G comme guérir de ses ancêtres en faisant de la généalogie, te drogues-tu ?

Soyons sérieux, parce que pour le coup on se doit de l’être. Guérir de ses ancêtres ou faire de la psychogénéalogie, pour reprendre le terme de Anne-Ancelin Schützenberger, c’est considérer qu’il existe des transmissions conscientes et inconscientes entre les générations. Aussi bien que nos ancêtres nous transmettent un patrimoine génétique, je pense que nous héritons également d’un héritage émotionnel, rempli de charges positives et négatives.

Bon, je fais tout de suite un premier point car je vous imagine en face de moi avec des yeux écarquillés ou des sourcils froncés : la psychogénéalogie, ce n’est pas de la généalogie magique. Si vous avez mal au genou droit, n’allez pas automatiquement en déduire que vous l’avez hérité de pépé Zacharie. En revanche, et je parle en connaissance de cause, on constate parfois des occurrences de dates par exemple, et même d’événements de génération en génération, qui laissent à penser qu’un véritable travail sur soi est possible à partir d’une démarche généalogique.

Comme je viens de le dire, il s’agit d’un travail sur soi. Je suis généalogiste, pas médecin. Ceci étant, m’intéressant personnellement depuis longtemps à la psychologie, je suis de plus en plus convaincu qu’un certain nombre de maladies que nous contractons sont d’origine somatique, c’est-à-dire produite par notre psychisme pour un tas de raisons : là encore, attention aux mots que vous lisez. Dire qu’une maladie est d’origine somatique ne veut pas dire pour autant que la maladie est imaginaire ou différente de ce qu’elle est : ne pensez pas guérir du diabète en établissant votre arbre sur cinq générations et en mettant en évidence certaines choses.

Je pense que c’est une question de sensibilité et de ressenti aussi : découvrir qu’un secret de famille se nichait du côté d’un grand-père atteint de tuberculose alors que vous-même avez des problèmes pulmonaires à répétition peut éveiller en vous certaines choses… ou pas ! C’est pour ça que la psychogénéalogie se pratique au cas par cas et ne doit, sous aucun prétexte, se substituer à telle ou telle prescription d’un professionnel de santé ou d’un médecin (Merci de cette intervention monsieur La Palice).

Ceci étant rappelé, libre à vous de regarder votre arbre sous un aspect différent et pourquoi pas de faire appel à un généalogiste professionnel pour vous aider à pointer du doigt des événements ou des phénomènes récurrents dans votre arbre. L’étude des dates par exemple peut être intéressante, ou bien la transmission de prénoms, dans certains cas, s’avère lourde de sens.

Pour aller plus loin, je vous renvoie aux quelques ouvrages de référence que je cite dans le lien ci-dessus, en vous rappelant une dernière fois qu’il faut se méfier des déviances quasi sectaires de certain-e-s qui se disent thérapeutes ou ce que vous voulez : la psychogénéalogie est une discipline émergente qui a le vent en poupe, certes, mais que certains s’approprient de manière pour le moins trouble et faussée.

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26 commentaires

  1. Très bon article Guillaume! Je partage entièrement ton point de vue sur ce qu’on doit attendre de la psychogénéalogie et ses limites… c’est un peu LE sujet qui me passionne en ce moment!

    1. As-tu lu des ouvrages là-dessus ? Si non, je te conseille les quelques ouvrages que je cite, au moins pour introduire le sujet 🙂

  2. Je suis comme toi, je pense qu’il s’agit bien évidement une question de sensibilité et de ressenti.

    A ce sujet, J’ai lu il y a quelque temps un ouvrage qui s’intitule : “L’empreinte de naissance” de J.P. Brébion
    http://www.energie-sante.net/fr/HP201_notre-empreinte-de-naissance.php
    Comme l’auteur l’écrit : nous sommes programmés mais libres ! A nous, de trouver le chemin !
    Mais cela n’est guère aisé et peut prendre du temps !

    1. Merci beaucoup Evelyne d’avoir pris le temps de réagir : la fatalité n’existe pas et de toute façon, en psychogénéalogie comme dans d’autres approches concernant le développement de soi, il faut avancer en pleine conscience et pas en se cachant derrière des méthodes ou des techniques dites “miraculeuses” pour qu’elles agissent à notre place !

  3. Après lecture de la bibliographie, qui m’a – quand même je dois dire laissée perplexe – même si je veux bien croire, tu as retrouvé des occurrences ???

    1. Bonjour Florence, pourquoi perplexe ?
      Disons que le principe n’est pas d’y croire ou de ne pas y croire. La psychogénéalogie, au même titre que d’autres approches thérapeutiques en psychologie, est reconnue et fiable. Ce n’est pas magique et il n’y a absolument rien de mystérieux ! Oui, à titre personnel et dans mon entourage proche, j’ai vraiment pu vérifier et expérimenter des occurences plus ou moins spectaculaires. Des reproductions d’événements à des dates quasi identiques par exemple. Après, je le répète, mais je crois vraiment qu’il s’agit d’une question de ressenti et de sensibilité : l’occurence n’est valable que si elle provoque du sens en toi. Après tout, seul le résultat compte : si, à l’issue d’une thérapie employant une démarche généalogique, le patient se sent mieux, l’essentiel est atteint !
      Merci de ton passage Florence 🙂

  4. Bonjour Guillaume, J’en ai entendu parler, mais je ne m’y suis pas encore intéressée; je suis peut-être trop terre-à terre ! Mais oui, bon, pourquoi pas ? (pas du tout convaincue par cette démarche). Bon ChallengeAZ.
    Murielle (Girondegenea)

    1. Bonjour Murielle,
      Non, je vous rassure, vous n’êtes pas trop terre-à-terre : c’est une approche comme une autre et j’entends tout à fait vos réserves et le simple fait que cela ne vous intéresse pas ! À l’occasion, et par simple curiosité, peut-être trouverez-vous une porte d’entrée à la psychogénéalogie ? Ou pas 🙂

  5. J’ai eu un échange récemment sur le sujet avec un psychiatre. Il est un fait qu’il peut y avoir une transmission inconsciente d’évènements traumatisants qui ont ainsi pu marquer 2, 3, voire 4 générations. J’insiste sur la notion du peut-être. Ensuite, cela s’oublie ou est appréhendé différemment, ou bien il suffit d’une personne pour choisir de rompre avec ce traumatisme (en parler, prendre du recul par rapport à l’évènement temps, etc.)
    Deuxième point, la reproduction inconsciente. Ici, je vais citer mon cas, qui est aussi le thème de mon challenge : mon arrière-grand-père. Son père est décédé alors qu’il n’avait que 7 ans, ce qui peut-être vu par un enfant comme un abandon. Adulte, il abandonne son fils qui a le même âge. Ce même fils se fait tuer, alors que son fils a lui aussi le même âge. Pour avoir étudié le parcours de mon arrière-grand-père et en avoir parlé avec ce même psychiatre, nous ne sommes pas dans un cas de reproduction inconsciente des évènements, mais dans une résultante de son enfance, et peut-être de son éducation. Enfin, il est clair que nous ne pouvons parler de transmission inconsciente dans le cas de son fils. Il n’avait clairement pas choisi “d’abandonner” son fils qui n’avait que 6 ans, lui aussi, en se prenant un obus en pleine tête.
    En conclusion, en tant que généalogiste, nous pouvons relever des coïncidences, parfois troublantes, mais elles ne restent que des coïncidences. Ces coïncidences relevées devront être analysées au cas par cas par un psy.

    1. Bonjour Sophie,
      Sur la transmission générationnelle, je n’invente rien et ce fait dépasse largement les frontières de la psychiatrie et de la vue de l’esprit. Je le dis dans la rubrique Guérir de ses ancêtres : “L’analyse transgénérationnelle intéresse également les généticiens et d’autres scientifiques qui ont montré très récemment, à travers plusieurs expériences, que des souris exposées à des situations de stress en rapport avec des odeurs données, transmettent à leur descendance cette crainte de ces odeurs. Ceci étant observé, les scientifiques ont alors injecté chez des souris « saines » une partie de l’ADN des souris exposées aux situations de stress, résultat : la descendance de ces souris présentent à leur tour cette crainte des odeurs”. Ainsi, l’héritage génétique lié à des émotions est un fait, en tout cas chez les souris.” Donc le peut-être que tu emploies ici n’est que l’expression prudente d’événements dont il est très difficile de déceler la portée réelle, certes, mais en aucun cas la remise en cause du principe de transmission inconsciente.
      Sur l’exemple que tu donnes, je ne remets pas en cause ton point de vue mais la reproduction n’est pas forcément consciente, loin s’en faut. Ne pas choisir consciemment d’abandonner son enfant ne veut pas pour autant dire que notre décision n’est pas motivée par des préoccupations inconscientes qui nous échappent. Sur ce point là, je te renvoie aux excellents travaux d’Alice Miller.
      Je terminerai en précisant que la psychogénéalogie et l’analyse transgénérationnelle s’enseignent à l’Université (une des composantes de mon DU par exemple était consacrée à la psychogénéalogie) et ne sont pas des pseudo sciences magiques ou occultes. Je ne sais pas si cela te concerne, mais beaucoup bondissent en entendant le mot psychogénéalogie pensant qu’il s’agit là d’une surinterprétation d’événements au mieux, d’une imposture au pire.
      Nous nous rejoignons cela dit sur la conclusion : il n’est pas question de se substituer à un psy formé à cette pratique (j’insiste là-dessus : être psychiatre ou psychologue ne donne pas la science infuse dans toutes les composantes de sa discipline). Dans le cadre de mon activité professionnelle, je propose d’intervenir bien entendu dans le cadre d’une thérapie, ce pourquoi j’ai été formé. Ni plus, ni moins.
      Merci pour ton message et d’avoir alimenté le débat.

  6. Coucou Guillaume, et bravo pour tous tes articles du challenge AZ. Chaque mot est pesé, tout en restant léger. Sinon, ne rate pas mon article de demain (je ne suis pas inquiet) car je vais parler sur “l’arbre de nos ancêtres” d’un auteur qui aurait peut-être dû connaître la psycho-généalogie.

    1. Salut Raymond. Je vais même te faire un aveu : votre blog à Sophie et à toi est le premier que je consulte chaque jour ! Donc je m’y rendrai avec grand plaisir 🙂

  7. Bonjour Guillaume,
    J’apprécie la grande prudence avec laquelle tu présentes les liens en psycho et généalogie. Ce qui est certain c’est que la connaissance de l’histoire de nos ancêtres est vraiment importante pour comprendre des comportements en usage dans les familles. Même pour des attitudes ou des réactions de la vie quotidienne, on peut avoir envie de ne pas reproduire ou au contraire de valoriser cet héritage (à condition de l’avoir identifié ) . Un exemple parmi bien d’autres : le goût du pain et les gestes autour de la nourriture …

    1. Tout à fait, déjà merci pour le commentaire. Et les habitudes culturelles et notamment culinaires sont un très bon exemple de ce qui peut se transmettre de génération en génération, consciemment – c’est évident – mais aussi inconsciemment !

  8. Je ne me suis pas encore interessee par le sujet de psycho-genealogie, mais je suis quand meme interessee par ma reaction au fait que je suis nee le meme jour que mon A-A-A-Grand-mere. Je me sens tres proche d’elle et l’admire pour la force de caractere qu’elle a du montrer pour survivre tant de tragedies dans sa vie. J’ai l’impression de comprendre pourquoi, moi aussi, j’ai reussi a affronter certaines difficultes.
    Apres avoir lu le commentaire de Briqueloup je ne peux qu’acquiescer! A chaque fois que je reviens en France, l’odeur du pain et le son des cloches me ravissent et je me sens vraiment chez moi a nouveau!
    Merci Guillaume, Annick H.

  9. Je trouve certaines perspectives de la psychogénéalogie intéressantes, mais à manier avec prudence, et d’autres me laissent assez dubitative.
    Pour moi, il va de soi que l’on transmet une part de son histoire (elle-même influencée par ce qui a été vécu à la génération précédente etc etc) à ses enfants, qui influenceront eux-mêmes la génération suivante, qui… Notre comportement est en partie dépendant de notre éducation, qui se construit au sein d’une histoire familiale particulière, histoire qui comporte également ses drames et ses secrets.
    J’ai commencé à m’intéresser à certaines coïncidences relevées dans mon arbre bien avant d’entendre parler de psychogénéalogie. Et je ne peux m’empêcher de me demander si certaines redondances, qui combinent parfois les prénoms et les dates, sont ou non le fruit du hasard.
    PS : J’ai souri quand j’ai vu que tu citais Alice Miller dans les commentaires, elle m’est venu à l’esprit dès que j’ai lu le titre de ton article.

    1. Salut Pauline et heureux de te voir réagir à cet article ! Oui je te rejoins sur le fait qu’il faille manier la psychogénéalogie avec prudence (le terme de psychogénéalogie est en soi déjà très connoté, d’où l’ironie de mon titre d’ailleurs) : je suis très loin de penser que tout ce qui nous arrive est conditionné par ce qu’ont pu vivre nos ancêtres : non, on a tous la liberté de prendre les directions qu’on souhaite. Et en même temps, il y a, je le crois, un background dans notre inconscient, lié à notre histoire familiale, qu’il convient de déchiffrer et de comprendre justement pour rendre nos choix encore plus libres.
      Le travail d’Alice Miller est vraiment axé sur l’éducation parentale et à juste titre. Son essai sur les racines de la violence dans l’éducation de l’enfant est, à plus d’un titre, une référence incontournable en la matière.
      Fruits du hasard ou pas, si les occurences que tu as relevées te parlent et créent du sens pour toi, je crois que c’est là l’essentiel !

  10. En déplacement (touristique) aujourd’hui, je ne lis que ce soir les billets du Challenge AZ.
    Belle démarche que d’aborder ici la psychogénéalogie !
    Je ne me suis pas trop penché dessus mais, je pense moi aussi qu’inconsciemment, nous transportons en nous par nos gênes, des choses positives ou négatives que nos ancêtres ont vécu. Évidemment pas tous ! Rien qu’avec les miens (Charlemagne, tout ça…), ça ferait un beau bordel !
    Mais je pense que certains de nos ancêtres, peut-être ceux qui ont été touchés plus que les autres, nous les ont légués.
    Je ne rentrerai pas dans le vif du sujet car je n’ai pas d’arguments !
    Hâte de lire la suite, comme toujours 😉

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