Juillet 1918, côté droit de la rue Géryville, Saïda, petite ville du Sud Oranais, en Algérie française. La chaleur étouffante d’un soleil de plomb assèche qui veut s’aventurer dans les rues devenues désertes en ce début d’après-midi. Ancienne place forte de l’émir Abd El-Kader, aujourd’hui bastion de la Légion étrangère, Saïda est commune de plein exercice depuis 1880. Français, Espagnols, Allemands, Arabes, catholiques, protestants, musulmans, juifs, tous se côtoient, mais personne ne se mélange. Tous se parlent mais très peu échangent. Les ressentiments liés à la colonisation et à son lot d’injustices sont comme une bombe à retardement dont tout le monde nie l’explosivité. Mais ce contexte-là, en cette journée d’été, Gilberte n’en a que faire. Comme à son habitude, elle danse et chante, amusant au passage sa plus jeune sœur Eliane, mon arrière-grand-mère, qui vient de fêter son neuvième anniversaire et qui la suit partout dans la maison, intriguée.

« Je suis enceinte, Eliane ! Je vais avoir un enfant, te rends-tu compte seulement ? » Rien ne semble pouvoir venir perturber le bonheur de Gilberte, en dépit d’un passé pour le moins difficile. Et d’ailleurs, elle se refuse d’y penser. Hors de question de ressasser ce qui appartient désormais au révolu. Et elle aurait de quoi ressasser le révolu tant il fut cruel et sans pitié. Née le 11 avril 1896, Gilberte arrive en deuxième position dans sa fratrie. Avant elle, Justin, né en 1894 ; après, viennent Adèle, née en 1897, et Eliane, en 1909. Âgée de 40 ans lors de la mise au monde de la petite dernière, Elisa, leur mère, ne se remettra jamais vraiment de l’accouchement et s’éteindra quelques années après, en novembre 1913. Un sacré monde s’est alors écroulé sous les pieds de la famille Rouquayrol. Au moment de la mort de sa mère, Justin, l’aîné, est engagé volontaire au 18e escadron du train des équipages militaires depuis août 1912. Gilberte, Adèle et Eliane se retrouvent alors seules avec leur père, les premières reprochant plus ou moins ouvertement à la cadette le décès de leur mère. Le père ? Justin Basile Rouquayrol, retrouvé en Algérie un peu par hasard alors qu’il effectue une carrière dans la police. À Saïda, il a épousé la fille d’un homme riche et influent. Porté sur les jeux d’argent, assez peu présent pour ses filles et sans doute dévasté par la mort brutale de sa femme, laquelle tenait par ailleurs une maison de couture réputée, le père semble déléguer à ses filles aînées ses responsabilités. Gilberte n’y pense jamais, sous peine de ressentir comme des coups de poing au ventre difficilement supportables. Pas plus qu’elle ne veut penser à son frère qui, revenant de son engagement en 1916, a cru qu’il pourrait être un père plus digne que son propre géniteur : « dehors ! » c’est alors ce que s’étaient employées à répéter Gilberte et Adèle. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit : partir.

Justin, Adèle et Gilberte Rouquayrol. Archives familiales, tous droits réservés.

Les deux sœurs s’étaient alors réparti les tâches : Gilberte, plus artiste dans l’âme, se refusait à travailler et s’était engagée à élever sa petite sœur Eliane, alors qu’Adèle, ayant hérité des doigts de fée de sa mère, ramenait de l’argent à la maison. Le 7 avril 1917, alors que les trois sœurs s’embarquent pour un train direction Oran et leur famille maternelle, leur père décède brutalement. Ce genre de mort brutale qu’il convient de ne pas trop creuser. Ce genre de mort brutale qui laisse une marque indélébile à qui ose y réfléchir, donner un sens. « Il n’y a aucun sens à tout cela ». Dès lors, c’est l’état d’esprit qu’avait adopté Gilberte, se refusant à la plainte, ne prenant les épreuves comme une succession de marches à gravir. Pas vraiment par conviction, plutôt par nécessité.

Mais aujourd’hui n’est pas un jour triste, j’en témoigne par ma présence discrète, dissimulée, imperceptible. Gilberte est éperdument amoureuse d’un légionnaire, un Espagnol du nom de Romero. Ce que sa sœur Adèle en pense ? Si seulement vous saviez. Issue d’une famille protestante par leur mère, s’allier avec un catholique n’est forcément pas une bonne idée. Et pourtant.

Du piano ? Alors même que j’observe les scènes quotidiennes avec un grand intérêt et une intense curiosité, des notes contribuent à rendre différent le film ancestral qui se trame devant moi. Je sais que la musique représente « l’art préféré » de cette branche de ma famille, celle de mon aïeule Elisa Rodier, juste avant « la peinture », d’après les dires même de mon arrière-grand-mère. Le problème dans tout ça, c’est que je ne vois personne devant le piano.

Adèle s’affaire pour dresser la table : les sœurs semblent recevoir du monde ce soir. Eliane suit Gilberte dans chaque pièce, laquelle s’est installée devant un miroir pour se maquiller. Du haut de ses neuf années, Eliane l’observe attentivement, les bras enlacés autour d’un des pieds de la chaise sur laquelle est installée Gilberte, promettant de ne pas la déranger. La scène m’arrache facilement une larme. Je mesure à la fois le privilège d’être là, mais quel effroi se dégage de l’histoire familiale passée. Les notes de Chopin résonnent en moi de manière trop forte pour que je conserve mon impassibilité. Les minutes passent, les premiers invités arrivent, ça rigole, ça chante, ça chambre, ça crie ! Et je n’entends que cette musique lancinante qui se répète inlassablement et qui donne à chaque détail de la vie un poids particulier, pas une lourdeur pesante, non, mais une certaine gravité à chaque seconde qui défile : j’en conclus que c’est le prix à payer pour songer à pareil rendez-vous.

Le repas terminé, Gilberte se lève, invite tout le monde à faire de même. La musique a cessé, pour un instant seulement. « Je veux parler à ma mère désormais ! » Le ton est ferme, déterminé et dénué de toute crainte. Mon arrière-grand-mère se tient naturellement à l’écart mais n’est pas sommée de partir. Elle sait de toute façon qu’il ne faut pas déranger. La musique reprend en même temps que les mains se joignent sur ce vieux guéridon magnifique, lequel prend désormais toute la place dans la pièce à vivre. La lumière est naturellement tamisée, agrémentée de quelques bougies qui alimentent le spectacle surnaturel qui doit se jouer devant moi. Je vois les lèvres de Gilberte bouger, sans déchiffrer quels mots sortent de sa bouche. De l’émotion, des regards qui se croisent, éberlués, d’autres qui s’inquiètent de l’engagement de Gilberte dans l’expérience. Puis le relâchement, Gilberte tombant littéralement dans sa chaise, les bras ballants. La musique s’est arrêtée et le silence est de rigueur.

« Si tu es enceinte, tu ne devrais plus jouer avec ça… », lâche une invitée, décontenancée de ce qu’elle vient de vivre. Gilberte sourit, lui conseillant de ne pas s’en faire. Huit mois plus tard, en avril 1919, le ventre rond expulsera un bébé que tout prêtait à une vie heureuse. Que tout prêtait seulement car une sage-femme mal avisée, à cause d’une blessure à l’un de ses doigts, infectera le corps de Gilberte, qui décédera peu de temps après.

J’espère que ce sourire que je n’ai jamais connu et qui reste figée dans mon souvenir imaginaire a rejoint celui de sa mère chérie, qui semblait tant lui manquer.

Mon arrière-grand-mère, Eliane, et sa mère, Elisa Rodier. Archives familiales, tous droits réservés.

L’effervescence est à son paroxysme, les uns s’affairent dans les pièces du bas, les autres continuent de remplir des cartons dans les chambres du haut, et moi, je viens de franchir l’escalier qui sépare le grenier du reste de la maison. La lumière du soleil, puissante, éclaire sans mal cet espace rendu presque poétique grâce aux rayons blancs se reflétant sur telle ou telle affaire poussiéreuse. Je tapote mes mains : du boulot, il va m’en falloir, pour faire le tri.

« Bienvenue dans l’espace de la CIA », retranscrit un message maladroit sur une poutre, sans doute l’œuvre imaginaire d’un de mes oncles. Ces malles traduisent un changement de siècle, cette poussette aussi. J’avance prudemment, comme si je marchais sur des œufs quand une araignée inconsciente provoque un sursaut que je réprouve immédiatement dans un souffle. L’agitation des étages inférieurs n’arrive plus jusqu’à moi, j’ai l’impression d’être dans une église, un temple, un lieu de recueillement. Un lieu de mémoire. Comme si j’étais au cœur de ce qu’on met machinalement de côté lorsque le quotidien défile à une allure insensée : « va donc mettre ça au grenier », j’imagine les enfants venus jouer là de manière imprudente ; mes grands-parents monter de temps en temps, en coup de vent, pour entreposer ce qui leur paraissait désormais inutile mais pas suffisamment pour que ça finisse à la poubelle. « Rien ne se jette », disait ma grand-mère.

Là, derrière une pyramide de cartons et de malles admirablement construite, comme une petite caisse en bois. Il me la faut. Je souris à l’idée que, dans une multitude de propositions, le cerveau a toujours cette fâcheuse tendance à sélectionner un détail, un petit rien qui, en l’espace d’une seconde, devient une évidence, le centre de tout. Je considère ainsi cette petite boîte comme le centre névralgique de tout ce désordre organisé.

« Cette boîte appartient à Maurice Chaix, né le 27 février 1918 à Saint-Sorlin-d’Arves », l’écriture de mon grand-père est soignée, gravée de ses mains. Je mets quelques instants avant de me décider à l’ouvrir comme s’il s’agissait d’une boîte magique que j’allais dévoiler. C’est lui qui a fabriqué cette boîte, j’en suis sûr, je le sens. Je la tourne dans tous les sens, à la recherche d’une autre inscription, je prends mon temps. J’essaye de l’ouvrir par la gauche, puis par la droite, manquant presque de la faire tomber. Calme. « Le couvercle coulisse, imbécile ! »

J’ai alors comme la sensation que le temps est suspendu, ou du moins marche au ralenti, en slowmotion. Les photos défilent sous mes doigts, passant d’une main à l’autre. Machinalement. Quelques feuilles volantes, et une K7. Je bloque. Deux faces marquées sobrement d’un 1 et d’un 2. Un baladeur, il me faut un baladeur. Mon pouls est soudainement rapide, le calme a laissé place au bouillonnement. Je cherche partout, sans trouver, évidemment. Je remue trois fois le même carton, peste en me tapant le pied dans la même poutre qui n’a rien à faire là. « Le coin de la CIA », il y a forcément de quoi enfiler une K7 là-bas. En trois foulées, me voici au milieu de jouets d’enfants et de babioles. « Ça va, par là-haut ? », « Pas de problème, j’avance bien, continue de vider les chambres », que personne ne monte surtout, c’est ce que je me dis nerveusement en tentant de répondre posément. Là, un baladeur K7. Un vieux casque recouvert de poussière. Faites que ça marche !

Je m’assois, respire fortement, prends une grande inspiration en regardant les photos posées à ma gauche. J’appuie sur Play.

Quelques crépitements, un raclement de gorge, « est-ce que ça marche ? », c’est la voix de mon grand-père,

 Bon, ça a l’air de tourner en tout cas. Hm. Je m’appelle Maurice Ernest Edouard Célestin Chaix, je suis né le 27 février 1918 à Saint-Sorlin-d’Arves, plus beau village de Maurienne. Je suis le dernier garçon de ma fratrie, deux petites sœurs me suivent à quelques années d’écart. Bon. Je ne sais pas dans quoi je me lance, ni même qui écoutera cette K7 qui risque de finir à la poubelle, mais j’y vais. Je me suis marié le 21 décembre 1944, un peu dans l’urgence, il est vrai. Ma femme était enceinte, ce n’était pas prévu. Du moins, pas tout de suite. Le bébé est né trois mois plus tard, le 3 février 1945 et est mort dans la foulée. Sale journée d’hiver, l’accouchement se fit dans la grange, le médecin tarda à monter jusqu’à chez nous et une fois arrivé, c’était trop tard. Pauvre gosse. Et pauvre de nous. Depuis, on s’est bien rattrapés puisque 5 enfants sont nés et vivent assurément, j’en témoigne. Au moment où j’enregistre ça, je viens de fêter mes 60 ans, et mon départ à la retraite par la même occasion. Oh, j’en ai passé des années à respirer la poussière provoquée par cet aluminium produit à Saint-Jean. Parce qu’il le fallait. Ça aura eu le mérite de nous permettre d’accéder à la propriété, de faire construire, et d’être à peu près tranquilles. Quand on a connu la guerre, ce n’est pas rien d’être tranquilles. »

Des silences entrecoupent les phrases et je suis à la fois estomaqué de l’aisance de mon grand-père sur la bande magnétique et en même temps mal à l’aise. Je l’entends tirer sur son mégot de tabac gris régulièrement.

Maurice, sa mère, ses deux petites soeurs et sa nièce, à Saint-Sorlin-d’Arves. Archives familiales. Tous droits réservés.

 Quand j’étais enfant, je partais avec ma mère et mes sœurs dans le chalet d’alpage l’été. J’en garde un souvenir fabuleux : la vie était rude, mais belle. À Olle, une source d’eau que seuls nous connaissions, donnait vie éternelle à qui en buvait. Avec tout ce que j’ai avalé, je ne m’imagine pas mourir demain. J’avais 17 ans quand mon père est passé de l’autre côté. Arf, il n’avait même pas 70 ans. Mon enfance est partie en même temps que lui. Quelques mois plus tard… Bon, je n’en ai jamais parlé à personne. Les on-dit, les mauvaises langues sont légion par chez nous et ça fait vite le tour du quartier, j’ai des gosses à préserver. Je toussais beaucoup, me sentais mal. On m’a diagnostiqué un truc aux poumons. D’aucuns dans le village me voyaient déjà passer l’arme à gauche. En cure à Saint-Hilaire-du-Touvet, dans l’Isère, on disait que l’air d’altitude me ferait du bien. On me gava de nourriture à n’en plus pouvoir. J’y suis resté de longs mois, jusqu’à l’été 1938. J’en garde aujourd’hui encore les séquelles. Le mal s’est porté sur mon genou gauche et en même temps que la guérison arriva, la calcification des os me bloqua la rotule. De retour à Saint-Sorlin, ma petite sœur manqua de s’évanouir en me voyant boîter. Ce fut dur. Réformé de service militaire, j’échappai à la guerre comme ça, c’est déjà ça. »

Mon grand-père en train de réaliser une paire de sabots. Archives familiales. Tous droits réservés.

 À la même époque, j’appris à faire des sabots. Après sa mort, je récupérais le matériel d’un voisin sabotier qui nous avait mis au défi de savoir fabriquer une paire comme lui. Je réussis haut la main. Les copains me demandaient de leur couper les cheveux, dont certains qui n’étaient pas loin du maquis. Après mon mariage, il a fallu que j’assume la vie d’un foyer. Mon frère était à Saint-Jean depuis quelques années déjà. Il me débrouilla une place à Pechiney, et puis la vie suivit son cours. Notre maison est toujours remplie, d’amis, de membres de la famille. Je cultive un peu de tout, passe la moitié de mon temps dans le jardin, l’autre dans ce qui me sert d’atelier. Quand je travaillais, je me levais tôt, faisais un bout de jardin, partais à l’usine, mangeais, repartais à l’usine, rentrais, refaisais un bout de jardin, mangeais, et me couchais. La routine en somme. Dans le quartier, j’ai été le premier à avoir une télévision : fallait nous voir tous, voisins y compris, amassés devant l’écran comme des poules ayant trouvé un couteau. En 1968… »

Germaine, Maurice (mes grands-parents), tondeuse à la main, une amie. Archives familiales. Tous droits réservés.

La bande gondole, le bouton Play se soulève. La première face est terminée. Je m’empresse de tourner la K7, sans prêter attention à ce qui m’entoure. Je rappuie. Crépitements, silence. Crépitements. Rien. J’appuie sur Foward, m’agace, en voulant à cette bande qui défile de ne plus retranscrire la voix de mon grand-père. Je chope une photo de mon grand-père, hoche la tête devant un jeune visage que je n’ai pas connu. Pour moi, il a toujours été le grand-père, celui qui me montrait ses lapins, qui s’enrageait à la tombée du ballon dans ses légumes. Le temps d’un instant, j’eus l’impression qu’il m’ouvrit la porte de ses secrets, le temps d’un instant seulement.

Note : si les faits ci-dessus concernant mon grand-père sont authentiques, la manière de les aborder – en employant la première personne du singulier notamment – est inédite en ce sens que je ne fais jamais parler mes ancêtres. C’est une exception qui s’inscrit dans un récit largement romancé au niveau de ses contours, fruit d’une imagination qui, je l’espère, vous donnera envie d’aller fouiller dans vos greniers respectifs, à la recherche de votre petite boîte magique.

Maurice Chaix, mon grand-père. Archives familiales. Tous droits réservés.

#RDVAncestral n°7 – Antecessor Illustris

18 mars, 17h40. Le ciel est bas, l’ambiance chargée au moins comme l’est mon esprit au moment où je découvre, incrédule, ce que mes yeux me donnent à voir. Un environnement par définition inconnu, incroyablement lumineux depuis qu’un rayon de soleil a transpercé la masse de nuages au-dessus de ma tête. Je ne sais pas où je suis, ni vers qui je dois me diriger. Si tant est qu’il faille que je me dirige vers quelqu’un puisque, pour le moment, personne n’est là. Je me rends soudain compte que je suis perché à une altitude conséquente, surpris par une rafale de vent qui manque de me déséquilibrer. Les mains à terre, je réalise que je suis en fait dans une époque lointaine, très lointaine.

Là, un groupe d’individus. Instinctivement, je me réfugie derrière une sorte de rocher, mon souffle est coupé. Pourquoi devrais-je craindre ces gens ? Au vu de leurs tenues – des fourrures bien fournies, des armes fabriquées artisanalement, et de leurs manières de se tenir, de marcher… . Des siècles et des siècles nous séparent, des millénaires même ! Ils s’expriment entre eux dans une langue qui me laisse pantois, s’interpellent, sourient et s’arrêtent brusquement, comme si un bruit était venu heurter leur récréation. Je ferme les yeux priant pour ne pas croiser leurs regards. « Des Ligures… », voilà ce que je me répète sans cesse : je suis tombé à l’époque des Ligures, vaste peuple pré-indo-européen originaire de l’Est et qui vivait sans doute en Maurienne à partir de… 3000 avant notre ère.

Antecessor Illustris, littéralement illustre prédécesseur en latin. Je sais que c’est ridicule et je ne sais même pas pourquoi ce nom me vient en tête mais c’est comme ça que je nomme celui qui pourrait, qui doit forcément être mon ancêtre. Le silence semble les avoir rassurés et je me comporte comme si je traquais une bête. En réalité, c’est plus moi qui me sens traqué comme une bête. Au fond, la différence amène inéluctablement à la méfiance et aux préjugés, c’est bien dommage. L’instinct joue parfois des tours étonnants. Je reprends progressivement le contrôle de mes émotions, observe la scène qui se déroule sous mes yeux. La pluie s’en mêle et je suis à la fois rassuré et gêné d’assister à une scène de tendresse entre celui que je considère comme étant le père et celui que j’estime être le fils. Quand je parle de tendresse, je fais référence à une tape sur l’épaule accompagné d’un large sourire. Le petit groupe sait de quoi sera constitué le repas ce soir.

À quoi bon cette rencontre ? Je ne peux ni communiquer, ni me montrer mais je tiens pourtant à rester. Comme si tout cela avait un sens. Car au fond la signification d’un évènement est propre à celui ou celle qui la cherche, qui la traque et qui la trouve. Ces ancêtres illustres dont nous descendons tous, qui n’ont de primitif que l’année de naissance sur Terre, vivent toujours en nous d’une certaine manière. Leurs expériences se sont transmises, de génération en génération, et la chaîne reconstitue à elle seule toute l’histoire de l’humanité. Tout ça pour dire que même de la plus profonde ignorance, nos ancêtres les plus lointains se montrent à nous parfois au détour d’une émotion ou d’une rencontre.

Les chercher n’est pas une quête vaine, pas plus que de reconstituer la vie de celles et ceux de nos ancêtres qui sont apparus dans des époques où les archives ont été conservées. Non, les chercher n’est pas une quête vaine car en les cherchant, c’est nous que nous trouvons. Car, enfin, comment voulez-vous que je romance cette rencontre ? Nous nous cachons derrière des archives et des bouts de papier pour raconter ce qu’a été la vie de nos ancêtres mais ces bouts de papiers suffisent-ils vraiment à dire ce qu’étaient leurs vies ? Pas nécessairement. C’est un peu le sens de ce #RDVAncestral, n’oublions jamais qu’au-delà des heures incalculables de recherches, des archives innombrables dénichées, épluchées et déchiffrées, la vie de nos ancêtres est d’abord et avant tout ce que nous en faisons.


Si la vie des Ligures reste une énigme, quelques fragments nous sont parvenus, notamment depuis la découverte d’Ötzi, au début des années 1990 dans le val de Senales (Italie), qui a nourri l’imaginaire et la soif de vérité de nombreux chercheurs et scientifiques. Poussons même le délire à l’incroyable : la tentative de reconstituer la voix d’Ötzi…

#RDVAncestral n°6 – Paul Fourcade (1876-1906)

Seul, dans les rues de Tlemcen, un matin de janvier 1906. Le jour se lève difficilement sur une ville encore largement endormie. Nous sommes le 26 janvier. Le froid me fait frissonner, je tente vainement de souffler de l’air chaud dans le creux de mes mains. Là, une femme m’épie du haut de sa fenêtre. D’un coup d’œil, nos regards se croisent, elle s’empresse de claquer son volet. Là, un chat qui remonte la rue, comme chargé d’une mission importante le rendant impassible à ma présence sur son passage. Je me sens invisible et le suis d’ailleurs peut-être. C’est en tout cas ce que je me dis.

Puis, un cri perçant se dégage du silence devenu pesant de la ruelle d’où je me trouve alors. L’étage en dessous duquel je me trouve désormais semble soudainement agité. Un bébé pleure, une femme, le ventre apparemment rond, sort la tête hors de la fenêtre, hébétée ; regarde à gauche, à droite puis me fixe avec insistance. « Tù ! Qué haces aqui ? » Je mets un temps à comprendre. Ce que je fais ici ? J’ai rendez-vous avec un passé qui ne passe pas, songé-je sans dire mot. Un haussement d’épaules trahit mon étonnement. La femme n’est de toute façon plus là.

La rue sort progressivement de la nuit, une petite silhouette surgit dans mon dos me bouscule presque, à défaut de me faire sursauter : « ne reste pas là ! » dans un murmure agacé. Sans percevoir le visage de l’homme en question, chapeau fixé sur un melon apparemment bien dégarni, je me dis qu’il s’agit sans doute d’un médecin, vu l’espèce de sac qu’il balance le long de son corps. Avant de le voir s’engouffrer dans l’immeuble, je pressens qu’un drame est en train de se nouer. Les premiers passants arrivent, s’amassent, s’arrêtent devant l’immeuble et y vont de leur commentaire « mais si, l’épicier qui a fait faillite en décembre… », « meskine ! 30 ans, c’est vraiment jeune pour rendre l’âme, allah y rahmo… » : je réalise avec effroi ce qui est en train de se passer. Paul Fourcade est mort.

Laissant une jeune femme derrière lui, enceinte de mon arrière-grand-père de surcroît, ainsi qu’une petite fille d’à peine un an, Paul vient de quitter ce monde. Jour de la Sainte Paule, féminin de son prénom. Jour de la fête de son aînée, âgée d’à peine un an, et de l’une de ses descendantes directes… ma mère ! Je sais que, plus tard, le secret des circonstances de sa disparition rendra notre lignée victime d’une hantise. C’est fou ce que le manque de mots peut générer sur des décennies entières. Comme preuve de cette présence, son propre fils s’appellera Paul, son petit-fils aussi, son arrière-petite-fille également et moi, qui porte le prénom en deuxième position.

Je tente néanmoins de démêler le vrai du faux dans les ragots se formant déjà jusqu’à l’autre bout de la ville. « Chkoune celui qui s’est suicidé ? » « Moi je le connaissais, il disait toujours mieux vaut la mort que le déshonneur » : les deux individus ne s’écoutent même pas mais monologuent sur une mort qu’ils viennent tout juste d’apprendre. Quel suicide ? Je sais que dans quelques jours, La Tafna et Le Courrier de Tlemcen, journaux locaux, parleront de longue et cruelle maladie… Quelle maladie fait partir arrache un homme aux siens à un âge si peu avancé ? Un cancer, une tuberculose ? Une dépression, une maladie de la tête ?

… En parlant de tête, la mienne me lance sérieusement, les gens tournoient autour de moi comme des ombres dansant autour d’un feu crépitant. Dans un éclair, je sombre et prie pour un jour connaître le fin mot de l’histoire. Paul. Nous portons le même prénom. C’est souvent lorsqu’on s’obstine à se rapprocher de la vérité que le doute et l’absence de réponses nous en éloignent. Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec un fantôme.

Seule trace tangible de mon ancêtre, sa signature…

Une des rues que j’aurais pu traverser ce 26 janvier 1906…

Avec cet article, je souhaite inaugurer une nouvelle rubrique de mon blog, consacrée à la psychogénéalogie ou plutôt à l’analyse transgénérationnelle. Je préfère désormais ce terme au premier, trop galvaudé à mon sens et derrière lequel on a tendance à mettre tout et n’importe quoi. L’analyse transgénérationnelle donc, est le fait d’étudier dans notre généalogie d’éventuels traumatismes ancestraux qui se seraient transmis de génération en génération, sous une forme ou sous une autre. De même que nous héritons d’un patrimoine génétique, nous héritons d’un patrimoine émotionnel dans lequel se trouverait la somme des mémoires et des vécus de nos ancêtres. Il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit puisque c’est désormais prouvé scientifiquement : nous transmettons, en plus de nos gènes, des émotions aux générations qui nous suivent.

Voici désormais des années que je me documente, que je lis pléthore de travaux ou supposés comme tels – certains sont en effet très décevants – et que je travaille personnellement sur ma propre ascendance. Vous l’aurez compris, si je cherche, c’est que j’estime que la découverte de secrets de famille ou présentés comme tels par la mémoire familiale – « il se serait suicidé », « il aurait été malade », « elle aurait été abandonnée »… – pèse potentiellement sur les générations qui ont suivi, sur mes proches, et, ainsi, sur moi et ce que je vis. J’ai déjà mis en évidence un certain nombre d’occurences flagrantes – des dates, des répétitions de prénoms, des ruptures similaires – dans des lignées particulières, en précisant toutefois qu’aucun travail de ce type n’a été mené dans ma famille. En l’occurence, ce que j’ai mis en évidence était niché dans l’inconscient de certains membres de ma famille et cela a fait sens quand j’en ai parlé, comme des pièces d’un puzzle qui se reconstitue au fur et à mesure. Il faut dire aussi que certaines lignées « problématiques » sont issues de l’Algérie coloniale : je vous laisse imaginer le contexte de la société coloniale, la rupture avec la famille restée en métropole, la violence du système qu’ils entretenaient par ailleurs, pour certains, à alimenter, les histoires familiales classiques, le brassage des populations, des cultures, des religions – fait pas si anodin que cela, un certain nombre de mariages de mes ancêtres a concerné des catholiques et des protestants -,dans une IIIe République qui voyait tout cela d’un très mauvais oeil. Bref, ajoutez à cela la rupture sèche et inéluctable de l’indépendance, la guerre, les morts, le rapatriement – pour la plupart de mes proches, il s’est agi d’une première fois sur le sol métropolitain – et vous vous retrouvez avec un contexte familial pour le moins complexe, rempli de nuances, de continuités, de ruptures, d’échecs, de renoncements, de déclassement et évidemment… de non-dits !

Tout ça pour dire quoi ? Chaque famille a son lot de malheurs, de souffrances, d’histoires en tout genre, et pourtant dans chaque famille ne se cache pas, au coin d’une lignée, un fantôme qui rôde et qui hante la descendance. J’en conviens. Pour quelles raisons ? À partir du moment où il y a verbalisation, c’est-à-dire des mots qui sont posés sur tel ou tel aspect de l’histoire familiale, aussi dramatique qu’il soit ou qu’il ait été, il n’y aura aucune incidence sur les générations qui suivent. Je n’invente rien et certains diront même qu’il s’agit là d’enfoncer des portes ouvertes. Tout le travail de la psychanalyse est bien de mettre des mots sur des aspects problématiques des inconscients individuel et familial et par là même, souvent douloureux. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’un ancêtre s’étant pendu à quelques semaines de la naissance de son fils pèsera sur la vie de ce dernier, d’autant plus si le suicide est tu par une mère honteuse ou terriblement malheureuse, croyant bien faire en n’en touchant mot. Pourtant, trois générations plus tard, ce suicide, complétement relégué à l’inconscient familial, pourra hanter tel ou telle descendant-e, lequel n’a même pas idée que le problème provient directement du drame de son aïeul.

Ainsi, dans cet exemple, la cause originelle du problème n’est pas le suicide – il ne s’agit ni de réparer ni de juger tel ou tel acte ancestral – mais bien le fait qu’aucun mot n’a accompagné le drame familial. Trois, quatre, cinq générations plus tard, le fantôme du suicide plane toujours sur la vie familiale car non-verbalisé. Il ne s’agit donc pas de traquer des fantômes familiaux pour le plaisir, mais bien pour permettre de verbaliser d’éventuels non-dits ancestraux qui empêchent d’aborder l’histoire familiale sereinement d’une part, et de vivre en paix, en tant qu’individu surtout, d’autre part.


À chaque billet, sa référence bibliographique et la citation qui va avec : je vous recommande l’ouvrage de Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, disponible désormais en poche chez La Petite Bibliothèque Payot et paru en 2014.

J’ai déjà présenté la notion de fantôme transgénérationnel comme une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit « expulsée » par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de « patate chaude », je préfère évoquer l’image d’une « grenade dégoupillée » : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’a ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. Ainsi, le deuil impensable d’un parent qui a perdu son enfant peut être repris par l’un ou l’une de ses descendants et fréquemment, plusieurs générations après. La plupart du temps, le souvenir conscient du trauma ancestral s’est perdu, car la personne traumatisée, entrée dans un vide psychique, dnas un état d’insensibilité, ne peut plus témoigner de la violence émotionnelle de ce qu’elle a subi. L’effet de ce trauma ancestral au sein de la famille est très bien décrit par Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, où elle évoque la mort de son oncle alors qu’il était enfant : « Désormais la mort d’Antonin ne serait plus qu’une onde souterraine, sismique, qui continuerait d’agir sans aucun bruit. »

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19 avril 1817. L’hiver le plus froid du siècle, paraît-il. J’arrive non sans peine à Laval, petit village de l’Isère situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Grenoble. La neige est abondante, le vent impitoyable, le ciel menaçant. Je dois y rejoindre trois membres de ma famille : Jacques Milliex, mon sosa n°78 et deux de ses fils, Joseph et Jean Baptiste. Entre Jacques et moi, 5 générations ont vécu. Rien que ça.

Lui est né en 1767 à Saint-Sorlin-d’Arves, comme ses fils Joseph et Jean Baptiste respectivement en 1800 et 1802. Le premier est actuellement ramoneur dans ce village de Laval. Du haut de ses 17 ans, il a dû déjà comprendre la dureté de la vie, du monde qui l’entoure, des souffrances nécessaires pour simplement vivre, et encore. Le mythe du ramoneur savoyard, acte I, scène I : petit, enfilant aux aurores son bonnet rouge déteint tentant sans succès de ne pas ressentir la douleur articulaire aux mains, aux genoux, au dos, aux pieds… Et son visage, noirci de suie comme s’il s’agissait d’un signe distinctif indélébile. Le mythe du ramoneur savoyard est sans doute bien réel en ce printemps, encore largement empreint de l’ambiance hivernale.

Le père Jacques et son fils cadet Jean Baptiste, âgé d’une quinzaine d’années, sont donc venus lui rendre visite. Simple marque d’affection ? Bien que Saint-Sorlin-d’Arves et Laval soient situés à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau, il reste les massifs à traverser, imaginez-vous deux individus – à dos de mule ? – bravant la neige, s’enfonçant la moitié du corps dans les passages les plus périlleux, les mains endolories qui ne sentent même plus l’appréhension qui pousse à serrer le poing.

Bref, voici le trio au complet, au soir du 19 avril 1817. Les maisons respirent par les cheminées, d’une fumée à peine observable tant la nuit engloutit rapidement les quelques détails que je tente encore de percevoir. L’ambiance y est terne, les quelques visages que je croise fermés : ont-ils seulement remarqué ma présence ? Je me surprends à interpeller l’un d’eux n’obtenant qu’un grommèlement incompréhensible et une accélération du pas.

Là, un petit groupe semble s’agiter : deux gamins, un père soucieux et un individu qui m’a tout l’air de profiter de la misère. Mélange de patois et de français, je crois comprendre que le père tente d’acheter la liberté de son fils ramoneur pour qu’il puisse rentrer au pays l’aider aux menus travaux. C’est certain, il s’agit de Jacques et de ses fils. L’autre ne veut rien savoir, ne prend quasiment pas la peine de répondre, se contente d’un mouvement de tête de droite à gauche, un sourire de façade placardé sur ses lèvres, le genre de sourire qui pousse à la violence.

Jacques n’obtiendra évidemment aucune indulgence. Joseph est ramoneur et son engagement n’est pas arrivé à son terme. Dépité, Jacques prend son fils dans les bras, pudiquement mais énergiquement. J’aimerais aller à leur rencontre mais les circonstances ne s’y prêtent pas du tout. Très mal à l’aise, je décide néanmoins de poursuivre mon aventure, regrettant presque d’être là. Il est des spectacles qu’on aimerait bien ne jamais voir.

20 avril 1817. Le soleil brille de mille feux bien qu’il ne suffise pas à réchauffer cette ambiance gelée. J’ai même du mal à discerner si j’ai dormi, si tout ceci n’est qu’illusion. Je suis tiré d’une sorte de demi-sommeil par une agitation à l’extérieur. Je m’empresse de sortir, et je vois Joseph courir de porte en porte, vainement, sans que je comprenne de quoi il en retourne.

Je sens qu’il se passe quelque chose de grave. L’édile de la ville prend lui-même la peine de venir trouver Joseph, l’écoute, lui tapote l’épaule de façon étrange. Que s’est-il passé ?

Passablement exaspéré par la tournure des événements, Jacques a décidé de repartir dans ses Arves, avant même que le jour ne se lève complétement et ce, en dépit d’un vent apparemment féroce et de températures plus que glaciales, son cadet n’arrivant presque pas à décoller ses paupières pour mettre un pied devant l’autre. Vers 9h, animé d’une sorte de sixième sens, celui que l’on développe quand l’inquiétude envahit notre corps, Joseph ne put se défaire d’un mauvais présentiment. Et pour cause, le vent soufflant en rafales, la neige étant abondante… son père et son frère étant sur le chemin du retour…

Ce n’est seulement qu’en fin de matinée que deux hommes, Bouteuil et Philibert, sont venus alertés le maire. Tous deux propriétaires agricoles de Prabert, un hameau de Laval situé plus en hauteur, ils ont vu périr le père et son jeune fils, décédés « par suite d’une tempête et d’un tourbillon de neige qu’ils ont éprouvé au passage de la Coche en allant dans leur famille »… La tape sur l’épaule était en fait sensée donné du courage à Joseph pour qu’il suive les autorités afin de procéder à la reconnaissance des corps. La vie est parfois tellement cruelle.

Je ne peux me résoudre à assister ne serait-ce qu’une minute de plus à cette succession de scènes, toutes les plus sombres les unes que les autres. La tristesse infinie d’un gamin ramoneur déjà bien éprouvé, la fin tragique d’un père désespéré, l’indifférence d’une population qui ne vit qu’au jour le jour, le visage fermé… Il est des rendez-vous qui vous marquent à tout jamais. Loin d’être agréable, celui-là aura le mérite de rappeler à quel point nous ne sommes pas grand-chose, nous qui croyons aujourd’hui maîtriser tout ou presque. Humilité amène à Sagesse.

Deux ramoneurs dans Paris, sans doute à la fin ou au début du XXe siècle. La pose théâtrale ne reflète évidemment pas la réalité de leur quotidien. Celui de gauche interpelle habitants pour trouver du travail, celui de droite croque fièrement un morceau de pain durement gagné.

Il y a presque 200 ans jour pour jour, périssaient mon ancêtre et l’un de ses fils, loin du décor somptueux que l’on voit ici.

Et voilà qu’arrive le dernier jour de l’année 2016. Une année riche et marquante à plus d’un titre. Bilan et projets pour l’année 2017 :

  • DU Généalogie

De novembre 2015 à juin 2016, j’ai en effet été engagé dans la première promotion du DU de Généalogie familiale proposé par l’Université du Maine (Le Mans) et dispensé en enseignement à distance intégral. L’occasion de perfectionner ma pratique de la généalogie, d’apprendre des tas de choses (au niveau de la réalisation de cartes par exemple ou même en paléographie) et d’avoir une certification universitaire dans ma pratique professionnelle.

  • Création de mon entreprise

Mai 2016 : je me suis lancé dans le grand bain ! Plutôt devrais-je dire les eaux froides de l’autoentreprenariat tant il est difficile de vivre décemment de son activité avec ce statut. Pour autant, le projet de monter mon entreprise remonte à plusieurs années et il s’est agi d’accomplir un vieux rêve que j’avais et que j’ai donc réalisé. Par ailleurs, cela m’a fait basculer du côté obscur de la force : celui des généalogistes professionnels, dans un monde marqué par le bénévolat et la pratique « gratuite » : je n’ai jamais vu d’antinomie entre les deux mondes (je suis toujours bénévole dans certaines associations et ma vision d’une généalogie accessible à tous reste inchangée) mais force est de constater qu’il n’est pas toujours évident d’expliquer qu’on a fait de la généalogie son métier.

  • Lancement du site et du blog LGDA

Autre versant de mon activité de généalogiste (au sens général du terme, pas qu’au sens pro), la tenue d’un blog. Versant essentiel je dirais même. Avec la création de mon entreprise, j’ai vraiment pu développer la rédaction de mon blog et les statistiques de ce dernier montre à quel point vous me le rendez bien. Je vous en remercie encore. Certes, mon site est d’abord la vitrine de mon activité, dans laquelle on peut découvrir les services que je propose, mes tarifs, etc. mais la partie blog est plus structurante encore à mon sens dans la mesure où elle permet d’entrer au coeur de la recherche généalogique, au coeur de ma passion. J’espère et compte bien continuer à l’alimenter, à le faire vivre et à faire en sorte qu’il attire encore plus de lecteurs pour l’année 2017.

  • Lancement du #RDVAncestral

En septembre 2016, j’ai voulu lancer un nouveau rendez-vous mensuel pour les généalogistes blogueurs (et pas que d’ailleurs) en proposant de mêler généalogie et littérature. Le principe est simple : partir à la rencontre d’un-e ancêtre à une époque donnée et laisser aller son imagination. Sous des apparences relativement simples, l’exercice s’avère en réalité difficile et parfois révélateur de notre perception du passé familial et de telle ou telle branche. Chaque mois, nous sommes donc une petite dizaine à participer et à partager nos récits via nos blogs et nos réseaux sociaux. Merci à tous celles et ceux qui acceptent de participer et de relayer le #RDVAncestral.

  • La généalogie dans les médias de proximité

Au-delà de mon blog, j’avais à coeur de sortir du média Internet et proposer de parler de ma passion dans différents médias. J’ai eu la chance que Serge Carbonell, de France Bleu Pays de Savoie me propose une heure d’antenne dans l’émission Les Experts qu’il animait alors, en août dernier. Expérience très intéressante et très bien perçue d’après les retours que j’ai eus. Puis, dès juin, j’avais contacté La Maurienne, journal hebdomadaire de ma vallée, pour proposer de tenir une rubrique mensuelle de généalogie afin de toucher des personnes autres que celles qui naviguent sur le web. L’expérience est là aussi très enrichissante et cela me permet, aujourd’hui encore, de donner des conseils et d’expliquer en quoi consiste la recherche généalogique (du moins, certains aspects).

Les projets 2017

  • La parution d’un livre

C’est LE grand projet de mon année 2017 : la parution d’un roman  sur l’histoire de mon grand oncle Etienne Brunet. L’écriture est bouclée, la phase des relectures arrive bientôt à son terme. J’ai vraiment hâte de partager ce récit avec vous et j’espère que le projet prendra forme courant 2017.

  • Enrichir  mon blog et ma généalogie

Proposer plus de contenu, de nouvelles rubriques, enrichir mon histoire familiale en faisant le tour des cousins de chaque branche pour mutualiser photos et papiers de famille, c’est également un projet qui me tient à coeur pour la nouvelle année. Un travail de fourmi que j’apprécie particulièrement car c’est l’occasion de rencontrer des personnes de ma parenté que je ne connaissais pas forcément. Se retrouver autour de l’histoire familiale, c’est un angle d’approche qui me plaît plutôt bien, au-delà des différences d’âge, d’horizons, etc.

  • Vivre mieux de mon activité

Bien sûr, l’objectif est toujours de vivre de mon activité. De pouvoir investir dans des tas de projets comme le fait de réaliser des voyages généalogiques sur les traces de tels ou tels ancêtres, de telle ou telle branche en proposant dans le même temps des sortes de chroniques (écrites et pourquoi pas vidéo…). C’est en effet un projet que j’ai en tête mais que je sais encore trop prématuré pour l’annoncer et le programmer. Rendez-vous en 2018 ?

À vous tous, lectrices et lecteurs qui me suivez régulièrement (ou pas), je vous souhaite une excellente fin d’année et surtout vous adresse mes meilleurs voeux pour l’année à venir. Soyez heureux, proche des vôtres et sensible à votre environnement. C’est important. Avoir confiance en la vie, dans le fond je crois que c’est la meilleure chose que je peux vous souhaiter.

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. » Confucius

« Sisyphe » Representation de Sisyphe, condamné a faire rouler un rocher éternellement jusqu’en haut d’une montagne du Tartare. Peinture de Tiziano Vecellio dit Titien (1490-1576) 1548-1549 Madrid. Museo del Prado. ©Aisa/Leemage

 

#RDVAncestral n°4 – Gabriel Poizat (1794-après 1851)

18 septembre 1834, Lyon. Place de l’Hôpital, dans le 2e arrondissement. Gabriel fête aujourd’hui son quarantième anniversaire. L’année fut mouvementée. La période est, de fait, mouvementée. D’innombrables murs lyonnais portent encore les stigmates de luttes ouvrières : des impacts de balle, des toits à ciel ouvert marqués par des incendies ayant contraint des familles entières à la fuite. Certains trottoirs se souviennent encore des flaques de sang. Les canuts ont tenté une révolution. Ces ouvriers de la soie dont Gabriel a fait partie pendant des années. Avec ses deux frères et ses deux sœurs, ils sont les premiers de la famille Poizat à être nés à Lyon. Son père, Jean Etienne, maître cordonnier, comme sa mère, Marguerite Champagnon, vivent à Charnay, au nord-ouest de la capitale rhodanienne.

J’aurai des centaines de questions à poser à mon ancêtre Gabriel. Je n’ai aucune idée de son apparence mais je l’imagine petit et menu. Fabricant d’étoffes de soie, c’est le métier qu’il a exercé pendant plus de quinze ans. Essentiellement au 8 de la rue Bourchanin, aujourd’hui rue Bellecordière, à quelques pas de l’Hôtel-Dieu. Marié en 1814 avec Marie Pierrette Guilloud, d’un père lui aussi maître cordonnier, le couple a certainement dû s’épuiser au travail, pour un maigre, très maigre salaire. Les conditions de travail et de vie des canuts sont connues :

« Vous savez combien les timides sont nombreux parmi nous. La timidité, vous ne le savez que trop, est le type du canut. Nulle autre profession n’est si peu ouverte que la nôtre. C’est notre vie sédentaire… que ne dis-je plutôt casanière, qui influe ainsi sur notre moral. Il est étiolé, comme notre physique. Il faut, pour remédier à ce double étiolement, créer à notre profession, un esprit de corps. Pour y parvenir il n’y a qu’une seule route : c’est l’association. […] » (1)

Intérieur d’atelier de canut, peinture à l’huile sur carton, 19e, Musées Gadagne (c) : http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/Histoire/Musee-d-histoire-de-Lyon

Gabriel et sa femme ont sans doute scandé à qui voulait l’entendre « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Et pourtant,  juste avant que les révoltes des canuts inspirent l’idée d’une révolution, avant même que la pression sociale ne soit à son paroxysme, Gabriel s’est extrait de sa condition grâce à sa femme. Il se trouve en effet qu’à la rue Bourchanin, vivent une grande-tante de Marie Pierrette et son époux, Jean Claude Page, vinaigrier qui possède une échoppe place de l’Hôpital. Dans les recensements annuels de Lyon, je suis amusé de constater qu’à l’adresse de son commerce, il est bien dénommé « débitant d’eau de vie » mais à son adresse personnelle, il se dit « écrivain ». C’est ce même Jean Claude Page qui, entre 1829 et 1830, va permettre à son neveu par alliance de ne plus être ouvrier de la soie, en lui cédant son commerce place de l’Hôpital. Une aubaine pour Gabriel qui devient alors « revendeur vinaigrier ».

En ce jour d’automne 1834, donc, je remonterai la rue Bourchanin vers l’Hôtel-Dieu avec lenteur, appréciant chaque détail qui s’offre à moi. Je dévisagerai chaque passant afin de confirmer ou non si les liens du sang inspirent une quelconque reconnaissance. Évidemment, sans trop  de succès. Puis, la place de l’Hôpital s’ouvrirait devant mes yeux. J’ai, dans mon esprit, la configuration actuelle de cette place. Je sais exactement où se trouve l’échoppe de Gabriel ayant moi-même bu quelques verres sur la terrasse de l’actuelle café-restaurant. Quelle devanture ! Je m’arrêterai sûrement quelques instants au loin dans le but de photographier au mieux la vitrine du commerce de Gabriel derrière laquelle j’aperçois l’ombre d’un petit homme s’affairant avec énergie. La situation est plus qu’étrange.

En 1834, mon ancêtre Jean Claude, fils aîné de Gabriel, est déjà ouvrier bijoutier. J’ai l’impression de voir des membres de ma famille partout sur cette place. À chaque regard, à chaque passant, le sentiment de croiser une partie de mon sang. Jean Claude fréquente-t-il déjà sa future épouse, Jeanne Antoinette Dubessy ? Elle habite dans le quartier et son père, chapelier et voyageur de commerce, est un fervent républicain.

Dans le vacarme d’une place très bruyante, je passerai sans doute timidement la porte de l’échoppe Poizat Comment pourrais-je me présenter, comment même pourrais-je justifier ma présence ici aujourd’hui ? « Je crois savoir que c’est votre anniversaire, mon cher monsieur » : ridicule comme entrée en matière. Pourquoi le vouvoierai-je en plus ? Forcément, Gabriel ne va pas tarder à venir me demander de quoi j’ai besoin. De simplement discuter, si seulement il savait. Se doute-t-il un instant que d’ici quelques générations, la lignée Poizat s’arrêtera en Algérie ? La tête tournante, je ressortirai sans doute du petit commerce avec un coeur jouant du tambour. Le temps n’a pas besoin qu’on en dévoile les tenants et les aboutissants. Les mains sur les genoux, presqu’accroupi, je vivrai mes derniers instants dans un Lyon qui n’est plus avec émotion et un vrai sentiment de privilège. Dans une gentille tape à l’épaule, mes oreilles entendraient « Tout va bien mon gars ? » C’est finalement Gabriel qui entamerait la conversation…


Note

(1) RUDE, Fernand, Les révoltes des canuts (1831-1834), Paris, Éd. La Découverte, 2007 (rééd.), 2007, p.15

#RDVAncestral n°3 – Charles Chaix (1868-1935)

« T’avais les mains comme des raquettes… » pépé (1).

En évoquant ce #RDVAncestral, va savoir pourquoi j’ai ce titre de Léo en tête. Même si évidemment il n’est pas question ici de chimpanzé. Je ne t’ai jamais connu et pourtant je t’ai souvent observé, tantôt avec fierté, tantôt avec interrogation. Qui étais-tu ? Quelle était ta voix ? Ton visage m’est si familier et pourtant je ne te connais pas. Je te devine à ma façon avec les quelques photos à ma disposition, partiellement et partialement, forcément. Nous portons certes le même nom mais nos trajectoires de vie sont tellement différentes. Si tu savais les siècles d’histoire que j’ai à te raconter, et si nous venions du Dauphiné ? Qu’en penses-tu ?

Tu travaillais la terre, élevais quelques bêtes. Tu tissais le chanvre et étais toujours prêt à rendre service. On se souvient de toi comme étant quelqu’un de généreux mais d’apparence austère : tu en imposais, paraît-il. Tu t’impliquais dans la vie de ton village et avec raison. Plusieurs fois élu au conseil municipal, quel regard porterais-tusur ton pays natal aujourd’hui ? Je n’ose même pas l’imaginer.

Comment étaient tes parents ? Quels rapports entretenais-tu avec les tiens ? Ta belle-famille ? Tes amis ? Et bien sûr tes enfants ? Sur la photo de mariage d’Ernest, ton aîné, tu as fait le déplacement à Paris. Vous avez fait le déplacement puisque Marie Françoise, ton épouse, mon arrière-grand-mère, était là également. Que vous semblez fiers de votre fils ! En même temps, vu comment il s’est débrouillé dans la capitale, épaulé par ses cousins Chaix et Arnaud, tes neveux, il y a de quoi être fier !

Le sens de l’honneur, de la parole donnée, voilà comment je perçois les valeurs que tu prônes, la dignité aussi. Avant que naisse le dernier de tes fils, Maurice – mon grand-père – en 1918, un autre l’a précédé et est décédé en 1919, à l’âge de 4 ans. Où est-il enterré et surtout de quoi est-il mort ?

Mon manque de réserve te surprendra sûrement, mon tutoiement et mon assurance aussi mais que veux-tu, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre son arrière-grand-père.

Charles, tu portes un prénom pas si commun dans la famille. Je pense ponctuellement à toi, à ton parcours, à qui tu étais. Je feuillette ton livret militaire, fait défiler les photos et la ressemblance avec mon grand-père me frappe toujours. T’avais les mains comme des raquettes du haut de ton mètre 68 et tu avais fini ta vie avec des douleurs articulaires atroces. Mon pauvre grand-père.

Toutes mes questions au fond ne sont que le reflet de ma curiosité généalogique et ne sont pas si importantes que cela.

Alors, dans un regard, je chercherais à te faire sourire et à capter le fond de ton âme. Qui es-tu ?

Charles Chaix (1868-1935) assis devant sa maison du Pré, Saint-Sorlin-d'Arves, fin des années 1920, archives familiales.

Charles Chaix (1868-1935) assis devant sa maison du Pré, Saint-Sorlin-d’Arves, fin des années 1920, archives familiales.

L’essentiel ne se dit pas, il se ressent.

Saint-Sorlin-d’Arves, une journée estivale de la fin des années 1920.

Notes

(1) Léo Ferré, Pépée.

Dans un précédent billet, j’évoquais l’origine des Poizat, branche de mes ancêtres maternels issue du Lyonnais. Aujourd’hui, il convient de s’intéresser aux Blanchard, patronyme de ma grand-mère maternelle, née en 1931 à Palikao, en Algérie.

L’histoire familiale retient par ailleurs que son grand-père, Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, fut le premier bébé européen à naître dans ce petit village de l’Oranie, dans l’arrondissement de Mascara, qu’on appelle aujourd’hui Tighennif. 

L’épisode algérien

Comme toutes les branches de mon ascendance maternelle, les premières générations avant moi se localisent en Algérie coloniale. D’abord ma grand-mère, puis mon arrière-grand-père, Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992) et enfin son père, que j’évoquais à l’instant. 

Le départ définitif en Algérie se fait a priori au milieu des années 1870. En 1874, une demande de concession de terres à Palikao est faite par Ferdinand Étienne Blanchard, le père de Pierre Prosper Ferdinand. Avec lui, sa femme – Félicie Marie Madeleine Armand – et deux enfants, Marie – 12 ans – et Julie – 6 ans (1). Or, de prime abord, j’ai du mal à croire qu’Étienne puisse avoir une fille de 12 ans puisqu’il s’est marié en 1868. La suite de mes recherches m’aidera finalement à y voir plus clair. 

Les origines hautes-alpines

Tout ce petit monde est originaire des Hautes-Alpes, plus précisément de la vallée de Valgaudemar, située au centre du Massif des Écrins. Le 29 décembre 1868, à Villar-Loubière, Ferdinand Étienne Blanchard et Félicie Marie Madeleine Armand se marient. Lui est né en 1829, elle en 1842. En 1872 (2), le couple vit à Saint-Maurice-en-Valgaudemar avec trois enfants :

  • Marie Julie Justine Blanchard, née en 1869, premier enfant du couple. Elle est présente en 1874 lors du départ en Algérie.
  • Jean Auguste Blanchard, né en 1871 et mort en 1872, âgé de seulement 20 mois.
  • Et… Marie Armand, née en 1863, fille naturelle de Félicie que je retrouve en 1874 lors de la demande de concession.

Première découverte de taille donc, mon ancêtre a eu un enfant naturel avant de se marier avec Étienne Blanchard. En parcourant l’état civil de la commune, j’ai pu reconstituer toute la fratrie :

  1. Marie Philomène Armand, née à Villar-Loubière le 3 août 1863. La naissance est déclarée par le père de Félicie, Noé Armand (1812-1885), lesquels semblent vivre chez Jacques Maussier, grand-père maternel de Félicie. 
  2. Marie Julie Justine, née le 30 septembre 1869 à Saint-Maurice. Je la retrouve ensuite en Algérie où elle se marie avec Guillaume Joseph Barrial et avec lequel elle a une descendance.
  3. Jean Auguste (1871-1872)
  4. Marie Eugénie, née le 30 septembre 1872 à Saint-Maurice. Je m’étonne de ne la retrouver ni en Algérie, ni dans les actes de décès de Saint-Maurice. Je présume cependant qu’elle meurt avant 1874.
  5. Magdeleine Philomène, née le 7 juillet 1874 à Saint-Maurice. Même réflexion que Marie Eugénie.
  6. Pierre Prosper Ferdinand, mon AAGP, né le 4 mai 1876 à Palikao.
  7. Pierre Adolphe, né le 29 juin 1879 à Palikao. Il se marie en Algérie et a une descendance.
  8. Emilie, enfin, née en 1882 à Palikao et que je retrouve dans le recensement de Palikao en 1906 et qui vit avec son père, son frère Pierre Prosper Ferdinand et ses neveux et nièces dont mon AGP Denis. Je ne pense pas qu’elle se soit mariée ni même qu’elle ait eu une descendance.

Les raisons du départ

Étienne Blanchard est cultivateur, issu d’une famille modeste des Hautes-Alpes. Né en 1829, il est le septième d’une fratrie de dix. Pour autant, Étienne est rapidement le seul garçon de la fratrie : son frère aîné, Jean Pierre Blanchard décède en 1840 et le plus jeune, Joseph, meurt à un an en 1835. En 1866, lors du recensement de la population de Saint-Maurice, Etienne vit avec sa soeur Apolonie, de deux ans son aînée. Dans ce contexte, j’imagine un départ lié à une nécessité économique.

À ce stade des recherches, je m’étonne de constater que tous les hommes ayant migré dans mon ascendance, portent en général le prénom d’Étienne : Étienne Fourcade, Étienne Blanchard, Étienne Brunet… 

Au moment de son départ, les parents d’Étienne sont déjà décédés : le père, Jean Jacques Blanchard, le 2 avril 1862 et sa mère, Marie Françoise Gueydan, le 5 mai 1863, tous deux à Saint-Maurice. Dernier de sa fratrie, Jean Jacques est le fils de Jacques et de Catherine Vincent.

Liane Foly, un cousinage inédit

Mais que vient faire Liane Foly dans cet article ? Il se trouve que le grand-père maternel de Jacques Blanchard est aussi l’ancêtre de la chanteuse ! Plus précisément, Bonaventure Dumas (1697-1767), mon sosa n°898 est son sosa n°546. Fait plus intéressant encore, les ancêtres de Liane Foly, originaires de Villar-Loubière comme les miens, vont aussi migrer en Algérie au XIXe siècle. Sans doute se connaissaient-ils tous. 

Synthèse de l’ascendance Blanchard

Matthieu Blanchard

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Jean Blanchard, marié en 1749 à Magdelaine Dumas (1727-1787)

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Jacques Blanchard (1757-1811)

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Jean Jacques Blanchard (1794-1862)

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Ferdinand Étienne Blanchard (1829-après 1901)

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Pierre Prosper Ferdinand Blanchard (1876-après 1931)

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Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992)

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Sabine Blanchard (1931- )

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Ma mère

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Moi

 

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Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, mon AAGP. Archives familiales.

 

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Lorsque je me suis rendu à Saint-Maurice (Hautes-Alpes) sur les traces de mes ancêtres Blanchard, j’ai eu le plaisir de découvrir le tilleul tricentenaire de la commune. En écrivant cet article, j’apprends que l’arbre a cédé en début d’année 2016 à cause du vent !

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Blanchard, un sobriquet péjoratif ?

D’après Robert Gabion, Blanchard pourrait être « un nom d’origine germanique (blank-, brillant, clair + hard, dur, fort), ou peut-être sobriquets péjoratifs du patronyme Blanc. » (3)

J’opterai plus pour la deuxième hypothèse. 

Sources

(1) ANOM, Aix-en-Provence, demande de concession de terres à Palikao d’après le relevé établi par Généalogie Algérie Maroc Tunisie (GAMT)

(2) Archives départementales des Hautes-Alpes en ligne, Listes nominatives, 1872, 6 M 282/11 – Saint-Maurice-en-Valgaudemar.

(3) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.151.