Sur les traces des Chaix

Comment constituer une généalogie sans s’intéresser de près à son patronyme, celui qui nous a été transmis à la naissance, ce nom qui nous relie directement au passé et à une partie de nos ancêtres ? Le mien s’écrit Chaix, se prononce Chèxe, et la mémoire familiale retient que les Chaix de notre famille ont toujours habité Saint-Sorlin-d’Arves, petit village alpin de Maurienne, dans le département de la Savoie. Une généalogie a priori facile à constituer : pas de migration, des archives peu lacunaires et relativement bien conservées… Voyons de plus près ce qu’il en est.

12 générations attestées

Schématiquement voici comment se présente la branche Chaix de mon arbre :

Moi

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Mon père

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Maurice Ernest Edouard Célestin Chaix (1918-2003)

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Charles François Marie Chaix (1868-1935)

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Joseph Théophile Chaix (1820-1898)

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François Chaix (1786-1865)

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Joseph Chaix (1757-après 1813)

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François Chaix (1713-1791)

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Barthélémy Chaix (1672-1743)

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Sorlin Chaix (1642-1706)

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Claude Chaix ( -1665)

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André Chaix ( – )

Une famille implantée à Saint-Sorlin au moins depuis le milieu du XVIIe siècle ?

Ainsi, mon ancêtre le plus lointain, avéré par les archives à ma disposition, s’appelle André Chaix. Il exerce la profession de notaire, tout comme son fils, Claude, qui décède en 1665. Transmis de père en fils, je ne retrouve cependant pas de notaire dans les générations suivantes. Toutefois, il est important de bien comprendre que Saint-Sorlin-d’Arves est une commune pastorale avant tout. Les revenus des familles sont constitués par le travail de la terre et par l’élevage, sans exception. Gabriel Pérouse (1874-1928), archiviste et historien français, a rédigé une Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie dans laquelle il écrit :

C’était aussi une population – et ceci nous intéresse davantage – extrêmement homogène, en ce sens qu’il n’y avait guère de différence entre le plus pauvre et le plus riche des habitants de Saint-Sorlin. La terre est très morcelée ; il y en a pour tous. Les 1455 hectares de la commune soumis au régime de la propriété individuelle sont divisés, au cadastre de 1738, en 5391 parcelles, qui se trouvent réparties entre tous les chefs de famille. […] Il y a juste neuf parcelles, sur les 5931 que nous indiquions, qui appartiennent à des étrangers, paysans des communes limitrophes. Quatre-vingt trois autres forment des dotations de l’église paroissiale et des chapelles que les villageois ont fondées. Tout le reste se trouve aux mains des habitants, tous cultivateurs,  […]. Et ce sont également des cultivateurs ceux qui joignent à la culture et à l’élevage un métier ; c’est d’ailleurs une rareté ; pendant plus d’un siècle en effet que dure notre période [1648-1758], nous ne rencontrons guère que deux tisserands, qui tissent des draps du pays, deux forgerons qui forgent le fer de Maurienne, et cinq notaires qui minutent les contrats sans trop de cérémonies et moyennant de très modiques honoraires ; ils sont restés paysans et leurs enfants le sont après eux. »

Source : PEROUSE, Gabriel, « Histoire d’une population aux XVIIe et XVIIIe siècles – Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie », dans Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, Chambéry, T67, 1930, pp.17-65

Par ailleurs, Gabriel Pérouse cite André Chaix et me permet d’en savoir plus sur mon ancêtre. Son étude constitue à ce titre une source précieuse pour mes recherches généalogiques :

André Chaix, l’un des chefs de famille de 1648, était notaire. Il eut une fille et deux fils, Claude, qui fut aussi notaire, et Jacques, qui fut syndic de la commune. Cette maison dans un village où nous savons qu’il y avait d’ailleurs peu d’inégalité dans les conditions, était donc parmi les plus aisées ; il fallait, pour être notaire, avoir étudié hors de la commune, et pour être prêtre aussi, comme fut l’un des enfants du notaire Claude. »

Source : PEROUSE, Gabriel, Ibid., p.41

Je trouve également la trace d’un André Chaix, notaire, durant la peste de 1588 à Saint-Sorlin-d’Arves. S’agit-il de lui ou du père d’André ? Quoiqu’il en soit, la présence de mes ancêtres Chaix à Saint-Sorlin est attestée finalement au moins jusqu’à la fin du XVIe siècle.

La descendance d’André

Pérouse précise qu’André Chaix a trois enfants, deux garçons et une fille. Vu que mon ancêtre Claude est aussi notaire, j’en déduis que c’est lui l’aîné de la fratrie. Il se marie le 28 janvier 1636 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Jacqueline Fay-Jacquet. De cette union, naissent 7 enfants, dont Sorlin, en 1642. Si l’archiviste précise que l’un des enfants de Claude est prêtre, je n’en trouve pour l’instant aucune trace. Mais je ne vais pas tarder à découvrir des migrations et liens avec le Dauphiné jusque là insoupçonnés.

Des liens et des cousins en Oisans

Sorlin Chaix se marie en 1667 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Charlotte Arnaud. 8 enfants naissent de cette union, dont Barthélémy, mon ancêtre. Première surprise : en mai 1710, Jean Claude Chaix, le dernier de la fratrie né en 1687, se marie à Villard-Reculas, dans l’Oisans (Isère), avec Géline (ou Céline) Roux ; moins d’un mois plus tard, c’est au tour de sa soeur, Agnès Chaix, née en 1675, de se marier à Villard-Reculas avec Jean Revol. Deuxième surprise : le curé de ce même village de Villard-Reculas n’est autre que… Jean Baptiste Chaix, né en 1677 à Saint-Sorlin, frère de mon ancêtre Barthélémy. Troisième surprise : alors que Sorlin Chaix décède en 1706, toujours à Saint-Sorlin, sa femme – Charlotte Arnaud – décède en 1721 et est enterrée à… Villard-Reculas !

Il faut savoir que les mariages à Saint-Sorlin-d’Arves sont marqués par un fort taux d’endogamie : très exceptionnellement, je retrouve des mariages unissant des conjoints ayant des origines autres qu’arvines et paradoxalement, sur cette petite minorité, cela concerne régulièrement des individus venant du Dauphiné. En témoigne un mariage retrouvé dans les registres paroissiaux de la commune en 1720, unissant Bartholomée Chaix (sans lien direct avec les Chaix évoqués précédemment) et Barthélémy Dusser, originaire de Clavans.

Mise en évidence de la proximité entre Saint-Sorlin et le Dauphiné. Villard-Reculas se situe à quelques kilomètres au sud-ouest d’Huez.

Le premier Chaix était-il Dauphinois ?

J’arrive ainsi rapidement à me dire que les Chaix des Arves viennent finalement du Dauphiné et qu’ils sont montés se fixer dans les Arves, et précisément à Saint-Sorlin avant la fin du XVe siècle. Dans son Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Gustave Chaix-d’Est-Ange (1800-1876) – ça ne s’invente pas ! – décrit un des patronymes Chaix de cette manière :

Le nom de Chais, ou Chaix, très répandu dans la Haute-Provence, a été porté dans cette région au moyen âge par une famille noble et distinguée. Guillaume Chaix vivait en Trièves en 1285. […]

Source : CHAIX-D’EST-ANGE, Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, vol.IX, Evreux, 1903-1929, p.210.

La boucle est ainsi bouclée… Le tout premier Chaix recensé l’aurait été dans le Trièves, dans le sud du département de l’Isère, au XIIIe siècle et s’appelle Guillaume : ça non plus, ça ne s’invente pas. Par ailleurs, beaucoup de Chaix sont présents à l’époque médiévale dans le Briançonnais et en particulier vers Gap.

Racine étymologique du patronyme Chaix

L’étymologie même du nom pourrait indiquer que la famille Chaix migre au cours des siècles du sud vers le nord. Sur Généanet, je lis :

Le sens n’est pas très clair : le mot peut désigner une variété de genévrier. Mais il est souvent associé en topographie à des collines, et c’est sans doute le sens de « rocher » qu’il faut privilégier, soit d’après la racine « quer », soit par une métaphore liée à l’occitan « cais » (= mâchoire, dents) »

Source : Généanet

La racine occitane fait écho à la mémoire familiale qui retient cette version de l’origine du nom avec l’idée d’homme aux fortes mâchoires. Par ailleurs, les Chaix à Saint-Sorlin semblent être basés sur le haut de la commune, dans le hameau de Pierre-Aigüe, confortant l’hypothèse de l’origine topographique du nom de famille. Dans les registres paroissiaux, je trouve différentes ortographes : Chais, Chays, Cheys, ou encore Ches, le S s’étant progressivement transformé en X. Comme la mémoire familiale s’attache à le prononcer, j’ignore l’origine de mon patronyme qui viendrait du Chai, qui désigne le lieu où se déroule la vinification. D’autant qu’à Saint-Sorlin, les vignes n’existent pas. Une dernière hypothèse est émise par Robert Gabion, dans son excellent Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie)… :

Dérivés de l’ancien français chas, corps de bâtiment (latin capsa, coffre), correspondant aux toponymes mauriennais anciens Chassum, Cheys, Chaix (celliers, membres de maisons) ; mais « chaix » a pu représenter dans le passé une notation palatalisée de saix (latin saxum), rocher. […] »

Source : GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.223.

Pas de preuve formelle quant à l’origine exacte de mes ancêtres, seules des hypothèses demeurent. Les faits, eux, se contentent de fixer l’origine de mon ascendance patronymique à Saint-Sorlin-d’Arves. À suivre…

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