Suite de l’épisode 6 – Aux origines

CHAPITRE II – LE DEPART

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Pour Étienne, la première étape de l’aventure américaine commence avec l’embarcation à bord du Mataro le 23 octobre 1858 au départ du Havre. Bien sûr, Étienne n’est pas seul : il est accompagné de Jacques Balmain, 44 ans, Vincent Chaix, 28 ans et de Jean François Arnaud, 27 ans. Étienne est le plus jeune des quatre et arrive au bout de sa 24e année.

Près de 900 kilomètres séparent Saint-Sorlin-d’Arves – qui appartient toujours aux États sardes à cette date, rappelons-le – et Le Havre. Comment les quatre individus s’y sont-ils rendus ? Un manque cruel de sources empêche de retracer avec exactitude l’itinéraire des Mauriennais jusqu’au Havre. Aux Archives Départementales de la Savoie et la série appartenant au fonds sarde (1FS), aucune trace de demande de passeport : en cause, des registres très lacunaires. Difficile donc de savoir à quelle date Étienne est parti de Saint-Sorlin ni par quel moyen s’est-il rendu dans la ville portuaire du Havre en 1858. Il est très probable que la petite compagnie ait pris le train, au départ de Saint-Jean-de-Maurienne, empruntant la ligne historique nouvellement créée par Victor-Emmanuel II, en 1853. Ils auraient alors rejoint Chambéry, puis la Suisse, avec Genève. Aux Archives Départementales de la Savoie toujours, une piste intéressante a permis de déduire le parcours des quatre Mauriennais.

Contrat de voyage retrouvé aux Archives départementales de la Savoie, janvier 2016. Il est probable quÉtienne et ses amis soient passés par cette agence pour traverser l”Atlantique. Malheureusement très lacunaires, aucun autre type de contrat en particulier avant que la Savoie ne soit française) na été retrouvé.

Le document, seul de ce genre retrouvé aux archives, concerne un contrat passé entre un homme de Saint-Michel-de-Maurienne, Antoine François Didier, et une agence d’émigration censée lui permettre de rejoindre l’Amérique du Sud. En en-tête, nous pouvons lire : “Paquebots réguliers entre Le Havre New-York – New-Orleans – et Buenos-Ayres”. Il est probable, donc, qu’Étienne et ses trois compères aient fait appel à cette agence. D’où un voyage en train qui passerait par la Suisse, puis par Lyon, Paris et, enfin, Le Havre. Néanmoins, voici ce qu’écrit, sur l’émigration, le chanoine Louis Gros, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’émigration a aussi pu se faire à pied ! Ce dernier évoque en effet « la peine des émigrants » en ces termes :

« Ce n’est pas un voyage de plaisir que faisaient les émigrants. Ils quittaient leur village à l’automne, habituellement du moins, alors que les gros travaux de l’été étaient terminés. Ils partaient à pied ; l’un d’eux nous a dit qu’il franchissait en quinze jours la distance qui sépare Saint-Jean-de-Maurienne de Paris, ce qui fait une moyenne de 40 kilomètres par jour. Le soir, ils prenaient un peu de repos réparateur dans une hôtellerie bien modeste, à savoir une grange ou une écurie. […] À partir de 1850 surtout, la police française fut sévère. Chaque émigrant devait être muni de moyens d’existence suffisants pour faire son voyage jusqu’à destination ; il devait avoir 50 francs en poche ; sinon, il était impitoyablement refoulé. Le pauvre est gênant ; il doit rester dans sa chaumière. » [1]

Ici, Louis Gros parle notamment de l’émigration saisonnière en France mais ce qu’il dit concerne évidemment tout émigrant traversant la France à cette période. Pour les Mauriennais partis en Amérique du Sud, les départs se faisaient surtout à partir de Gênes, ville portuaire italienne  la plus proche quand on part de Maurienne.

Mais revenons un instant sur les trois individus qui partent avec Étienne, tous originaires de Saint-Sorlin.

Jacques n’est autre qu’un cousin d’Étienne : il s’agit en réalité du cousin germain de son père, François Brunet. Pierre Jacques Balmain naît le 11 janvier 1814. Ses parents, Pierre Balmain et Marie Brunet, grand-tante paternelle d’Étienne, sont tous deux cultivateurs. Il est l’aîné des garçons d’une fratrie de six enfants. En raison de son âge au moment du départ, 44 ans, il est plausible que c’est lui qui entraîne Vincent, Jean François et Étienne dans l’aventure californienne. Vincent Marie Chaix naît le 5 août 1830 d’un père charpentier – Jean-Baptiste Chaix – et d’une mère cultivatrice – Catherine Didier et demeure le cinquième enfant d’une fratrie de onze. Enfin, Jean François Arnaud naît le 24 mai 1831 et est aussi, comme Jacques et Étienne, l’aîné des garçons dans une fratrie de huit enfants [2]. Vincent Arnaud et Anne Guille – ses parents – sont, sans surprise, cultivateurs à Saint-Sorlin.

Ce sont certainement les seuls Mauriennais à embarquer ce 23 octobre 1858, au Havre, lesquels sont par ailleurs désignés comme étant Italiens. À leurs côtés, des Français bien sûr, mais aussi des Allemands, des Italiens de l’île de Sardaigne, quelques Américains, des hommes seuls, des couples et aussi quelques familles [3], au total 215 passagers tous réunis pour une traversée de l’Atlantique de plus d’un mois.

Dès son arrivée à la Nouvelle-Orléans, le capitaine du navire recense tous les passagers. Parmi les 215 personnes, se trouvent Jacques Balmain, Vincent Chaix, Jean François Arnaud et Étienne Brunet. En 1858, la Savoie n’est pas encore française et c’est sans doute ce qui explique la raison de la mention, approximative, du capitaine quand il désigne leur pays d’origine : l’Italie… Qui n’existe d’ailleurs encore pas en 1858 !

6

5 décembre 1858, l’entrée sur le territoire américain se fait par la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, sur la côte est des États-Unis, jadis partie intégrante de la Nouvelle-France. Quel est l’état d’esprit des quatre Mauriennais ? Sans doute un mélange de fatigue, d’excitation et de surprise. En 1860, d’après l’étude du recensement de la même année par Jacques Houdaille [4], 4039 personnes – dont une majorité d’hommes – habitant la Nouvelle-Orléans sont natifs de France [5], sur une population globale d’une centaine de milliers de personnes. Difficile d’imaginer qu’Étienne, Jacques, Vincent et Jean François soient anglophones à leur arrivée aux États-Unis ; se dirigent-ils vers le Vieux carré, quartier français au centre historique de la ville ? Aussi voient-ils certainement de leurs propres yeux le commerce d’esclaves pourtant officiellement interdite depuis une loi de 1807.

CHAPITRE III – LA VIE EN CALIFORNIE

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Déclarés farmers – cultivateurs – sur la liste de passagers, ce n’est sans doute pas en ville qu’ils comptent de toute façon rester. Le 8 juin 1860, au moment du recensement de la population de Californie, nous retrouvons Étienne, Vincent et Jean François en Californie, dans le comté de Stanislaus, non loin de La Grange [6]. Aucune trace en revanche de Jacques Balmain.

Construite à l’origine par des pionniers Français qui auraient trouvé de l’or après avoir sillonné en bateau la Tuolumne River, La Grange – à l’origine appelée French Bar – est un petit village situé à plusieurs dizaines de kilomètres à l’est de Modesto, siège du comté de Stanislaus.

En moins d’un an et demi, Étienne, Jean François et Vincent ont traversé les États-Unis d’est en ouest. Pas moins de 3000 kilomètres séparent les deux régions. Deux possibilités : soit ils reprennent le bateau et rejoignent la Californie par voie maritime en passant par le Panama, soit ils effectuent le voyage en band wagon – en diligence – par voie terrestre, le train n’existant évidemment pas en 1860. Jusqu’à la mise en place du Pony Express en avril 1860, l’ouest américain est encore largement isolé de l’est du territoire américain. [7] Ce service postal ne reste en place toutefois que peu de temps puisqu’il disparaît en octobre 1861 car insuffisamment rentable. L’acheminement du courrier s’effectue alors en diligence et est pris en charge par des sociétés comme la Butterfield Overland Mail.

En case 108, nous retrouvons bien Vincent “Schaix” et Frank “Arnaux” ; à côté, seul, c’est bien Étienne Brunet qui est mentionné…

 

Le recensement de 1860 en Californie mentionne donc Étienne, Vincent et Jean François [8], le premier vivant seul à côté des deux suivants. Les trois sont déclarés comme étant Sardinian – Sardes. Dans la zone où ils se trouvent, de nombreux Français et autres Sardes, sachant qu’il est impossible de distinguer s’il s’agit de Sardes de l’île de Sardaigne, ou de Sardes « Savoyards ». Quoiqu’il en soit, les trois Mauriennais sont désormais Français depuis le Traité de Turin du 24 mars 1860 qui officialise le rattachement du duché de Savoie et du comté de Nice à la France.

Les trois sont déclarés miners – mineurs, tous certainement à la recherche du métal jaune précieux. Autant dire qu’à cette date, aucun des trois n’a beaucoup de chance : l’officier chargé du recensement estime la valeur des biens immobiliers et personnels de chaque ménage qu’il visite : celui de Vincent et Jean François représente 5 dollars en biens immobiliers, celui d’Etienne 8 [9], aucune valeur personnelle n’est indiquée. Pour comparaison, à côté d’Etienne, vit Félix Noël, un Français, seul dans son ménage : l’officier indique 50 dollars en value of real estate et 400 en value of property estate. [10]

En fin d’année 1864, Vincent Chaix n’est plus en Amérique comme en témoigne une lettre d’Étienne, la première datée que nous avons à disposition. Elle est écrite depuis San Francisco, le 1er décembre 1864, comme en témoigne d’ailleurs le poinçon « SF » en haut à gauche de la feuille de papier sur laquelle écrit Étienne[11].

.L’orthographe est parfois très approximative. Pour exemple, le mot “lettre”, écrit “laittres”… Coll. familiale, tous droits réservés.

St Francisco ce 1 decembre 1864

Mes biens chers parents
père et mere frere et cœurs [sœurs]

Je me hatte en ce jour de repondre a vos deux laittres
que je vien de recevoir yer [hier] 30 septembre 1864
la premiere comme la segonde ayent ette arraite
parles indien seur [sur] la malle overlande qui passe par terre
qui ont ette aublige [obligé de] revenir a noyork pour passer par mer
le nombres des laittres en retard était de 100 : mille [100 000]
de manière qu’il n y a de negligeance ni de votre cotte [côté] ni du
mien :                   mes chers parents j’aprand avec
beaucoup de paine les reverts qui vous sont arrive [arrivés] en juliet [juillet]
Cette une perte il est vraix mais il faut espere qu’avec le
temps qu’elle se guerira   il ne faudrait pas pour un mulet
serait il même deux se chagriner pour cela les jumian [juments]
en font encor des autres    puis apraix [après] tout ce la n’avance
à rien dutout   si c’est [rature] tel que vous me le marquer dans
vos deux laittres randons grase [grâce] a l’aitre supraime de nous [rature]
avoir conserve la santé a chacun de nous et je muni [m’unis] a vous
tous pour que nous lui demendions d’un cœur sensaire [sincère] de nous
[rature] proteger desorme [désormais] et de nous rassembler [rature] tous ensembles
au plutôt possibles comme nous le desirons en parfaitte sante

J’ais [rature] été traix satisfait de tous les [rature]
[rature] detail que vous m’ave faits dans vos deux laittres dont
[un] peti [rature] billiet, [raturé] Je viens de recevoir je men vais main-
-tenent repondre a quel-que une des quesqu’on [questions] de celle que vous
m’avez ecris en fevrier le 29 1864. J’ecrire sur les compliments
qui mont été fait de tous les parents et amis et speciallement
ceux d’une tante d’un oncle dune marraine apraix ceux de ma
famillie [en soit, raturé] mes enfen j’abraige un peux seur lapresente
mais je leurs rend [rature] atous bien le bon jour et biens des

Lettre du 1er décembre 1864 [2]

Compliments de ma part vous leur dire que jespair
en corre un jour les revoir et leur faire mes compliment en
personne   que je mu ni [m’unis] a eux comme avous pour en demander
a Dieu la grace par une priaire sensaire [sincère]
plus j’ais été assais contemp de savoir ce que vous deviez encorre.
mon cousin Jaques doit partir pour alle au pays pour vous
ramener tous isi voila pour quoi je vous en parle c’est pour que
vous soyez tous prait qu’and il arrivera car il n y restera pas
longtemps il ne senva que pour re voir en corre sa mère ma
tante nous avons resu de c’est nouvelles il ya 2 mois quil avait ecri
d’es ornite [désormais ?] il se porte bien. pour moin [moi] j’ai toujour bricolle de
drote a gauche isi en ville pendan 2 mois jais reste 3 mois en service
dans une maison mentenent je ne sais se que je ferais mentenent
si je partirais pour les mine ou si je resterais isi en ville
pour quand à toi mon bien cher cousen [cousin] Jean fils de François
Je te remercie beaucoup de loffre que m’avais fait en fevrier
dernier je t’au rais lameme aubligation a ce sujet je te fais bien
mes compliment insi [ainsi] qu’a toute la famillie je te soite [souhaite] bonheur et
prosperite dans toutes tes afaire ; Arnaud jouit egalement dune
bonne sante et [travaillie ?] toujour de s’on etat    isi il vous prie
de dire a cest parents qu’and il lui ecrirons de mettre ses
deux nom de baptaime vu quil-y [a] isi des autres Arnaud
mentenent en allant chercher les mienne j’an ai vu une Arnaud
François restaurent et je lui en ais parle il at été pour la
voir. elle ny était plus lors quil y at été et avec les deux
non se serat plus fasille il n-y auras pas crainte dese tromper
vous donnerez bien le bonjour a Chaix Vencent [Vincent] de ma part et de
celle d’Arnaund et en fen [enfin] je vais termine en vous disent de ne
pas vous chagriner. Je vous fai atous bien des compliment et je
desire que la presente vous trouve tous en parfaitte sante père et mere
fere [frère] et cœurs [sœurs] et a tous les parents et ami dans quel-que temps jevou
ecrirais une laittre un peux plus soignie [soignée] que cellesi vu que je
ne sais se que je ferais de orsme [désormais] comme je vous ai di ci desu je
vous embrasse tous d’un cœur sensaire [sincère]. Je sui pour la vie
votre tout de voue [dévoué] fils et frere Brunet Etienne

Lettre du 1er décembre 1864 [en marge]
Si par [rature] foi [parfois] vous autres comme les parents d’arnaud etions [étiez] de cide [décidé] de venir, vous noule [nous le] marquerie [marqueriez]
au plu tôt mes [mais] l’un comme lautre notre ide [idée] ait la meme a cet egard pour lembition de vous revoir au pays
se que vous ne vous y decidie [décidiez] pas de venir isi je vous recommende de ne pas vous chagriner du bien de
la terre

San Francisco au début des années 1860.

D’abord sur le lieu et la date de rédaction de la lettre : Étienne se trouve à San Francisco. Il dit écrire en réponse des lettres reçues le 30 septembre, s’est-il trompé en voulant écrire novembre ? Quoiqu’il en soit, sur les lettres reçues de sa famille justement, il explique qu’elles ont sont arrivées après un retard significatif dû notamment aux « Indiens » qui auraient arrêté la malle de courriers transportée par l’Overland. Avant la complète mise en place des chemins de fer, les attaques indiennes sont monnaie courante dans la mesure où l’Overland franchit en toute impugnité le territoire des autochtones. Pas moins de cent milles lettres sont donc reçues en retard, puisqu’on a ramené celles-ci à New-York, d’où elles sont reparties en bateau, et arrivées donc à San Francisco par voie maritime comme l’explique Étienne.

Après ces explications, le jeune Mauriennais répond, aux désolations de ses parents et notamment la perte de bêtes en juillet 1864 : il se veut rassurant et invoque Dieu non seulement de tous les garder en parfaite santé mais aussi de tous les rassembler : ainsi, ce qui pouvait apparaître comme l’œuvre d’une aventure solitaire se révèle en fait être une aventure qu’Étienne désire familiale. Étienne y revient deux autres fois par la suite : après avoir passé le bonjour et ses amitiés à tous ses proches, il évoque Jacques Balmain, son cousin avec qui il est parti en 1858, qui doit revenir au pays pour sa mère [12], certes, mais aussi, surtout, pour ramener les familles : c’est ce qu’Étienne semble appeler de ses vœux lorsqu’il écrit « […] Jacques doit partir pour aller au pays pour vous ramener tous ici voilà pourquoi je vous en parle c’est pour que vous soyez tous prêts quand il arrivera […] ». Enfin, il enfonce le clou en marge de sa lettre quand il écrit qu’Arnaud et lui, ont la même idée : faire venir leurs familles respectives en Californie. Pour les convaincre, Étienne rassure les siens en leur précisant qu’où il vit, les terres ne manquent pas ; argument ultime quand on sait à quel point les bouts de terre étaient précieux dans un village alpin où, les fratries étaient nombreuses, et où les parcelles de terre n’étaient finalement pas extensibles.

De plus, le fait qu’il se dise satisfait d’avoir reçu des « compliments » de la part de ses proches et « spécialement ceux d’une tante, d’un oncle, d’une marraine, après ceux de ma famille » prouve bien qu’il n’y a pas eu de rupture au moment de son départ de Saint-Sorlin avec ses proches. Tous semblent l’encourager dans son nouveau départ, peut-être par espoir qu’Étienne puisse gagner de l’argent et mettre en sécurité les siens.

Outre le fait qu’il souhaite revoir les siens auprès de lui en Californie, Étienne explique qu’il « bricole » de droite à gauche en ville depuis quelques mois, « en service dans une maison » notamment et qu’il hésite à « partir pour les mines », en réalité repartir puisque, nous l’avons vu, en 1860, il est déclaré comme étant mineur, ou rester en ville. Le reste de la lettre nous donne des indications toutes plus intéressantes les unes que les autres : d’abord, le cousin qu’il remercie – Jean, fils de François – n’est autre que Jean Baptiste Sorlin Brunet (1830-1908), cousin germain de son père : Étienne lui envoie même une lettre, malheureusement non datée, sur laquelle nous reviendrons prochainement ; ensuite, une anecdote sur Jean François Arnaud, qui n’est appelé d’ailleurs que par un seul prénom (comme Jacques par exemple qui s’appelle en réalité Pierre Jacques Balmain) : il s’agit donc bien de lui dans le recensement de 1860, aux côtés de Vincent Chaix, dénommé en effet « Frank Arnaux » – dans une orthographe très approximative – Frank étant la forme anglaise de François.

En fin de lettre, le bonjour conjoint d’Étienne et de Jean François à Vincent Chaix indique que ce dernier n’est déjà plus à leurs côtés en 1864 et qu’il est retourné vivre à Saint-Sorlin-d’Arves. Le retour de Vincent est-il la conséquence directe de son manque de « fortune » constaté lors du recensement ?

Enfin, il faut s’arrêter un instant sur la signature d’Étienne, laquelle demeurera inchangée tout au long de sa correspondance : « Je suis pour la vie », titre de mon roman. S’agit-il d’une simple formule ou est-elle le reflet d’une appartenance quelconque d’Étienne ? Depuis 1855 en effet, La Grange habite une loge d’Oddfellows – terme anglais qui désigne une société amicale, aussi appelée société amicale et pourrait peut-être expliquer l’expression d’Étienne de par l’aspect philosophique qu’elle revêt quoiqu’il faille noter que les Oddfellows, à la différence des loges maçonniques par exemple, sont davantage axés sur le secours mutuel de ses membres et la mutualisation financière que sur les aspects rituels et philosophiques de la franc-maçonnerie. Toutefois, il ne s’agit là que d’une hypothèse. L’expression est peut-être tout simplement d’inspiration religieuse, religion catholique ô combien présente au milieu du XIXe siècle dans un petit village comme Saint-Sorlin-d’Arves.

Suite au prochain épisode…

Notes

[1] GROS, Louis (Chanoine), La Maurienne de 1815 à 1860, Chambéry, 1968, pp.131-132.

[2] À noter que la naissance de Jean François survient entre deux enfants morts-nés, nés et décédés le premier le 10 mars 1830 et le second le 24 août 1834.

[3] La liste de passagers mentionne 187 adultes, 23 enfants et 5 nourrissons.

[4] HOUDAILLE, Jacques, « Les Français à la Nouvelle-Orléans (1850-1860) », Population, vol.51, n°6, pp. 1245-1250. Disponible en ligne via http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1996_num_51_6_18508.

[5] Bien que la Savoie soit de nouveau et définitivement rattachée à la France en 1860, l’étude ne concerne donc pas les populations issues des Etats sardes et n’inclut évidemment pas les éventuels migrants qui ont transité par la Nouvelle-Orléans entre 1850 et 1860.

[6] Le recensement fédéral de la population des Etats-Unis de 1860, comme ceux de 1870, 1880, 1900, 1910, 1920, 1930 et 1940 sont disponibles en ligne sur le site Ancestry.fr (en accès payant) et sur le site archives.org (en libre accès).

[7] Sorte de service postal, le Pony Express est un service qui désigne l’acheminement du courrier par des cavaliers qui se relayent tout au long du voyage, à différentes stations. Le premier trajet d’est en ouest a été effectué en 10 jours seulement

[8] Jacques Balmain est visiblement absent : il y a toutefois de fortes chances pour qu’il habite en Californie.

[9] 8 dollars en 1860 correspond à environ 225 dollars actuels, d’après un outil de calcul basé sur une inflation annuelle moyenne d’environ 2% aux Etats-Unis entre 1860 et 2016. Ces données sont évidemment indiquées ici à titre d’ordre d’idée. Source : http://www.in2013dollars.com/1860-dollars-in-2016?amount=8.

[10] Ces données sont toutefois à prendre avec précaution car elles reposent certainement sur du déclaratif.

[11] Les scans des lettres sont disponibles dans le roman que j’ai édité. Afin de ne pas alourdir inutilement cette série d’articles, je ne les joins pas ici. Pour la transcription, tout ce qui est entre crochets est un ajout de ma part. En général, Étienne n’accentue aucun mot, et emploie très peu de ponctuation, d’où des phrases des fois compliquées à lire. Mais à l’oral, la syntaxe des phrases est relativement saine !

[12] Marie Brunet (1787-1864), grande tante d’Étienne, décède le 9 août 1864 à Saint-Sorlin-d’Arves : peut-être que les nouvelles qu’elle avait envoyées n’étaient pas très bonnes, d’où le retour de Jacques en Maurienne ? Quoiqu’il en soit, Jacques, s’il est bien revenu en 1864, est sans doute arrivé trop tard.

Alors que je viens de publier mon premier roman, je veux vous proposer de découvrir tout le travail de recherches que j’ai effectué en amont. Au départ, c’était une étude historique que je voulais proposer et au lieu qu’elle dorme au fond de mes dossiers, pourquoi ne pas la partager gratuitement ici sur mon blog. J’espère par ces publications, apporter à la fois un complément de lecture aux personnes ayant déjà acheté mon livre, et en même temps donner envie aux autres de le lire (possibilité de le commander – 15€ + frais d’envoi éventuels (4€) en m’envoyant un message ici). Vous découvrirez dans les publications qui suivront toute la vie d’Étienne, avec une transcription de toutes les lettres qui ont constituées la matière première de mon roman. Bonne lecture !

CHAPITRE I – AUX ORIGINES

1

Saint-Sorlin-d’Arves, 14 janvier 1834, onze heures du soir, un cri de vie vient perturber le calme d’une longue nuit d’hiver. Perché à plus de 1500 mètres d’altitude, le hameau du Pré accueille une nouvelle âme, celle d’Étienne Brunet. À l’image de la racine étymologique de son prénom, il est le premier à couronner [1] l’union de ses parents, François et Catherine Milliex, mariés un an et demi plus tôt, le 4 juillet 1832.

Dès le lendemain, Étienne reçoit le baptême du recteur de la paroisse, Henri Albert, à l’église Saint-Saturnin du village, emmené par son parrain, le frère de son grand-père paternel [2] dont il porte le prénom et sa marraine Geneviève Milliex, une de ses tantes maternelles.

L’arrière-grand-père d’Étienne, Barthélémy Brunet, 78 ans, est toujours en vie et reste le témoin privilégié de l’éclosion de cette nouvelle génération. Anne-Marie Milliex, 68 ans, grand-mère maternelle d’Étienne est également en vie. Les prières des familles Brunet, Milliex, Bernard, Charpin, Didier et Arnaud se succèdent pour souhaiter à ce petit être une vie de rêve.

Dans les années 1830, Saint-Sorlin-d’Arves abrite un peu plus de 900 âmes, réparties sur pas moins de 12 hameaux. Très étendu, le village fait partie du canton de Saint-Jean-de-Maurienne et, bien sûr, de la vallée de l’Arvan qui donne accès à différents cols comme celui de la Croix-de-Fer ou celui des Prés-Nouveaux, axes de communication essentiels vers l’Oisans et le Dauphiné notamment. La commune est surplombée par le massif des Arves, et ses aiguilles, qui sépare naturellement les départements de la Savoie et des Hautes-Alpes actuelles.

Les aiguilles d’Arves, en août 2014. Photo : G.Chaix

 

Étienne ne naît d’ailleurs pas français, mais sarde. La Maurienne, comme la Savoie, devient définitivement française à partir de 1860. Cela étant, le français est largement répandu y compris dans des contrées reculées comme dans les Arves. En effet, depuis le XVIe siècle et jusqu’au lendemain de la Révolution française avec le premier rattachement de la Savoie à la France – on parle alors de département du Mont-Blanc – les Mauriennais sont les témoins des tribulations entre la France et la Maison de Savoie. Ils n’ont par ailleurs pas attendus les rebondissements de l’histoire pour établir des liens et des migrations avec leurs voisins français, en témoignent, entre autres, les travaux de l’archiviste et historien Gabriel Pérouse (1874-1928) [3].

Depuis des siècles, les habitants de Saint-Sorlin mènent une vie agro-pastorale quasi-autarcique. Tout le monde cultive la terre. Les familles se font et se défont, les patrimoines se transmettent de génération en génération suivant le jeu des alliances.

Depuis au moins le premier tiers du XVIIIe siècle, la famille Brunet vit au Pré, si l’on se réfère notamment à la mappe sarde [4]. La maison appartenait alors à Philibert Brunet, né en 1652, fils de Barthélémy. En tant qu’aîné de sa fratrie, et bien sûr en tant que potentiel héritier, le destin d’Étienne semble joué d’avance.

2

Deux ans après la naissance d’Étienne, en 1836, vient celle de sa première sœur, Marie Françoise. En 1841, Clémentine Anne Genevivève – mon arrière-arrière-grand-mère agrandit à son tour la fratrie, suivie de Jeanne Marie Sylvie Philomène en 1844 et du cadet Jacques Joseph en 1846. Tous grandissent au Pré.

Barthélémy, l’arrière-grand-père Brunet, y décède le 1er octobre 1837. Avec sa femme, Catherine Charpin (1751-1822), ils eurent 7 enfants, dont Joseph, né en 1775, l’aîné des garçons, le grand-père d’Étienne. Ce dernier passe sa vie dans la maison familiale, accompagné de sa femme Catherine Bernard (1781-1812) avec laquelle il se marie le 6 juillet 1805. Ensemble, ils n’ont que deux enfants : Sorlin, en 1807 et François, en 1809, père d’Étienne. Catherine décède trois ans après la naissance de son dernier fils, en 1812. Joseph reste veuf jusqu’à sa mort, en octobre 1845, comme en témoigne son acte de décès, sur lequel il est uniquement déclaré veuf en premières noces.

En 1847, désormais âgé de 13 ans, Étienne assiste déjà certainement son père aux travaux agricoles. Saint-Sorlin dispose d’une école depuis le début du XVIIIe siècle : il est fort probable qu’Étienne la fréquente une partie de l’année. Le 9 juin 1847, les registres paroissiaux de Saint-Sorlin-d’Arves relatent par ailleurs la visite pastorale de l’évêque de Maurienne, François Marie Vibert.

« […] des jeunes gens  qui devaient nous être présentés pour la Confirmation. Leur instruction nous a paru entièrement satisfaisante et nous a prouvé les efforts du pasteur. […] Nous avons donné le sacrement de la Confirmation à soixante et quinze jeunes gens des deux sexes. » [5]

Étienne fait sans doute partie de ces 75 enfants et le commentaire du recteur Bouttaz indique que l’instruction est dispensée par le prêtre de la commune, comme depuis 1723 et l’ouverture de la première école à Saint-Sorlin. En outre, d’après le chanoine Louis Gros, 70% des Mauriennais nés entre 1830 et 1840 savent lire et écrire. [6]

Étienne reçoit donc une instruction religieuse, sait sûrement lire et écrire, travaille aux champs pour aider ses parents et subvenir aux besoins de la famille. Comment vit-il son adolescence ? Quels rêves lui est-il permis de formuler, même secrètement ? Il se voit sûrement grandir dans les yeux de ses parents, lui dont l’avenir paraît tellement évident.

3

Le matin du 17 septembre 1854 marque à jamais le village de Saint-Sorlin-d’Arves, après une nuit de terreur et de flammes. Un incendie a ravagé, en quelques dizaines de minutes, près de l’intégralité du hameau du Pré. Jamais ou presque Saint-Sorlin n’a connu pareil drame. Par le passé, deux incendies avaient déjà frappé les esprits, un en août 1789, détruisant une quinzaine de maisons dans le hameau de la Ville, l’autre en juin 1840 touchant quelques maisons du hameau de Cluny ; mais ces deux événements tragiques étaient imputables à la foudre, au « feu du Ciel » d’après les mots du curé Dupré relatant la tragédie en juin 1840 dans les registres paroissiaux de la commune. [7]

Mais jamais, depuis la Révolution française, un incendie n’a fait autant de dégâts que celui s’étant produit dans la nuit du 16 au 17 septembre 1854. La presse locale s’empresse de couvrir l’événement.

« Voici les renseignements qui nous sont parvenus sur l’incendie de St-Sorlin-d’Arves dont nous avons parlé dans notre dernier numéro :

La cause du sinistre est encore inconnue, mais il paraît à peu près certain que la malveillance y est étrangère. Les progrès du feu ont été tellement rapides qu’en moins de vingt minutes, l’incendie, qui n’avait éclaté que dans une seule maison se propageant de proche en proche, en avait envahi plus de trente, non compris les greniers au nombre de quinze à vingt. Tout a réduit en cendres. Les pertes sont estimées à 180 mille francs. Les traits de dévouement n’ont pas manqué dans cette douloureuse circonstance. On nous cite, comme s’étant particulièrement distingué, M. J.-B. Alex, vice-syndic de la commune de St-Jean-d’Arves »

Le Constitutionnel Savoisien, 23/09/1854.

 

« Le 16 du courant, à huit heures du soir, le feu se déclara tout à coup dans une des maisons de Saint-Sorlin-d’Arves. Sous l’influence du vent qui soufflait alors vivement, les flammes se communiquèrent avec une rapidité effrayante aux autres maisons du village, de telle sorte qu’en moins d’un quart d’heure elles avaient déjà envahi trente-trois maisons et vingt greniers, qu’elles ont réduits totalement en cendres.

La perte est évaluée à plus de 150 mille francs, et les malheureux habitants de ce hameau n’ayant rien pu sauver sont réduits à la plus profonde misère.

Au milieu de ce désastre, plusieurs traits de courage et de dévouement ont eu lieu. Nous croyons surtout devoir signaler la conduite du vice-syndic d’une commune voisine, celle de Saint-Jean-d’Arves, M. Jean-Baptiste Alex. Accoure des premiers à la tête d’une partie des habitants de sa commune, M. Alex entend dire que, dans la maison du syndic occupée par les flammes, deux petits enfants étaient enfermés. Aussitôt M. Alex saisit une échelle, et, l’appliquant aux fenêtres embrasées, il pénètre dans l’intérieur de la chambre. Heureusement, les enfants en avaient déjà été enlevés ; néanmoins, M. Alex fut assez heureux pour profiter de sa position et il sauva, de concert avec trois de ses administrés, plusieurs titres et papiers importants, et plusieurs meubles. »

Le Courrier des Alpes, 22/09/1854. [8]

Les mots sont évocateurs, plus encore peut-être de la plume du recteur Alexis Bouttaz, qui écrit :

« En 1854 le 16 du mois de septembre, un violent incendie a éclaté au village du Pré, vers 9 heures du soir. En moins d’une heure, tout le village a été la proie des flammes, le seul grenier à côté de la grange n’a pas été atteint par le fléau destructeur : l’année 1854 avait été très précoce puisque toute la récolte était déjà retirée. Tout a péri. Que le bon Dieu nous préserve d’un malheur semblable ! Hommage soit rendu au plus grand nombre de paroissiens du diocèse qui, par le moyen de quêtes, sont venus au secours des victimes de l’incendie ; malgré cela, il y a beaucoup de souffrance et quelle peine pour rebâtir surtout dans cette paroisse où il n’y a point de forêt  communale. Pour mémoire. A. Bouttaz, recteur. » [9]

Rien. Il n’y a plus rien, ou presque. L’habitant ancien a certainement contribué à la propagation de l’incendie, avec des toits couverts de chaume notamment (en paille de seigle à Saint-Sorlin) [10]. Les greniers, construits à l’origine à l’écart des maisons pour justement prévenir les risques d’incendie en y conservant les affaires de valeur et autres costumes traditionnels, même les greniers, ont été ravagés par les flammes.

Étienne, comme le reste de sa famille, assiste-t-il, impuissant, à la terrible scène [11] ? Une étincelle aura suffi à faire basculer le destin de familles entières. Les cris des enfants, les hurlements des mères inquiètes et les pleurs discrets des pères de famille laissent progressivement place au silence plombant de la nuit profonde. Au petit matin, les habitants du hameau, comme ceux du reste du village, restent là, impassibles, hagards, regardent dans le vide et prient discrètement pour rendre grâce à Dieu que le feu n’ait pas eu raison de qui que ce soit. Il s’en est fallu pourtant de peu.

« Monsieur le Rédacteur,

J’ai vu avec plaisir, il y a quelques jours, dans votre journal l’éloge qui était adressé aux habitants des communes de Saint-Jean et Saint-Sorlin-d’Arves, en Maurienne, pour le courage et le dévouement dont ils ont fait preuve dans l’incendie qui a réduit en cendres un village entier de la commune de Saint-Sorlin ; mais, au nombre des habitants de ces montagnes qui se sont le plus distingués en cette circonstance, il en est un qui a mérité par sa conduite une reconnaissance plus spéciale. M. Joseph Chaix, jeune homme d’une vingtaine d’année environ, de la commune de Saint-Sorlin, a exposé sans hésiter sa vie pour sauver un vieillard.

La maison de Jean-Michel Didier était en feu et tellement environnée par les flammes, qu’il ne lui était plus possible de trouver une issue pour en sortir. Joseph Chaix, voyant un de ses concitoyens sur le point de périr, ne consulta que son courage. Se précipiter à travers les flammes, charger ce vieillard sur ses épaules et le sortir sain et sauf du foyer de l’incendie, fut l’affaire d’un instant. Le danger auquel il s’est exposé était tel, qu’il faillit être victime de son dévouement ; car il fut, malgré sa promptitude, atteint en partie par les flammes.

Veuillez, je vous prie, faire place dans les colonnes de votre estimable journal à ces quelques lignes que je vous adresse, pour ne point laisser dans l’oubli une action qui mérite tant d’écoles.

Falcoz. »

La Gazette de Savoie, 05/10/1854

Jean-Michel Didier est né en 1798, il a 56 ans en 1854 et habite la première maison du hameau du Pré d’après le recensement de 1876 à Saint-Sorlin-d’Arves [12]. Il habite avec sa femme, Françoise Milliex qui n’est autre que la tante maternelle d’Étienne. Ils n’ont pas d’enfants.

Charles Joseph Chaix habite également au Pré en 1876. Neuvième d’une fratrie de quinze enfants [13], ses parents – Sorlin Chaix (1788-1859) et Marie Falcoz (1797-1865) – habitent plus haut dans le village, au hameau de Pierre-Aigüe. Né en 1828, Joseph est maréchal-ferrant, habite avec son épouse Sophie Falcoz et leurs enfants, puis également avec son frère Auguste, sa belle-sœur Marie-Françoise Arnaud et leurs enfants. Étienne et sa famille habitent tout près, à quatre maisons seulement de la famille Chaix-Falcoz.

Plan de Saint-Sorlin-d’Arves, par Roger et Renée Flamand. Source : A.S.P.E.C.T.S., À la découverte de Saint-Sorlin-d’Arves, d’hier à aujourd’hui, Saint-Jean-de-Maurienne, Imprimerie Salomon, 1989, p.32.

 

Tout ce monde est sain et sauf. Les bêtes également, revenu essentiel des familles, semblent avoir été sauvées. Tant bien que mal, la vie continue et le jour qui se lève sur les cendres du Pré en ce 17 septembre en est la preuve irréfutable.

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Les jours qui suivent le drame défilent à toute vitesse, comme s’il fallait tout de suite oublier, passer à autre chose. Comment pourrait-il en être autrement ? Reconstruire une habitation mais pas seulement, affronter désormais l’hiver arrivant sans les réserves stockées dans les granges des maisons dévastées. Le foin, les céréales – l’orge et le seigle notamment -, le chanvre, la paille… Les habitants du Pré doivent désormais compter sur la solidarité de leurs voisins [14]. Dès le 23 septembre, une quête est suggérée par l’intendant de la province de Maurienne pour venir en aide aux habitants sinistrés du Pré.

En plus de la maison familiale, c’est certainement l’avenir d’Étienne en Maurienne qui est parti en cendres cette nuit de septembre. En effet, comment imaginer alors construire sa vie sur un tel drame, alors même que sa famille n’a plus rien ?

Depuis 1848 et la découverte de l’or à Sutter Mill’s en Californie, la conquête de l’ouest américain donne pour la première fois du sens aux termes de « rêve américain ». Dès lors,  le monde entier se rue dans ces contrées qui, paraît-il, vont jusqu’à rendre les gens fous [15]. Étienne rêve-t-il d’or ? Sans doute voit-il là la chance d’offrir, à sa famille et d’abord à lui, un nouveau départ. Ne plus subir en définitive, prendre en main sa destinée.

En Maurienne, l’émigration n’est pas un phénomène nouveau. Depuis des siècles déjà, elle concerne une bonne partie de la population bien qu’elle soit saisonnière et majoritairement dirigée vers la France, avec une porte d’entrée dans le Dauphiné toute proche des Arves. Cela étant, l’émigration en dehors du Vieux continent devient fréquente qu’à partir du XIXe siècle et concerne principalement les Amériques du Sud et le Canada. [16]

À suivre, le chapitre 2 – Le départ.

Notes

[1] Le prénom Étienne est un dérivé du prénom Stéphane, du grec Stephanos qui signifie « couronné ».

[2] Étienne Brunet (1784-1843), frère de Joseph (1775-1845), grand-père du petit Étienne.

[3] Se référer notamment à son excellente « Histoire d’une population aux XVIIe et XVIIIe siècles. Étude statistique et démographique sur Saint-Sorlin-d’Arves commune des hautes vallées alpestres de Savoie » dans Mémoires de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, tome LXVII, 1930, pp.17-65.

À propos de l’émigration des populations mauriennaises, lire aussi ONDE, Henri, « Les mouvements de la population en Maurienne et en Tarentaise » dans La Revue de géographie alpine, tome 30 n°2, 1942, pp.365-411.

[4] La copie de la mappe sarde ; qui date de 1733 à Saint-Sorlin-d’Arves, est consultable en ligne via le site Internet des AD ou bien en salle de lecture, où se trouvent également les tabelles générales contenant les propriétaires de chaque parcelle mentionnée sur la mappe. A ce sujet, consulter l’excellent travail de DEQUIER, Daniel, FLORET, Marie-Claire, GARBOLINO, Jean, La Maurienne en 1730, Saint-Jean-de-Maurienne, Editions Roux, 2004, 253p.

[5] D’après la transcription faite par le recteur Alexis Bouttaz dans les registres paroissiaux de la commune, disponible en ligne sur le site des Archives Départementales de la Savoie, http://www.archinoe.fr/ark/77293/2d15dba406bd3d94#, vue 314-315/381.

[6] GROS, Louis (Chanoine), La Maurienne de 1815 à 1860, Chambéry, Imprimeries réunies de Chambéry, 1968, p.49.

[7] D’après la transcription faite par le curé, disponible en ligne sur le site des Archives Départementales de la Savoie, http://www.archinoe.fr/ark/77293/2d15dba406bd3d94#, vue 313/381.

[8] Les articles sont consultables en ligne sur le site http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php.

Note : Selon les périodes, Le Constitutionnel Savoisien se nomme Le Patriote Savoisien.

[9] D’après la transcription faite par le recteur Alexis Bouttaz, disponible en ligne sur le site des Archives Départementales de la Savoie, http://www.archinoe.fr/ark/77293/2d15dba406bd3d94#, vue 315/381.

[10] Se référer à la présentation de l’habitat ancien par Renée Flamand dans A la découverte de Saint-Sorlin-d’Arves, d’hier à aujourd’hui, publiée à l’initiative de l’Association Sauvegarde du Patrimoine Et de la Culture Traditionnelle de Saint-Sorlin (ASPECTS).

[11] En effet, difficile de savoir si Etienne est bien présent à Saint-Sorlin à cette date. S’il est permis d’imaginer que oui, il faut savoir qu’à cette date, la levée militaire concerne les jeunes hommes de 18 ans, sur la base d’un service de huit années et surtout du volontariat. La levée est par ailleurs systématique lorsque les effectifs militaires viennent à manquer, par exemple en cas de guerre. Or, s’il avait été mobilisé ou volontaire, Etienne l’aurait été au plus tôt en 1852, pour huit ans ; en 1860, Etienne n’est déjà plus en Maurienne. L’hypothèse selon laquelle il serait déserteur est très peu probable.

[12] Recensement de 1876 disponible en ligne sur le site des Archives Départementales de la Savoie, http://www.archinoe.fr/ark/77293/5cf650deec5a8372#, vue 7/16.

[13] Avant lui dans la fratrie, deux bébés portaient les mêmes prénoms que lui : le premier Charles Joseph Théodore, né le 5 février 1820 et décédé un mois plus tard le 6 mars ; le deuxième, Charles Joseph, né le 20 avril 1823 et décédé le 4 mai suivant.

[14] Dès le 23 septembre, une quête est suggérée par l’intendant de la province de Maurienne pour assister les sinistrés, lequel intendant se rend sur place immédiatement. D’après La Gazette de Savoie datée du 23/09/1854, il part de Saint-Jean-de-Maurienne dès 5 heures du matin à pied, sachant que « le trajet est de quatre heures et demie, par une montrée très rapide. »

[15] Lire à ce propos l’excellente biographie du général Sutter : CENDRARS, Blaise, L’or – La merveilleuse histoire du général Johann August Suter, Denoël, 1960, 183p.

[16] Se référer à l’ouvrage de DEQUIER, Daniel, L’émigration mauriennaise aux XIXe et XXe siècles, 2002, 230p.

Si l’histoire d’Étienne Brunet est d’abord écrite et racontée par le prisme des lettres qu’il a envoyées à sa famille restée à Saint-Sorlin-d’Arves, il n’en demeure pas moins qu’elle doit être replacée dans un contexte plus large, à commencer par ceux qui l’ont accompagnés et/ou rejoints en Californie. Je ne vais ici pas rentrer dans le détail mais simplement vous donner quelques éléments du contexte généalogique qui cercle le récit que vous lirez dans quelques semaines.

En 1858, Étienne part avec trois autres hommes originaires de Saint-Sorlin-d’Arves : Jacques Balmain, le plus âgé, Jean François Arnaud et Vincent Chaix, ces derniers étant à peu près du même âge qu’Étienne. Jacques n’est autre que le cousin germain du père d’Étienne, François Brunet. En d’autres termes, la sœur du grand-père d’Étienne, Marie Brunet, n’est autre que la mère de Jacques. Vous suivez ?

Aîné de sa fratrie, Étienne n’est pas le seul à tenter sa chance en Amérique et il est rejoint au milieu des années 1870 par son frère cadet, Joseph. Qu’est-ce qui pousse un jeune homme à quitter sa terre natale alors qu’a priori, son destin semble tout tracé ? Réponse prochainement. L’histoire de vie du frère cadet est aussi extraordinaire. Je ne veux évidemment pas révéler ici des éléments de l’intrigue mais je regrette de n’avoir à ma disposition aucune lettre qu’il aurait envoyé… Il y en a peut-être eu, allez savoir.

Maison familiale Brunet (à droite), tranmises de génération en génération depuis au moins le premier tiers du XVIIIe siècle, sans doute avant encore. Point de départ de l’histoire d’Étienne. Saint-Sorlin-d’Arves, hameau du Pré, années 1920, collection familiale, tous droits réservés.

Ainsi, l’histoire d’Étienne est intimement liée à celle de sa famille et de son petit frère, et ce dans tous les moments de sa vie. Le départ, les lettres, son frère qui le rejoint, les relations qu’il continue d’entretenir par correspondance avec ses parents, ses sœurs et sa famille restée en Maurienne. Et en fait je veux rappeler ici à quel point il existe différents degrés de lecture quand on étudie une trajectoire de vie. Isolée, celle d’Étienne est déjà, en soi, inédite. Quitter son village natal pour la Californie, à une époque où très peu de Mauriennais y émigrent (je dis très peu mais je n’en ai jamais recensés d’autres en fait), c’est exceptionnel. Mais replacer cette trajectoire dans l’histoire familiale l’éclaire aussi d’un angle différent, que je juge nécessaire mais à la limite pas forcément, tout dépend de ce qu’on veut faire de cette histoire. En étudiant le contexte familial, on replace les pièces du puzzle plus aisément. Enfin, intégrer ce puzzle familial dans un contexte historique donné permet alors non seulement de se plonger dans une époque mais aussi dans l’esprit même d’Étienne. Tout ce que j’ai étudié et reconstitué était infiniment évident pour lui.

Pour celles et ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux, et particulièrement sur Twitter, j’ai consacré mon dernier #ChallengeAZ à l’analyse transgénérationnelle (à lire ici) et j’ai pointé du doigt cette relation essentielle à la fois entre le conscient individuel et l’inconscient collectif (familial mais aussi sociétal). Dans mon travail, je me rends compte avec le recul que j’ai beaucoup réfléchi sur ces thématiques, parfois même de manière inconsciente. En projetant mon esprit dans celui d’Étienne, qui plus est en employant le « je », j’ai moi aussi été confronté à l’inconscient familial et mon récit est imprégné à la fois de qui était Étienne, de la mémoire familiale consciente et inconsciente, de mon travail généalogique et évidemment de qui je suis.

Cette histoire de famille est finalement aussi bien la mienne que la vôtre car les thèmes qui y sont développés sont universels. En fin de compte, faire de la généalogie c’est aussi (d’abord ?) se tourner vers autrui. Connaître ses ancêtres amène sûrement une meilleure connaissance de soi. Finalement, on fais tous partie d’une très vaste histoire familiale commune, non ?

Map of San Francisco from c. 1860, d’après Isador Laurent Deroy’s birdseye.

Ah, jeu de mot quand tu nous tiens. L’île du mystère… D’accord, j’arrête là la divagation foireuse mais qui a le mérite de nous mener à une véritable question de fond, celle du narrateur lorsqu’on écrit. Je dirai que la nature de votre récit tranche naturellement le choix qui s’offre à vous. Et la nature du récit est déterminée, elle, par ce que vous voulez livrer au lecteur et la motivation de votre écriture. Je m’explique. Pour l’histoire d’Étienne, comme je l’ai expliqué la semaine dernière, j’étais parti au départ dans l’écriture d’une étude biographique suivant la méthodologie universitaire classique – et vas-y que je te source tel événement, et vas-y que je te liste les références bibliographiques en bas de page – amenant, de facto, un recul sur la trame que j’étais en train de dérouler. Le récit était ainsi distancié par l’utilisation d’un point de vue omniscient.

En relisant, on était à la limite de l’indigeste. Puis, tout simplement, le récit ne ressemblait pas du tout à ce que je voulais qu’il soit. Au(x) message(s) que je voulais faire passer. Bref, le point de vue omniscient vidait le récit de sa substance originelle, celle du mystère et de l’imagination. Insipide, fade, bref, vous voyez le genre. Et parenthèse : je ne dis absolument pas que l’étude historique est insipide, fade, indigeste… Je dis juste qu’un récit obéit à des objectifs précis : dans le cas de celui concernant mon grand oncle, l’objectif était moins d’offrir au lecteur une vue sur l’émigration en Californie au milieu du XIXe siècle qu’une véritable immersion dans l’esprit, l’imaginaire, la conscience d’Étienne Brunet.

Extrait de l’étude que j’avais rédigée dans un premier temps sur la vie d’Étienne. Sur soixante pages, intéressantes par ailleurs, on perdait définitivement le côté authentique de l’histoire de mon grand oncle. G.Chaix, 2016, tous droits réservés.

 

Et c’est là où vous allez le voir, toutes les pièces du puzzle s’assemblent. Quel a été le point de départ de mon aventure ? La découverte de lettres, moins de dix, écrites entre 1864 et 1871 – pour celles qui sont datées. L’enjeu était le suivant : arriver à capter l’essence de cette matière première et construire un récit autour d’elles. Trois possibilités : les intégrer textuellement, les intégrer partiellement ou en les reformulant plus ou moins ou bien les lire, les relire, m’en imprégner et en retranscrire le contenu par petites touches.

On arrive ici à la partie la plus difficile. Un casse-tête. J’ai tout essayé. Et il faut ici que je précise du coup qu’à partir de l’abandon de l’étude historique, j’ai assumé le récit à la première personne, le fameux récit en « je ». Enfin pas tout à fait car dans un premier temps j’ai testé la première solution : mêler les mots d’Étienne aux miens en insérant les lettres entières, dans leur jus. Il a fallu un œil extérieur (merci Léna) pour me rendre vraiment compte que cet insert cassait le rythme narratif, aussi bien sur la forme que sur le fond. Sur la forme car on se retrouvait à des moments avec des pavés textuels à alinéas en plein milieu du récit et sur le fond car oui, je vous le concède, mon style d’écriture est légèrement différent de celui du tonton. Hein, évidemment.

Deuxième solution pas plus convaincante : vouloir paraphraser des lettres que vous n’avez pas écrites… quel intérêt ? Aujourd’hui, ça me paraît tellement évident mais je vous assure que pendant des semaines, ça a été dur pour moi de choisir. Enfin, dernière solution, l’imprégnation et la relégation des lettres en annexes. Psychologiquement, il a fallu en fait que je me dégage des mots d’Étienne pour mieux parler de son destin. En définitive, l’histoire que je raconte, factuellement, est celle de mon grand oncle mais ça reste aussi et surtout, mon histoire. Et ce saut dans le fait d’assumer complétement le « roman »… Qu’il a été difficile ! Pourtant, aujourd’hui c’est comme si j’avais sauté de 10 cm pour rejoindre le sol.

Ainsi, les mots d’Étienne sont les siens et il n’y a pas d’interférence entre eux et les miens. En revanche, je tenais absolument à ce que figurent les lettres en annexes et ce, pour deux raisons. La première réside dans le fait qu’elles ont été le point de départ du livre (et d’ailleurs elles le terminent d’une certaine manière puisque disponibles en annexes) et que je tenais à ce que les lettres d’Étienne soient lues et disséquées. Et la deuxième rejoint plus l’idée de montrer comment il est possible de construire un tel projet à partir de cette matière première, pas excessivement foisonnante (il ne s’agit que de quelques lettres, pas d’une correspondance fournie qui couvre toute la vie d’Étienne).

Si vous avez la chance un jour de tomber sur ce type d’archive (un livre de raison, des lettres, une correspondance, des notes…), lancez-vous dans l’écriture d’un livre : le « je » en vaut vraiment la chandelle.

Extrait d’un début de lettre écrite par Étienne Brunet en 1864. En haut à gauche, ce qui ressemble à un sceau “SF” désignant sûrement un papier provenant de San Francisco, d’où il écrit. Coll. familiale, tous droits réservés.

La piste de l’Oregon, de Albert Bierstadt (1830-1902) : Étienne l’a sans doute emprunté à la fin des années 1850.

Le chemin a été long et difficile et je dois dire qu’il a aussi été passionnant. Au départ, je me suis lancé dans une étude biographique et historique, avec la méthodologie universitaire classique, les références et les lectures nombreuses sur les émigrés en Amérique et même d’ailleurs. J’ai rédigé une soixantaine de pages, toutes sourcées, documentées, intéressantes dans la mesure où elles replaçaient cette trajectoire de vie dans un contexte plus large. Mais en réalité, à la relecture, j’étais frustré. Frustré de réduire ces lettres, cette histoire extraordinaire à une étude « froide », dans laquelle je ne retrouvais pas les sentiments ressentis à la lecture des mots de mon grand oncle. J’appuyais donc sur le bouton « reset » et décidais de tout reprendre à zéro ; partir sur un récit mêlant à la fois l’étude historique et le roman.

Mais là encore, au bout d’une trentaine de pages seulement, je n’étais pas convaincu, ayant le sentiment d’avoir poussé le curseur à l’extrême inverse. Insérer des dialogues, romancer complétement la vie de mon grand oncle ne m’intéressait pas plus. Il fallait juste que je trouve le bon équilibre. Tout récit, qu’il soit drapé dans un jargon scientifique ou pas, traverse le prisme de son auteur. L’objectif était donc le suivant : retranscrire ce qu’a vécu mon grand oncle en insérant toutes les projections que j’ai pu faire à son sujet, en insérant tous les éléments du contexte qui permettent de mieux comprendre les mots qu’il a pu employer tout en restant fidèle à une trame chronologique et factuelle avérée.

Parmi les ressources en ligne consultées, la presse ancienne francophone et anglophone. Ici, un petit article de 1858 où l’on parle encore de la fièvre de l’or alors que, historiquement, la ruée vers l’or a plutôt concerné le début des années 1850.

Ainsi, tout le travail de recherches en amont se révélait d’un seul coup très utile pour construire les assises d’un récit qui devenait alors de plus en plus fluide, de plus en plus convaincant. En somme, un récit qui correspondait tout à fait à ce que j’avais en tête lorsque j’imaginais écrire un livre sur mon grand oncle. Ce travail d’équilibriste, ô combien enrichissant, a été couplé d’un travail de digestion que je ne néglige jamais dans mon travail d’écriture. Il fallait que le temps fasse son affaire et que je digère, donc, toutes les informations lues, apprises, parcourues, parfois rejetées. Il a fallu que je sois totalement imprégné de cette histoire pour la retranscrire de cette manière.

Je suis heureux aujourd’hui de partager cela avec vous car je crois qu’il y a là une clé essentielle. Écrire un livre n’est pas réservé à des esprits géniaux, inspirés par je ne sais quelle force. Non, écrire un livre c’est d’abord et surtout un travail de digestion et de patience. Si un jour l’idée vous vient d’écrire et de vous lancer dans une entreprise comme celle-là, ne la refoulez sous aucun prétexte !

Finalement, je crois que ce qui importe lorsqu’on écrit un roman, c’est la vision qu’on donne au lecteur. Avec l’histoire de mon grand oncle, extraordinaire en soi, je voulais apporter ma vision, je voulais partager ce que j’avais ressenti, ce qui m’avait ému, ce qui m’avait mis mal à l’aise, bref, je voulais vivre à ma manière cette histoire. Voilà ce que j’ai appris de cette aventure.

Lors du long et fastidieux travail de relecture, je m’étonnais toujours d’éprouver les mêmes sentiments à tel ou tel passage. En vrai, cette histoire m’a appris une chose essentielle : la réalité dépasse toujours la fiction !

Non négligeables et non négligées, les sources iconographiques ont aussi nourri l’imaginaire de l’époque pour écrire. Source : Collection of the Oakland Museum of California.