxième temps le témoignage de la personne avec exactitude. Toujours demander l’autorisation d’enregistrer, c’est fondamental. Attention également à la fin d’entretien : souvent, c’est lorsque la personne ne se sent plus “enregistrée” qu’elle devient d’un coup très bavarde : ne pas arrêter trop vite l’enregistreur. Pour revenir aux questions, il est important de ne pas chercher à contredire votre interlocuteur systématiquement. Exemple : une date historique est citée mais est erronnée : ne vous précipitez pas pour la contredire. D’une part, ça peut braquer votre interlocuteur, d’autre part ça m’amènera rien de plus à la teneur de ce qu’il raconte. Le cas échéant, reposez-lui la question différemment et faites lui préciser. Enfin, sachez qu’il existe trois types d’entretien : l’entretien libre, où il n’y a pas ou très peu de question. Il s’agit de laisser parler la personne (récit de vie par exemple) : ça peut être le type d’entretien choisi en généalogie selon vos préoccupations. L’entretien semi-directif, qui correspond à ce que j’ai décrit ci-dessus : des questions sur des thèmes choisis mais avec l’idée de laisser parler l’interlocuteur. Et l’entretien directif où là, seules des questions fermées (oui/non) sont posées à l’interlocteur. Ce dernier type d’entretien semble peu pertinent dans le cadre d’un entretien lié à la généalogie sauf cas particuliers. Voilà Murielle, j’espère avoir été clair, n’hésitez pas à revenir vers moi pour d’autres questions. Voire même directement via la rubrique Contact. Excellente journée.

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