Suite des épisodes 6, 7 et 8

Lettre du 26 juillet 1869 (2)

Mon bien cher père frere et sœurs
Com vous vous trouvez
in quiet [inquiets] de ma sante je me dispose en ce
moment à vous ecrire pour ce la [cela] je me porte
assais [assez] bien pour le moment et comme toujour
si ce n’est ma jambe à varice qui ait [est] pour
le moment comme depui 1866 au 15 aout
elle ait [est] mentenent jambe avarié
mes [mais] à force de remede different je
crois avoir trouve le bon je fait fondre
de la resine de la sire [cire] jaune et de luillie [l’huile]
d’olive le tout fondu ensemble je cole cela
sur du papiez et je laplique sur la playe
Je le renouvelle toutes [papier tâché] heurs
cela me fait pa mal souffrir et chaque
foi que je renouvelle le pancement en en-
-levent le cataplasme la mede cine [médecine] en-
traine avec elle les rasine [racines] du mal
cela fait des corde comme du fromage
dans une soupe c’est [ces] rasine commence
par ce de couvrir [se découvrir] par un petit poin noir
ce poin noir c’est un sang ca lue brule [comprendre coagulé ?]

Lettre du 26 juillet 1869 (2)

qui pique comme des eguilies [aiguilles] ce la [cela] c’est par santaine [centaines]
jes paire [j’espère] dapraix [d’après] ce que je vois que dan un ans
au plus je serais entierement gueri si je netait
pas obligie [obligé] de travaillier je crois bien qu’en
3 ou 4 mois je serais entierement geri [guéri] mes comme
il faut que je travallie [travaille] journellement cela
hirite [irrite] le mal et en flame la jambe [;] le
travail que je fay [fais] mintenent est trop dur
pour ma jambe mes dans 6 mois disi [d’ici] jaurais
à peux praix [près] tout fait ce que je dois faire
dans c’est [ces] travaux la le travail que je ferais
apraix [après] ne me fatiguera pas du tout je men vais
vous donner du nouveaux j’ai fait comme mon
frere jai quite [quitté] le regimen de mineur pour
rantrer dan celui des cochons   cet a dire
ne voyant rien de bien sur pour la mine en ce
moment j’ai pris un angagement [engagement] de 3 ans et demi
pour faire le fentes dune propriété en piere
et en planche mon patron fournit toutes
les provition [provisions] quil faut pour un an il seme
cet autonne et fournit tout le gren [grain] quil faut
jeus-qua [jusqu’à] lannée 1870 en autonne dela pour les
frais des 2 autres anne [années] je me nouri ames fraix [à mes frais]

Lettre du 26 juillet 1869 (3)

et je rentre dans la moitiez des fraix qu’il faut
pour semmet [semer] et pour les en tretenir [,] la proprie
été [propriété] ait de 1500 maitres de long sur 600 de large
le tout n’est pa labourable mes il y en at toujours
au moin 100 cartelée mesure de che [chez] nous
Il met 150 cochons il y at 40 trui pour faire des
petits dans livert [l’hiver] ils sont a lerbe et on leurs donne
une poignie tous les jours pour les attirer a la mes[on]
en autonne au temp que lon laboure il y at les
glans et allers depui la fin mai ou le 15 juin
que la recolte ait mure on les met de dans la
propriete la [,] ceux qui sont graux [gros] sengraise
et les autres grandixe [grandissent] pour lannee dapraix
je pence que nous en orron [aurons] suffisament pen
dant les deux premiere année il ny aurat que
la derniaire année que nous seron aubliger da
-ller lou et [louer] une autre propriete auquel lon donne
50 sous par cochons il me ferat les avance de la somme
en argen jeus-qu’a ce que lon en vande [vende] allors
passe lannée prochaine en autonne ce quil avait
pour moin [moi] il le retien a la vante [vente] des cochons
Le tempe coulée [temps écoulé] il reprand cest [ses] 150 quil
met a la meme grauceurs [grosseur] en viron que lors

Lettre du 26 juillet 1869 (4)

quil les at fourni et nous partageons en suite
le nombre ogmente [augmente] cet a dire [y, barré] cest ce que lon
dit des cochons a moitiez mes [mais] il y at bien de
differante convantion a celle-ci quoique à
moitiez mes parmi toutes celle que jai rencontre
jai trouve celle-ci la plus favorable pour moin [moi]
mentenent voila mon temps fixé pour mon
retour au pay or du nouvaux [sur les, barré] en malheur
tout ait perisable puis-que nous même nous ne
somme point exantié [examptés] pourrait survenir une
mortalite seur [sur] les animaux aussi aller il
faudrait vouloir ce que dieu veut puis-que
nous ne pouvons aller contre    pour quant
a ce que vous m’offre [m’offrez] pour vendre pour me repatri [rapatrier]
pour cela ne jen veux pas en corre je suis
venu pour gagnier de largien [l’argent] et non pas
pour en depanser   pour quant a ce que vous
me ditte que [y, barré] vous m’avez conserve [conservé] la meme
a moitiez que vous avez pour les autres puis
que vous me le ditte je vous crois et coryez [croyez] que
de mon cote vous nette point ou ble [oublié] non plus
car mentenent [maintenant] plus que jamais vous m’aitte [êtes] toujour
present a mes yeux et meme traix souvent dans

Pas de fin

Lettre du 26 juillet 1869 (marge)

Mon adraisse [adresse] pour moi comme pour mon cousin ait toujour la même je sui qu’a 1
mille [mile] dou jetais jeus-qu’au 18 mai 1869 et un mille ou jetai du temps que vincent
était isi [ici] new years diggines dans le au [haut] // Ce jour d’hui le 26 juliet [juillet] 1869.

De cette lettre, plusieurs remarques. D’abord, Étienne donne des nouvelles de sa jambe, qu’il évoquait déjà en 1866. Les mots qu’il emploie sont pour le moins étonnants : à chaque renouvellement de pansement, « cela fait des cordes comme du fromage dans une soupe ». Le sens de la formule vous dites ? Ensuite, il indique avoir quitté le régiment des mineurs pour celui des cochons. Un clin d’oeil ironique à l’engagement militaire à venir de son frère ? En tout cas, on note qu’en 1869, Étienne parle de “temps fixé” pour son retour au pays. Plus encore, il décline une proposition apparemment faite par son père qui pourrait l’aider à payer son retour. “Je suis venu pour gagner de l’argent et non pas pour en dépenser”.

Enfin, Étienne indique que son adresse, de même que celle de son cousin – certainement Jacques Balmain – est toujours identique. Il précise qu’il n’habite qu’à un mile d’où il habitait « du temps que Vincent [Chaix] » était là-bas, précision qui permet d’affirmer qu’Étienne, depuis 1860 n’a pas tellement été mobile géographiquement parlant, si ce n’est l’épisode de San Francisco vu précédemment. Toutefois, impossible de le trouver lors du recensement fédéral des Etats-Unis de 1870. Était-il absent au moment où le recensement s’est effectué ? Difficile de le savoir. Même remarque pour Jacques, que je n’ai pisté nulle part. Par ailleurs, vous aurez remarqué que la lettre se coupe brusquement et pour cause, il en manque une partie. Ne me demandez où elle est passée, je n’en sais rien (lire ci-dessous).

10

On touche là à la fin de cette étude.

Étienne rédige sa dernière lettre en mai 1871, laquelle nous offre un témoignage extraordinaire sur comment il a vécu, à des milliers de kilomètres, la guerre de 1870 et aussi la Commune de Paris en 1871, sentiments sans doute exacerbés par le fait que Jacques Joseph prenne part à ce conflit. Pour rappel, la IIIe République en France est proclamée en septembre 1870.

Dernière lettre reçue d’Étienne, dans laquelle il annonce son intention de ne jamais revenir au pays, après avoir fustigé la situation de la France en 1871. Archives familiales, tous droits réservés.

Mon bien cher père frere et cœurs [soeurs]

Je me dis pause [dispose] à vous ecrire la presente
vu que je ne recois pas de nouvelle de la lettre que
je vous ai ecrit en mars soit au commancement
mars 1871 lors-que j’avais vu [qu’une, barré] que les lettres
pouviont [pouvaient] vous parvenir [;] plus une quinsaine de jours
apraix [après] jais ecrit ausi a Vencent [Vincent] et lui avais de-
-mande une prompte reponse seur [sur] tout   si au cas vous
ne m’eusiez [eussiez] pas fait reponse vous-même cela
pour vous donner de mes nouvelle et pour en appran-
-dre des vautres [vôtres] soit de tous père frere cœurs[soeurs] et beaufrere
tante oncles et en fin de tous les parents et des amis
rien de plus desolan pour moin [moi] que
de voir la situation affreuse auquel se trouve la
France en ce fatal moment [;] non contant de verser
le sanc [sang] [de la f, barré] des enfants de la France contre l’etrange[r]
il faut en corre qu’ils segorgient [s’égorgent] eux entre eux
que cette fatalle ville de paris soit peurgie [purgée] une
foi pour toutes de s’on orguel [orgueil] et de tout c’est vice [ces vices]
qui non seul-ment ont fait les malheurs de tout
habitant qui l’ont habitée et de ceux qui labite
insi [ainsi] quelle ferat encorre le malheur de ceux qui
l’abiteront à lavenir peutaitre ; je dis isi [plus au, barré] tous
je dis trop mes tout au moin du plus-grand nombre
seur [sur] plusieurs raports mai seurtout [surtout] celui qui ne fait
et n’arrive qu’a degenerer l’umanite car bien tôt il[s] tillerons [tireront] les raports

Lettre du 29 mai 1871 (2)

Voui paris non seul-men en ce moment ce ruine pour long-temps
mes [mais] il entraine avec lui bon nombre d’autre villes et de toutes les
conpagnie [campagnes] de la France entiaire il de-truit [détruit] leurs chans [champs] leurs chau-
miaires [chaumières] e[t] epuise le sanc le plus pur et le plus vigoureux de la
patrie ; au fatal paris soit tout au moin une foi pour tout
de-trui à jamai et le reste de la France respirrerat un er [air] plu pur
et ce reprimieras peutaitre de tout j’anre [genre] de vice de generateur [dégénérateur]
voui cher parant père frere cœurs et en
fin à tous les parents et les amis la France ne peut rester longtemp dan
une parfaitte tranquillite la France ne sait ni pardonner à son monarque
ni aubehir [obéir] à la republique, pour moin [moi] la republique en France
ait [est] une veuve auquel ces enfants chacun d’antre eux veut aitre [être]
non seul-ment son mettre [maitre] mes raignier [règner] en metre seur [sur] tous freres et
cœurs [soeurs] même raignier [règner] en mettre [maître] et se lever bien plus aux [haut] qu’au desu
de sa mère mai jeus-qu’au [jusqu’au] desu de l’eternel [.] voila l’esprit
des enfants de la France de tout temps et parait pire en ce
moment              pour moin [moi] j’abandonne le projet d’y
re habiter car pas une heure de ce qu’il me reste à vivre ne me serait
agréable je desirerais revoir sandoute ce bersaux [berceau] de m’on enfance
avec un bien grand plaisir mes [mais] pour l’abiter je n’en ais pas lembition [l’ambition]
dance [dans ce] moment et je croi-que jamais cette embition ne me reprenderat
la plus grande de mes embition ne peut m’arriver
san que cette idée ne vous vienne à comprandre que notre tranquilite
pour nous qui somme indigiant [indigents] ne se peut trouver en Europe et pour-que
le but de ma plugrande embition soit acomplie il ne faut pas
que cette crente [crainte] de quitter le cloche [clocher] vous tienne des-ormée [désormais] mes que
cette pansée vous vienne de vous-même et de comprandre que je
ne peux ni vous assurer que nous ferons une grande ou petite fortune

Lettre du 29 mai 1871 (3)

prompte ou avec une longe [un long] espasse [espace] de temps pour moin [moi] mes resolution
s’ont [sont] prise je desire revoir le pays natal mais non l’abiter ; ce sont
mes oppinions je tien a le revoir non pas pour le pays mes pour les
habitant suije peutaitre sandoute condannée [condamné] a rester pauvre toute
ma vie cela cepeut mes jaime mieux laitre [l’être] dans cest pays que che [chez] nous
car le droix [droit] que je peux avoir quant je veux en amerique je ne le trouverais
jamais dan notre pays  nous ne demandions rien de plus que davoir
du terren [terrain] acultiver pour notre necesaire de chaque jour ici on peut
en avoir plus-que lon peut en cultiver il n’en faut rien de plus tout
ce qui m’en-nuit [m’ennuie] dans c’est contre [contrées] c’est le terren trop secque [sec] dont on
peux crendre [craindre] et bien la Californie ne sont les amerique il y at
l’auregon [Oregon] le fraise-riviere [Frazer River] dont je connais climats qui ait traix bon
c’est lendroit qui me conviendrait le mieux le payssage y ait magnifique
bois pierre au [eau] et en fin tout y ait convenable pour les j’anses [gens] de nos
montagnie [montagnes] le climat y ait depui la temperature de Chamberi [Chambéry]
jeus-qu’à celle de nos montagnie [montagnes] les plu elevee [élevées] de la savoie
je desirerais savoir ce que vous ditte chacun de vous de ce que je vous
ay marque [marqué] seur [sur] la lettre ecrite en mars dont je panse que vous l’aure[z]
resue [reçu] pour savoir l’aupinion [opinion] de chacun d’antre vous tous et de tout
ce que je vous ais parle soyez sensaire [sincères] et faitte moin [moi] reponse auplutôt
ce qui me torture rudement c’est de ne pouvoir recevoir
aucune nouvelle de la famillie [famille] cela memet dans lidée que quelcun [quelqu’un]
dentre vous sont mort et seurtout que jai [rature] vu seur [sur] une laittre [lettre] que
les freres Arnaud ont recu de Vencent dont il m’en ont fait la
coppie que chacun deux de ceux qui etions [étiez] sous les armes aviont [avaient] ecrit
sauf 3 dont mon frere en aitait [était] un plus il m’ont fait en corre le
relevée dune lettre que leurs at ecrit leurs cœurs que tout [tous] avions [avaient] ecrit
sof le fils de Romen [Romain] Didier mes [mais] vu ce brigandage quil y at mentenent

Lettre du 29 mai 1871 (4)

il ne me reste que bien peux des poir [espoir] pour lui et pour ce perre à qui
les reverts de la vie afflige [ci cru… raturé] si cruellement en voyant ses enfants
insi [ainsi] dispersée cela ne serait-t-il pas parfoi un sujet de tristaisse [tristesse]
pour vous bien cher père non re consolevous [re-consolez-vous] et reconsollon nous tous
et voulon ce que dieu veut il saurat nous eparnier [épargner] sil le veut et il
saura nous fraper sil lexige que nous le soyons helas consolon nous
puis-que cete vie n’est qu’un passage mes esperon le bonheur
en loutre [en outre] si nous savon le meriter
Je vien de voir seur [sur] un journal que le prix du passage de 2000
emigran europen [Européens] ait souscrit si vous voulliez venir je panse que
vous pourriez avoir votre passage gratuit je vais peutaitre menin-
former [m’en informer] avanque de mettre la presente a la poste
Jemen vais finir en vous soitan [souhaitant] atous une sante parfaite
père frere cœurs et beaufrere tante oncles cousens et cousines
amis et amies et pricipalement [principalement] si jetai l’aime [aimé] et le bien aime
d’une jean serais hereux et si au cas que que-que une me garde leurs
amitiez je pourrais lui garder les mienes et je fini en vous embrasent [embrassant]
tous du plu prond [profond] de mon cœur en attandant de pouvoir le faire
en reallite Je sui pour la vie votre tout devoue fils frere Brunet Etienne
Ce 26 mai 1871 New years diggines
—-

Si par foi que vous nusiez [n’eussiez] pas resue
la lettre que je vous avais ecrite vous voudrez bien me le marquer au plus
vite car il yen avait de dan une pour remettre ausitôt que vous laurez
resue et si lon vous at donne une reponce et vouvoudriez bien me marquer
tout ce quil y at de nouveaux dans le pays          mai seurtout [surtout] je desire
bien mieux votre presance en corre que la reponce plus je ne sais
comment quelcun m’at di avoir vu mon cousin jaque a un endroit
que lon appelle seneline [?] il ma même été dit quil aurait voulu me

Lettre du 29 mai 1871 (retour à 1, marge)

me parler je ne sais sil ait parti pour le pays ou sil at etée a St Francisco pour
envoyer de l’argian [argent] pour payer les Didier secretaire cest tout ce que je sais depui
la noel auquel nous avon passe ensemble il m’avait dit qu’il san allait au printan
que son temps serait fini le 7 mai 1871 il verrait comment hiriont [iraient] les affaires
du pays consernant la guerre je le croix parti car il serait venu me voir
depui 9 jour que son temps ait fini

[Marge au-dessus]

vous voudrez bien me dire si vous
avez re cette letre ecrite en mars
elle ne partira peutaitre
pas avan le 3 ou le 4
juin, le 29 mai [y barré]
1871

Je suis toujours relativement bouleversé à la lecture de cette lettre tant elle est un témoignage précieux sur une époque historique que j’apprécie particulièrement en plus. En déplorant la Commune de Paris (il mentionne également celles des campagnes, donc peut-être a-t-il vent de celles de Lyon ou Marseille ou fait-il seulement référence à la guerre de 70?), il s’inquiète surtout pour son frère cadet, Joseph, engagé alors dans les 11e Dragons et qui se trouve, à ce moment,  à Thionville, en Moselle, assiégée par l’armée prussienne. « Ce qui me torture le rudement c’est de ne pouvoir recevoir aucune nouvelle de la famille, cela me met dans l’idée que quelqu’un d’entre vous sont [est] mort et surtout que j’ai vu sur une lettre que les frères Arnaud ont reçu de Vincent dont ils m’ont [a] fait la copie que chacun d’eux, de ceux qui étions [étaient] sous les armes avions [avaient] écrit sauf 3 dont mon frère en était un », conclut-il en fin de lettre. Je n’inclus pas ici le destin de Joseph, alors que j’ai à ma disposition de nombreuses informations (registre matricule conservé à Vincennes, et un dossier de succession après sa mort, en 1891. Tout son parcours militaire est retranscrit dans mon livre).

Par ailleurs, la construction de la lettre est très intéressante en ce sens que le conflit de 1870 amène Étienne à évoquer son hypothétique retour en Maurienne : les choses sont désormais claires, il ne reviendra pas. Difficile de ne pas imaginer ce qui lui a fallu comme courage pour enfin fixer les choses. Laissant la porte ouverte à une visite de courtoisie qu’il désire plus que tout – revoir sa famille revient dans chacune de ses lettres, naturellement – il essaye une dernière fois de convaincre les siens de le rejoindre.

« La plus grande de mes ambitions ne peut m’arriver sans que cette idée ne vous vienne à comprendre que notre tranquillité pour nous qui sommes indigents ne se peut trouver [ne peut se trouver] en Europe et pour que le but de ma plus grande ambition soit accompli, il ne faut pas que cette crainte de quitter le cloche [clocher] vous tienne désarmés mais que cette pensée vous vienne de vous-même et de comprendre que je ne peux ni vous assurer que nous ferons une grande ou petite fortune prompte ou avec un long espace de temps. »

Plus de promesses, mais la crainte de quitter le clocher fait sans doute référence au fait que pendant des siècles, quitter sa paroisse était très mal vu et synonyme de péché même par l’Église et le curé qui ne voulait pas voir sa paroisse vidée de ses ouailles.

Alors que, de nouveau, est faite mention d’une lettre absente du corpus retrouvé, datée apparemment de mars, Étienne s’adresse aussi à son père : voir ses enfants dispersés, en parlant d’un autre père de Saint-Sorlin, “n’est-ce pas pour vous un sujet de tristesse, pour vous bien cher père ?” Immédiatement, on s’en remet à Dieu.

Et puis, en fin de lettre et de manière furtive, Étienne évoque pour la première fois d’éventuels sentiments amoureux, en toute pudeur : « […] principalement si j’étais l’aimé et le bien aimé d’une, j’en serais heureux et si, au cas que quelqu’une me garde leur [son] amitié, je pourrais lui garder la mienne », comme une manière d’indiquer aux siens qu’il ne fonderait un foyer qu’avec quelqu’un du pays. N’est-ce pas à ce moment qu’Étienne joint son portrait à sa lettre ?

« […] Avant l’envoi cependant, si l’épargne du jeune homme est riche, il voudra y joindre son portrait. Ce n’est pas à coup sûr pour s’admirer sottement dans son image que le montagnard pose et se fait peindre : mais qui sait ? Le portrait peut servir à le marier. Il sera remarqué des jeunes filles du canton et lui vaudra quelque grasse dot. […] »[1]

Sans doute faut-il préciser que le passage qui vient d’être évoqué concerne l’émigration des Savoyards à Paris notamment, au XIXe siècle. Pour autant, il est permis de penser qu’Étienne est susceptible d’adopter la même pratique. Preuve en est, sur la pratique du mariage, le fait que Jean François Arnaud revienne à Saint-Sorlin se marier avant de repartir. Je pense profondément qu’il était hors de question, inimaginable pour Étienne, de se marier avec une étrangère. N’en déplaise au généalogiste que je suis !

En conclusion, Étienne nous apprend que son cousin Jacques a dû quitter définitivement le continent américain depuis quelques jours, alors que tous deux ont passé le Noël 1870 ensemble. Cette lettre est la dernière que la famille d’Etienne reçoit. Se peut-il que d’autres aient été perdues ou détruites (la maison familiale à Saint-Sorlin a connu de nombreux incendies dans la seconde moitié du XIXe) ? Je le pense de plus en plus. Étienne apprend-il le décès de son père François le 9 mars 1878 ?

CHAPITRE IV – DÉNOUEMENT

11

Alors comment connaître la suite des événements pour Étienne ? Grâce à Internet et un formidable travail de numérisation, il nous est possible de consulter une partie de la presse californienne de 1846 à aujourd’hui. Malheureusement, le comté de Stanislaus n’est pas représenté. Néanmoins, comme il habite à la frontière avec d’autres comtés, notamment celui de Mariposa, les chances de trouver une trace de lui sont un peu plus grandes quoique très limitées.

Le 20 février 1875 pourtant, paraît dans le Mariposa Gazette[2], une Delinquent Tax List qui vise à recenser les individus n’ayant toujours pas payé l’impôt. Parmi eux, figure un Stephen Brunett qui, au vu des détails qui suivent, ressemble fortement à mon Étienne. Grâce à cette mention, nous apprenons qu’il possède 40 acres de terres, 1 acre représentant environ 0,405 hectare, cela revient à dire qu’il possède un peu plus de 16 hectares. Étienne ne dit-il pas dans sa dernière lettre : « Nous ne demandions rien de plus que d’avoir du terrain à cultiver pour notre nécessaire de chaque jour. Ici on peut en avoir plus que l’on peut en cultiver, il n’en faut rien de plus […] » ? Les terres d’Etienne se localisent à New Years Diggings, à un mile au sud-est de l’old French Store, ancien nom de La Grange et sont évaluées à 50 dollars, plus 50 dollars d’améliorations (cf installations évoquées dans sa lettre de 1866 ?). La mention précise également qu’une exploitation minière se situe sur le terrain, évaluée à 25 dollars, plus, pour finir, 5 dollars d’effets personnels. La valeur totale de ce que possède Étienne est évaluée donc à 130 dollars, pour une taxe, elle, évaluée à 3,88 dollars, plus 1,50 dollars de coût de collecte. Toujours d’après l’outil de calcul basé sur l’inflation et sur lequel nous nous sommes appuyés pour évaluer la richesse d’Étienne lors du recensement de 1860, 130 dollars en 1875 représente environ 2800 dollars actuels.[3]

Cette mention chanceuse d’Étienne dans la presse locale permet de noter qu’entre 1860 et 1875, Etienne s’est enrichi. Si nous trouvons une trace de lui quatre ans après l’envoi de sa dernière lettre – en tout cas connue de nous, la prochaine trace découverte se situe quatre ans après 1875, soit en 1879.

Et il s’agit de la dernière, puisque cette trace indique la mort tragique d’Étienne.

Il a fallu des heures incalculables de recherches sur le site de la California Digital Newspaper Collection pour tomber sur ceci :

« Killed by a cave. Last Thursday Etiene Brunet, a Frenchman, who owns a mining claim on the dividing line of Mariposa and Stanislaus counties was accidentally killed while working his claim. It appears the unfortunate man was running a drift, and the supposition is that he neglected to timber sufficiently to support the heavy weight of the ground. Many similar accidents happen in mining through neglect or a lack of knowledge in this respect. An inquest was held by the Coroner of Stanislaus county and the jury returned a verdict in accordance with the above. »

Mariposa Gazette, 12 juillet 1879[4].

« Tué dans un éboulement. Jeudi dernier, Etienne Brunet, un Français, qui possède une exploitation minière à la frontière des comtés de Mariposa et Stanislaus a été accidentellement tué alors qu’il travaillait dans sa propriété. Il apparaît que le malheureux a dérivé et qu’il a négligé d’étayer suffisamment pour supporter le poids lourd de la terre. Beaucoup d’accidents similaires arrivent dans l’activité minière soit par négligence soit par manque de connaissance. Une enquête a été diligentée par le Coroner du comté de Stanislaus et le jury a rendu un verdict conforme à ce qui vient d’être énoncé. »

Voici donc comment décède Étienne, le jeudi 10 juillet 1879 à New Years Diggings, dans sa mine, écrasé par le poids de la terre, étouffé par le manque d’air oppressant et fatal, tragiquement rattrapé par sa soif de vivre, lui qui prônait sans cesse qu’il était pour la vie. Lui qui a rêvé toujours plus haut d’une vie meilleure, lui qui souhaitait par-dessus tout que sa famille le rejoigne définitivement, lui qui songeait sûrement à en fonder une, mais qui est resté seul, sans descendance, comme résigné de n’avoir ni pu ni su convaincre sa famille de s’installer là-bas.

L’avenir de Jacques Balmain depuis 1871 et son éventuel retour au pays est inconnu. Mais en 1876, Un Balmain P. apparaît sur la liste de ceux qui n’ont pas payé l’impôt, juste avant un Brown Joseph. Sachant que le premier prénom de Jacques était Pierre… J’imagine qu’il s’agit bien du cousin Balmain.

Aucune tombe au nom d’Étienne n’a été retrouvée, pas plus qu’une au nom de Joseph. Ils devaient rejoindre ces millions d’anonymes invisibles croupis dans l’oubli, faute de n’avoir laissé aucune trace de leurs passages et ne seraient même restés qu’une légende familiale si je n’avais pas retrouvé les lettres d’Étienne.

Ses rêves, son incroyable détermination, son extraordinaire histoire ont finalement parcouru quatre générations pour qu’enfin soit restituée sa mémoire. Il s’appelait Etienne Brunet, il est mort à 45 ans et c’était mon grand oncle.

Ferrotype d’Étienne Brunet, seul portrait conservé de lui dans les archives familiales. Ca 1870. Tous droits réservés.

Notes

[1] GUICHONNET, Paul, L’émigration des Savoyards aux XIXe et XXe siècles, Chambéry, Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, Histoire en Savoie n°29, 2015, p.15. Paul Guichonnet cite ici J.-F. Destigny.

[2] California Digital Newspaper Collection, Center for Bibliographic Studies and Research, University of California, Riverside, http://cdnc.ucr.edu. Le titre évoqué ici est donc disponible en ligne sur : http://cdnc.ucr.edu/cgi-bin/cdnc?a=d&d=MG18750220&e=——-en–20–1–txt-txIN——–1.

[3] Source : http://www.in2013dollars.com/1875-dollars-in-2016?amount=130.

[4] Source : http://cdnc.ucr.edu/cgi-bin/cdnc?a=d&d=MG18790712&e=——-en–20–1–txt-txIN——–1

L’histoire commence avec une carte postale ancienne retrouvée dans les archives familiales. Sergent Arnaud, qui es-tu ?

Expt. Sergent Arnaud 13e ch. 11e cie Modane, Savoie.

Modane le 8-8-16

Bien cher oncle, tante, cousins et cousines,

Me voici à Modane de nouveaux . Tout va bien pour le moment. J’espère que vous irez bien également et que mon cousin Ernest sera bien rentré. Recevez de votre neveu et cousin ses meilleurs souvenirs.

C.Arnaud”

Les cousins Arnaud, mon grand-père en parlait de temps en temps. Sa tante paternelle, Jeanne Marie Célestine Chaix, s’était en effet mariée en 1883 avec Henri Victorin Arnaud. Entre 1884 et 1899, pas moins de six enfants : quatre garçons, deux filles. Écart d’âge avec la fratrie de mon grand-père qui s’étale, elle, de 1897 à 1924. Les cousins Arnaud, ce sont ceux de Paris, cafetiers comme la plupart de ceux qui ont tenté l’aventure dans la capitale. Mais avant l’aventure, la guerre.

  • Albert Henri François Victorin (1884-1965), l’aîné, n’y laisse pas sa peau.

 

  • Charles Eugène Henri Jean Marie (1886-1961), lui, est blessé le 9 mai 1915 à Souchez (Pas-de-Calais) par balle au niveau de la fosse sus épineuse (omoplate) gauche et du bras. Son dossier miltaire précise simplement : “infection” et “atteint de troubles psychiques le 10 juin 1917 dans la région de Chateau-Thierry.”Comme beaucoup de Poilus, la guerre laisse des séquelles. Cela étant, il se marie en 1919 à Paris et exerce, sa vie durant, la profession de marchand de vins.

 

  • Aristide Henri Victorin (1889-1918) n’a pas la chance de revenir du front. Nommé sergent, comme son frère qui écrit en 1916, il décède dans la région de Mailly-Raineval le 18 avril 1918. Mort pour la France, donc.

 

  • Charles Jean Marie Albert (1891-1965), enfin, le plus jeune des garçons de la fratrie. Incorporé d’abord au 11e bataillon de Chasseurs à pied le 1er octobre 1912 (1), il est nommé caporal le 8 novembre 1913. Le 2 août 1914, il est déjà sur le front. Nommé sergent le 14 août, il est blessé à Ban-de-Sapt (Vosges) par “balle aux testicules”. Le 2 février 1915, il passe au 13e bataillon de Chasseurs alpins et retrouve les combats. Jusqu’au 21 septembre 1915 où il est de nouveau blessé, à Wesserling (Haut-Rhin), par “éclat d’obus au genou droit”. Le 8 août 1916, il écrit donc à son oncle et sa tante, Charles et Marie Françoise Chaix, mes arrière-grands-parents, depuis Modane. À cette date, Charles est déjà marié ! Il est passé devant le maire en avril 1916 dans le 11e arrondissement de Paris. Le 4 février 1917, il est incorporé au 32e bataillon de Chasseurs alpins et retrouve, encore, la guerre. Le 28 mars 1918, au  Plessier (Somme), il est, pour la troisième fois, blessé par “balle à l’orbite gauche” : son dossier précise qu’il n’est pas évacué. Le 7 octobre de la même année, il est nommé adjudant. Le certificat de bonne conduite lui est évidemment accordé ; il est rappelé à l’activité le 24 août 1939 en tant que “personnel de remplacement” mais définivitement dégagé d’obligations militaires le 15 octobre 1940.

 

Après la guerre de 14 et jusqu’en 1925, Charles fait des allers-retours entre Paris et Saint-Sorlin-d’Arves, d’où il est natif. Il exerce la profession de garçon de café. À partir de 1925, il s’installe à Chambéry, plus précisément sur les Monts situés sur les hauteurs de la capitale savoyarde. Il acquiert un café route de Bassens, aujourd’hui quai Charles Ravet. Les affaires tournent bien. Il cède son commerce à son neveu, Édouard, frère de mon grand-père et habite désormais en Isère, avec sa femme. En 1960, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Il décède le 11 février 1965 à Chapareillan (Isère).

En lisant son dossier de membre de l’ordre national de la Légion d’honneur, je reste perplexe. Si je n’apprends rien de particulier, j’ai l’occasion de lire les citations dont il a fait l’objet par rapport à son engagement dans la guerre de 14, où, je le rappelle, il fut blessé trois fois.

Cité à l’ordre de la Division n°32 du 12.3.15 :

S/Officier d’une grande valeur ; grâce à son sang-froid, a pu enrayer une contre-attaque malgré un feu violent d’Infanterie et de bombes en maintenant une demi-section sur la position conquise”.

Cité à l’ordre de la Division n°92 du 17.8.15 :

“Bon S/Officier, plein de sang-froid et de courage ; a contribué à arrêter une contre-attaque ennemie en mettant ses pièces en batterie.”

Cité à l’ordre du Bataillon n°142 du 29.4.18 :

“Chef de section très courageux ; a fait preuve de sang-froid aux combats du 28 mars, au cours desquels il a été blessé”.

Croix de guerre – 2 étoiles d’argent – 1 étoile de bronze.

Médaille militaire – Décret du 29.12.1924 – J.O. du 1.1.1925″ (2)

Certes, il n’a pas manqué de sang froid, mais à quel prix ? À l’heure où on commémore le centenaire de la Grande guerre, j’ai du mal à me contenter de ces reconnaissances et autres médailles. Charles a perdu un frère ! Dans ma famille, plusieurs morts, de nombreux blessés. Pour qui et pourquoi ? J’ai en effet du mal à imaginer la fierté et l’honneur que ces hommes ont peut-être ressentis à combattre contre “l’ennemi”. Évidemment, je mesure l’immense courage. Je me doute surtout qu’ils n’avaient pas le choix. D’ailleurs, jamais ils ne se sont et se seraient vantés de quelque gloire que ce soit. Cette nomination à l’ordre national de la Légion d’honneur, je n’en avais jamais entendu parlé avant mes recherches. C’est donc à la mémoire de ce Charles Arnaud, que j’ai connu grâce à une banale carte postale retrouvée, que je rédige cet article. Derrière des mots simples, j’ai découvert une vie que je ne soupçonnais pas.

Carte postale envoyée par Charles Arnaud, le 8 août 1916, archives familiales. En pleine guerre, une image des écoles. La rature. Et la rature enfantine de mon grand-père Maurice, sûrement loin de se douter dans quel contexte elle fut écrite.

Carte postale envoyée par Charles Arnaud, le 8 août 1916, archives familiales. En pleine guerre, une image des écoles. Et la signature enfantine de mon grand-père Maurice, sûrement loin de se douter dans quel contexte elle fut écrite.

Sources

(1) AD de la Savoie en ligne, 1R 208, vue 165/627

(2) Base Léonore (en ligne), Extrait du dossier de membre de l’ordre national de la Légion d’honneur de Charles Arnaud, vue 12/13, cote 19800035/627/72537, Archives nationales ; site de Fontainebleau.

Ah, le fameux Opinel. Tout Mauriennais qui se respecte a le sien et, dans ma famille Chaix, nous avons même le nôtre, gravé s’il vous plaît !

Couteau Opinel gravé "Café Chaix"

Couteau Opinel gravé “Café Chaix”. Collection familiale, tous droits réservés.

La montée à Paris

Ces couteaux, nous les devons à mon grand oncle, frère de mon grand-père, Ernest Chaix (1897-1969). Né à Saint-Sorlin-d’Arves, aîné de sa fratrie, Ernest monte à Paris en tout début d’année 1920 rejoindre son oncle et ses cousins, et réside rue Hérold, dans le 1er arrondissement. Il est garçon de café. De même que son futur beau-père, Emmanuel Eugène Lerallut, lequel est par ailleurs marié avec Marie Célestine Justine Sylvie Chaix, la cousine germaine d’Ernest. Grâce à une carte postale adressée à Ernest et retrouvée dans les archives familiales, nous savons qu’Ernest travaille dans le restaurant Hubin, dans la fameuse rue Drouot.

Sans doute l'une des premières, voire la première photo d'Ernest à son arrivée à Paris en 1920.

Sans doute l’une des premières, voire la première photo d’Ernest à son arrivée à Paris en 1920. Archives familiales, tous droits réservés.

Après leur mariage en 1923, Ernest et sa femme Lucienne Lerallut déménagent au 36 rue Tiquetonne, dans le 2e arrondissement de Paris, logement dans lequel passeront sans exception tous les membres de la famille Chaix qui montent dans la capitale, y compris mon grand-père. Ensemble, ils ont une fille, Denise, qui passera, en grande partie, les premières années de sa vie à Saint-Sorlin-d’Arves, chez ses grands-parents Chaix.

Archives familiales, tous droits réservés. Denise dans les bras d'Ernest à Saint-Sorlin-d'Arves au milieu des années 1920 avec Charles, debout à gauche, mon arrière grand-père, et Maurice, mon grand-père, lui aussi debout à droite.

Denise dans les bras d’Ernest à Saint-Sorlin-d’Arves au milieu des années 1920 avec Charles, debout à gauche, mon arrière grand-père, et Maurice, mon grand-père, lui aussi debout à droite. Archives familiales, tous droits réservés.

En janvier 1935 – nous avons l’indication précise du changement de domiciliation grâce au registre matricule d’Ernest -, la famille rejoint le 9e arrondissement de Paris et habite au 7 de la rue Choron. Ernest y possède un établissement, le café du Central. Il y emploie de nombreuses personnes et, à l’occasion, ses frères et soeurs montent l’y aider et y travailler. En plus de son activité de cafetier, Ernest propose, entre autres choses, des services de location de voitures à bras. Les affaires tournent bien.

Archives familiales, tous droits réservés. Le 7 rue Choron au milieu des années 1930 avec, de gauche à droite, Maurice, François, Edouazrd et Célestine, frères et soeurs d'Ernest.

Le 7 rue Choron au milieu des années 1930 avec, de gauche à droite, Maurice, François, Edouard et Célestine, frères et soeurs d’Ernest. Archives familiales, tous droits réservés.

L’Opinel comme cadeau de fidélité ?

En effet, Ernest distribue à ses meilleurs clients des couteaux Opinel sur lesquels il est inscrit “Café Chaix” : plusieurs séries ont été éditées puisque certains couteaux sont gravés, d’autres portent simplement la mention sans gravure. Je ne suis pas spécialiste des couteaux Opinel mais d’après les recherches que j’ai faites, ces couteaux datent, au moins, du milieu des années 1950puisque nous remarquons déjà la virole – la bague de sécurité – sur les couteaux. Cela faisait ainsi une pierre, deux coups : la promotion du café et la promotion des couteaux Mauriennais ! Pour couronner le tout, les couteaux étaient édités en différente taille, du mini-couteau de poche au couteau de poche classique.

À ma connaissance – et elle est restreinte – il n’existe pas de couteau similaire, édité de manière promotionnelle et, qui plus est, en région parisienne. À sa manière, Ernest a contribué à rendre populaire un couteau, aujourd’hui encore, mondialement connu et reconnu.

Autre côté de la lame, portant l'inscription Opinel surmontée de la couronne et la Croix de Savoie.

Autre côté de la lame, portant l’inscription Opinel surmontée de la couronne et la Croix de Savoie. Collection familiale, tous droits réservés.