Juillet 1918, côté droit de la rue Géryville, Saïda, petite ville du Sud Oranais, en Algérie française. La chaleur étouffante d’un soleil de plomb assèche qui veut s’aventurer dans les rues devenues désertes en ce début d’après-midi. Ancienne place forte de l’émir Abd El-Kader, aujourd’hui bastion de la Légion étrangère, Saïda est commune de plein exercice depuis 1880. Français, Espagnols, Allemands, Arabes, catholiques, protestants, musulmans, juifs, tous se côtoient, mais personne ne se mélange. Tous se parlent mais très peu échangent. Les ressentiments liés à la colonisation et à son lot d’injustices sont comme une bombe à retardement dont tout le monde nie l’explosivité. Mais ce contexte-là, en cette journée d’été, Gilberte n’en a que faire. Comme à son habitude, elle danse et chante, amusant au passage sa plus jeune sœur Eliane, mon arrière-grand-mère, qui vient de fêter son neuvième anniversaire et qui la suit partout dans la maison, intriguée.

« Je suis enceinte, Eliane ! Je vais avoir un enfant, te rends-tu compte seulement ? » Rien ne semble pouvoir venir perturber le bonheur de Gilberte, en dépit d’un passé pour le moins difficile. Et d’ailleurs, elle se refuse d’y penser. Hors de question de ressasser ce qui appartient désormais au révolu. Et elle aurait de quoi ressasser le révolu tant il fut cruel et sans pitié. Née le 11 avril 1896, Gilberte arrive en deuxième position dans sa fratrie. Avant elle, Justin, né en 1894 ; après, viennent Adèle, née en 1897, et Eliane, en 1909. Âgée de 40 ans lors de la mise au monde de la petite dernière, Elisa, leur mère, ne se remettra jamais vraiment de l’accouchement et s’éteindra quelques années après, en novembre 1913. Un sacré monde s’est alors écroulé sous les pieds de la famille Rouquayrol. Au moment de la mort de sa mère, Justin, l’aîné, est engagé volontaire au 18e escadron du train des équipages militaires depuis août 1912. Gilberte, Adèle et Eliane se retrouvent alors seules avec leur père, les premières reprochant plus ou moins ouvertement à la cadette le décès de leur mère. Le père ? Justin Basile Rouquayrol, retrouvé en Algérie un peu par hasard alors qu’il effectue une carrière dans la police. À Saïda, il a épousé la fille d’un homme riche et influent. Porté sur les jeux d’argent, assez peu présent pour ses filles et sans doute dévasté par la mort brutale de sa femme, laquelle tenait par ailleurs une maison de couture réputée, le père semble déléguer à ses filles aînées ses responsabilités. Gilberte n’y pense jamais, sous peine de ressentir comme des coups de poing au ventre difficilement supportables. Pas plus qu’elle ne veut penser à son frère qui, revenant de son engagement en 1916, a cru qu’il pourrait être un père plus digne que son propre géniteur : « dehors ! » c’est alors ce que s’étaient employées à répéter Gilberte et Adèle. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit : partir.

Justin, Adèle et Gilberte Rouquayrol. Archives familiales, tous droits réservés.

Les deux sœurs s’étaient alors réparti les tâches : Gilberte, plus artiste dans l’âme, se refusait à travailler et s’était engagée à élever sa petite sœur Eliane, alors qu’Adèle, ayant hérité des doigts de fée de sa mère, ramenait de l’argent à la maison. Le 7 avril 1917, alors que les trois sœurs s’embarquent pour un train direction Oran et leur famille maternelle, leur père décède brutalement. Ce genre de mort brutale qu’il convient de ne pas trop creuser. Ce genre de mort brutale qui laisse une marque indélébile à qui ose y réfléchir, donner un sens. « Il n’y a aucun sens à tout cela ». Dès lors, c’est l’état d’esprit qu’avait adopté Gilberte, se refusant à la plainte, ne prenant les épreuves comme une succession de marches à gravir. Pas vraiment par conviction, plutôt par nécessité.

Mais aujourd’hui n’est pas un jour triste, j’en témoigne par ma présence discrète, dissimulée, imperceptible. Gilberte est éperdument amoureuse d’un légionnaire, un Espagnol du nom de Romero. Ce que sa sœur Adèle en pense ? Si seulement vous saviez. Issue d’une famille protestante par leur mère, s’allier avec un catholique n’est forcément pas une bonne idée. Et pourtant.

Du piano ? Alors même que j’observe les scènes quotidiennes avec un grand intérêt et une intense curiosité, des notes contribuent à rendre différent le film ancestral qui se trame devant moi. Je sais que la musique représente « l’art préféré » de cette branche de ma famille, celle de mon aïeule Elisa Rodier, juste avant « la peinture », d’après les dires même de mon arrière-grand-mère. Le problème dans tout ça, c’est que je ne vois personne devant le piano.

Adèle s’affaire pour dresser la table : les sœurs semblent recevoir du monde ce soir. Eliane suit Gilberte dans chaque pièce, laquelle s’est installée devant un miroir pour se maquiller. Du haut de ses neuf années, Eliane l’observe attentivement, les bras enlacés autour d’un des pieds de la chaise sur laquelle est installée Gilberte, promettant de ne pas la déranger. La scène m’arrache facilement une larme. Je mesure à la fois le privilège d’être là, mais quel effroi se dégage de l’histoire familiale passée. Les notes de Chopin résonnent en moi de manière trop forte pour que je conserve mon impassibilité. Les minutes passent, les premiers invités arrivent, ça rigole, ça chante, ça chambre, ça crie ! Et je n’entends que cette musique lancinante qui se répète inlassablement et qui donne à chaque détail de la vie un poids particulier, pas une lourdeur pesante, non, mais une certaine gravité à chaque seconde qui défile : j’en conclus que c’est le prix à payer pour songer à pareil rendez-vous.

Le repas terminé, Gilberte se lève, invite tout le monde à faire de même. La musique a cessé, pour un instant seulement. « Je veux parler à ma mère désormais ! » Le ton est ferme, déterminé et dénué de toute crainte. Mon arrière-grand-mère se tient naturellement à l’écart mais n’est pas sommée de partir. Elle sait de toute façon qu’il ne faut pas déranger. La musique reprend en même temps que les mains se joignent sur ce vieux guéridon magnifique, lequel prend désormais toute la place dans la pièce à vivre. La lumière est naturellement tamisée, agrémentée de quelques bougies qui alimentent le spectacle surnaturel qui doit se jouer devant moi. Je vois les lèvres de Gilberte bouger, sans déchiffrer quels mots sortent de sa bouche. De l’émotion, des regards qui se croisent, éberlués, d’autres qui s’inquiètent de l’engagement de Gilberte dans l’expérience. Puis le relâchement, Gilberte tombant littéralement dans sa chaise, les bras ballants. La musique s’est arrêtée et le silence est de rigueur.

« Si tu es enceinte, tu ne devrais plus jouer avec ça… », lâche une invitée, décontenancée de ce qu’elle vient de vivre. Gilberte sourit, lui conseillant de ne pas s’en faire. Huit mois plus tard, en avril 1919, le ventre rond expulsera un bébé que tout prêtait à une vie heureuse. Que tout prêtait seulement car une sage-femme mal avisée, à cause d’une blessure à l’un de ses doigts, infectera le corps de Gilberte, qui décédera peu de temps après.

J’espère que ce sourire que je n’ai jamais connu et qui reste figée dans mon souvenir imaginaire a rejoint celui de sa mère chérie, qui semblait tant lui manquer.

Mon arrière-grand-mère, Eliane, et sa mère, Elisa Rodier. Archives familiales, tous droits réservés.

C’est un billet particulier que je m’apprête à écrire aujourd’hui. Au départ, je voulais mettre en lumière le terrible accident dont fut victime un de mes grands oncles, Amédée Fay-Jacquet, décédé le 27 avril 1907 entre Saint-Jean-de-Maurienne et Villargondran.

SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE. —

Terrible accident. — Un terrible accident
a coûté la vie à un enfant de quatorze
ans, le nommé Amédée Fay-
Jacquet, né à Saint-Sorlin-d’Arves,
dont les parents sont domiciliés à Saint-
Jean-d’Arves.
Cet enfant était occupé à transporter
du fumier, avec l’âne de ses parents,
pour le compte de M. Victorin Champlong,
de la commune de Villargondran.
Il partit du domicile de ce dernier vers
dix heures du matin.avec sa bête
chargée, pour se rendre sur une propriété
située au-dessous du chef lieu de
la commune.
Mme Champlong partit un instant
après l’enfant pour se rendre sur la
même propriété. En route, elle aperçut

le pauvre petit pris sous sa bête, qui
était, elle, couchée sur le flanc. Elle
s’empressa de le dégager, mais le malheureux
petit ne donnait plus signe de
vie.
On ne releva sur son corps qu’une
légère contusion au cou, pairaissant
avoir été faite par les courbes du bât de
l’animal. Ce qui permet de croire que
l’enfant est mort par strangulation.
Son corps sera transporté à Saint-
Jean d’Arves pour être inhumé.

Source : L’Indicateur de Savoie, 11 mai 1907

Né le 2 juillet 1893 à Saint-Sorlin-d’Arves, Amédée Fay-Jacquet a en réalité 13 ans au moment de sa mort. Il est le premier d’une fratrie de trois enfants :

  • François Amédée Léon Albert Alexandre (1893-1907)
  • Marie Victorine (1897-1973), mon arrière grand-mère
  • Adélaïde Louise Virginie (1900-1985)

Ses parents, Sébastien et Rose Françoise Sibué se sont mariés le 13 juillet 1892 à Saint-Sorlin-d’Arves (1). Vous allez le voir, les correspondances avec le nombre 13, ou un nombre portant le 13, est assez spectaculaire. S’il s’est marié un 13, Sébastien est également né un 13, le 13 février 1859. Bon, jusque-là, rien de fou non plus mais j’ai bien envie de vérifier à la génération précédente si le 13 revient encore. Tiens, le grand-père Fay-Jacquet, qui s’appelait François Amédée (comme son petit-fils, donc), qu’en est-il ? Ah, ben il est né le 13 juin 1824 et mort le… 12 juin 1864, presque. La grand-mère ? Marie Virginie Didier est née le 6 novembre 1831 (allez, je ne relève pas le 13 inversé que constitue le 31) et est décédée le… 13 avril (!) 1906.

En vérité, vous voulez que je vous dise ? Il n’y a aucun sens qui ressort de cette découverte. Pas de fantôme transgénérationnel, ni de triskaïdékaphobie à l’horizon. La seule chose qui m’interpelle est l’âge jeune auquel est mort le grand-père François Amédée (la veille de son 40e anniversaire), de même que l’absence de registre matricule pour Sébastien (bizarrement absent du répertoire alphabétique de 1879). Une petite odeur de mystère plane du coup sur cette lignée que je n’ai jamais approfondie. Allez savoir pourquoi.

Revenons un instant sur ce pauvre ado qui est sans doute mort étouffé sous la monture qu’il guidait. Pour mémoire.

(1) : le même jour, le 13 donc, son frère Jean Baptiste Alphonse se marie également.

 

Faire de la généalogie, c’est aussi passer des heures à parcourir des sources écrites afin de mieux cerner et comprendre le contexte historique d’une période donnée. Ici, nous sommes à Saint-Jean-de-Maurienne, à l’automne 1576. Alors que Pierre de Lambert, évêque de 1567 à 1591, projette de construire un collège dans l’actuelle avenue du Mont-Cenis en rénovant une maison achetée, le noble Pierre Salière Darve tient un livre des comptes dans lequel se niche un détail remarquable en la présence d’ours dans la capitale de la vallée :

 La dépense totale des manoeuvres pendant le mois de septembre 1576 est de 204 florins, 8 sols, sur quoi il y a 7 sols pour les colliers de deux ours, le mâle et la femelle. On apprend par ce détail que l’évêque avait alors des ours entretenus aux frais de l’évêché.

[…]

Façon d’un tornet pour la chenne de l’ours avec sa boucle… 3 sols.”

D’après l’abbé Rambaud, “Histoire du collège Lambertin”, dans les  Travaux de la Société d’histoire et d’archéologie de la province de Maurienne, 1885, p.30.

L’anecdote a de quoi surprendre et il est même difficile d’imaginer le spectacle au sein de l’évêche à la fin du XVIe siècle. Fait d’autant plus étonnant quand nous lisons l’étude passionante de Michel Pastoureau, contenue dans Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, que je vous recommande de lire sans tarder ! Notamment spécialiste des couleurs, des images et des symboles, l’historien écrit, à propos de l’ours :

 Un tel animal ne pouvait qu’effrayer l’Église du haut Moyen Âge. Non seulement l’ours est doté d’une force prodigieuse mais il est lubrique et violent. En outre, il ressemble à l’homme par son aspect extérieur, par son atptitude à se tenir debout et par ses pratiques sexuelles. Depuis Pline, en effet, qui a mal interprété un passage d’Aristote, tous les bestiaires et toutes les encyclopédies affirment que les ours s’accouplent more hominum et non pas à la façon des autres quadrupèdes. L’ours est donc un dangereux cousin de l’homme. Enfin, contrairement au lion, sur tous les terroirs d’Europe occidentale, c’est un animal indigène : le voir, l’admirer, le redouter, le vénérer est chose fréquente. De fait, à l’époque carolingienne [soit jusqu’au Xe siècle], dans une bonne partie de l’Europe germanique et scandinave, il fait encore l’objet de cultes païens associés à des fêtes calendaires, et passe encore pour le roi des bêtes sauvages ; rôle, nous l’avons vu, déjà tenu par le lion dans l’Europe méridionale. Dès lors, l’Église part en guerre contre l’ours et cherche à le faire descendre de son trône. Partout, entre le VIIIe et le XIIe siècle, elle favorise la promotion du lion, animal exotique et non pas indigène, issu de la culture écrite et non pas des traditions orales, animal par là même maîtrisable et non pas imprévisible. Partout, elle “joue” le lion contre l’ours. Partout elle s’acharne contre ce dernier.

Pour ce faire, elle utilise trois procédés : l’ours est d’abord diabolisé, puis dompté et enfin ridiculisé. S’appuyant sur la Bible, où l’ours est toujours pris en mauvaise part, et reprenant une phrase de saint Augustin, “ursus est diabolus”, les Pères et les auteurs chrétiens de l’époque carolingienne rangent l’animal dans le bestiaire de Satan ; du reste, à les croire, le Diable prend souvent la forme d’un ours pour venir menacer et tourmenter les hommes pécheurs. La plupart des ateurs occultent la tradition selon laquelle l’ourse redonne vie à ses petits morts-nés en les léchant – tradition ambiguë, héritée de Pline, qui aurait pu être glosée comme un symbole de résurrection – et mettent constamment en avant les vices de l’ours : brutalité, méchanceté, lubricité, saleté, goinfrerie, paresse, colère.

Dans un deuxième temps, l’ours devient un animal domestique, ou plutôt domestiqué, au sens médiéval de ce mot (domesticus). Ici c’est l’hagiographie qui s’attage à l’ours. […]

Diabolisé puis dompté, l’ours est ensuite ridiculisé. Cela se fait en général après l’an mille. L’Église, pourtant hostile à tous les spectacles d’animaux, ne s’oppose désormais plus à la circulation des montreurs d’ours. Muselé et enchaîné, l’ours accompagne les jongleurs et les bateleurs due château en château, de foire en foire, de marché en marché. L’ancien animal royal, admiré et redouté, devient une bête de cirque, qui danse, fait des tours, amuse le public. À partir du XIIIe siècle, offrir un ours n’est plus vraiment un cadeau de roi comme c’était encore le cas à l’époque carolingienne ; l’animal sort même des ménageries princières où il n’a plus sa place. […] Au tournant des XIIe-XIIIe siècles, l’affaire semble donc entendue : le lion, roi des animaux dans les traditions orientales et méridoniales, le devient aussi, à la place de l’ours, dans les traditions occidentales septentrionales.”

Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, 2004, pp.70-72.

Si je concède que le passage cité est long, il n’en est pas moins intéressant et à la lumière de ces mots, la possession de deux ours par l’évêque de Lambert revêt un sens particulier, celui qui place l’animal mythique au coeur d’un évêché qui a lutté, des siècles durant, pour l’en faire sortir !

Progressivement, le lion détrône l’ours de son statut de roi des animaux en Europe. (Illustration allemande, 1810). Source : Wikipédia.

1936, impasse Pontcharra, Saint-Jean-de-Maurienne. Théophile Chaix est le chef  d’un ménage composé de sa femme, Césarie, de ses filles Lucienne et Renée, de son fils Paul, le petit dernier, né en février 1935, et d’un domestique, Albert Dompnier. Le recensement ne laisse évidemment pas présager qu’à cette date, deux enfants manquent à l’appel, Albert et Alice, nés et morts respectivement en 1925 et 1931 et déjà enterrés dans l’ancien cimetière de Saint-Jean, non loin d’où la famille réside.

Théophile est le deuxième d’une fratrie de 11 enfants ; né le 4 mai 1899 à Saint-Sorlin-d’Arves, il est incorporé au 17e régiment d’infanterie le 19 avril 1918, avant d’être réformé temporairement en juin pour “boiterie de la jambe gauche en flexion avec marche sur la pointe des pieds, douleur à la pression de la région fessière”. Hospitalisé en septembre, il est finalement déclaré “inapte à l’infanterie” le 7 février 1919. Le 26 février, il est rappelé à l’activité et affecté au 2e régiment d’artillerie de campagne. Un an plus tard, en avril 1920, il passe au 2e régiment d’artillerie de campagne d’Afrique. En novembre, il envoie ses “souvenirs du Maroc” à travers plusieurs cartes postales de Méknès et ses alentours, sous protectorat français depuis le traité de Fès de 1912 :

Au Maroc rien de sensationnel, je tiens toujours bon, ainsi que l’ami Brunet, les positions de Méknès. Lui pense partir dans une dizaine de jours mais pour la France alors. Notre Batterie est rentrée aujourd’hui du Bled. Je vois que ce soir je vais avoir un boulot fou. J’en ai déjà 28 maintenant ; puis encore une vingtaine qui viendront peut-être manger ça va faire du 50 : ça commence à cimpter ; surtout que le chef de popote ne s’en occupe pas du tout. Il me dit de faire comme je veux. Et d’acheter ce que je veux. En douce, je ne m’en fais pas. Le petit bisnais [business ?] marche toujours bien. Je termine pour cette fois. En attendant le doux plaisir de vous relire ou encore mieux de vous revoir, recevez, mes chers parents, mes meilleurs amitiés. Votre fils qui vous aime.”

Carte postale envoyée du Maroc par Théophile à ses parents. La signature sur le recto est celle d’un petit garçon, mon grand-père, Maurice, qui semble avoir tenu à indiquer qu’il était là ! Archives familiales, tous droits réservés.

Renvoyé dans ses foyers en avril 1921, il se marie en février 1922 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Césarie Balmain, qui habite Saint-Jean-de-Maurienne, justement à l’impasse Pontcharra, avec sa mère et une partie de ses frères et soeurs. Théophile et Césarie ont un lien de parenté : ils sont cousins. La grand-mère maternelle de Césarie n’est autre que la tante paternelle de Théophile. En 1923, naît leur première fille, Lucienne ; lors du recensement de 1926, la famille habite déjà l’impasse Pontcharra, devenue aujourd’hui la rue du Dr Mottard ; Célestine, une des soeurs de Théophile habite d’ailleurs avec eux. Lors de celui de 1931, la famille s’est agrandie, avec l’arrivée de Renée ; Charles, le père de Théo, comme chaque année, est venu l’aider au moment de la période des foins, c’est sans doute pour cela qu’il apparaît dans la composition du foyer.

Charles Chaix, au début des années 1930, à Saint-Jean-de-Maurienne, chez Théophile. Archives familiales, tous droits réservés.

En 1943, alors âgée de 20 ans seulement, la fille aînée du couple, Lucienne, meurt tragiquement, semble-t-il après une terrible maladie, selon la mémoire familiale.

“Souvenir des fêtes des Etats Généraux et costumes savoyards”, sûrement au milieu des années 1930, Lucienne Chaix se trouve à gauche. Archives familiales, tous droits réservés.

En juillet 1955, Renée se marie à Saint-Jean-de-Maurienne avec René Auguste Dianoux. La famille se retrouve régulièrement chez le plus jeune frère de Théophile, Maurice, mon grand-père, dans le quartier de Sous-le-Bourg, toujours à Saint-Jean-de-Maurienne. Pour mon grand-père, Théo a toujours fait figure de deuxième figure paternelle.

Réunion de famille avec Renée Chaix (en blanc, à gauche), chez Maurice et Germaine Chaix, mes grands-parents (derrière Renée) ; Célestine Chaix, mentionnée dans l’article, se tient assise juste au-dessus de ma grand-mère. Théophile et sa femme, Césarie, sont assis, à droite de la photo, qui est datée, elle, du milieu des années 1950. Archives familiales, tous droits réservés.

En septembre 1962, alors qu’il distribue les allocations familiales à vélo dans les rues de Saint-Jean, il est fauché par un véhicule à hauteur du pont de l’Arvan, pas très loin de l’ancien musée Mont-Corbier. Il décède peu après. Ses funérailles ont lieu le 19 septembre, “imposantes”, selon la presse locale, et pour cause, il était une figure dans sa ville, à la fois impliqué dans la vie locale, agricole et politique de sa vallée :

Une foule considérable, grosse de plusieurs milliers de personnes, a accompagné à sa dernière demeure, M. Théophile Chaix, président cantonal de la C.G.A. de Saint-Jean-de-Maurienne, vice-président de la Fédération des Exploitants Agricoles, officier du Mérite Agricole, personnalité très connue dans les milieux savoyards.

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Emile Praz, Florimond Girard, Bellet, Marcel Peyrille, Grand, Dardel et Jean-Baptiste Collet, représentant l’Amicale des classes 1919-1920, la municipalité, les organisations agricoles et le parti socialiste.

A la cathédrale, M. le chanoine Gros, curé de Saint-Jean-de-Maurienne, retraça la vie de dévouement du défunt, qui passa de très longues années au service de la cause de l’agriculture.

Au cimetière, littéralement envahi par la foule, plusieurs allocutions furent prononcées. M. Emile Praz, au nom de l’amicale de sa classe, dit un touchant adieu à son camarade disparu.

M. Dardel, président de la Fédération des Exploitants Agricoles, apporta le salut des cultivateurs savoyards à celui qui, tout au long de sa vie, mit au premier rang de ses préoccupations les problèmes qui leur tiennent à coeur et les défendit de toutes ses forces. M. Bellet, au nom du Parti Socialiste, rappela le combat mené tout au long de sa vie par M. Chaix pour améliorer le sort des humbles.

M. Paul Perrier, conseiller général, dit son admiration pour l’homme dévoué et généreux que la Maureinne et la Savoie perdent aujorud’hui. “Sa vie consacrée à un idéal élevé restera un exemple pour nous tous. Nous devrons, dit-il, continuer son oeuvre.”

Enfin, Me Samuel Pasquier, maire de Saint-Jean-de-Maurienne, après avoir rappelé le souvenir de M. Charles Bouttaz, adjoint, décédé il y a un an à peine, évoqua la vie et l’oeuvre de M. Théophile Chaix, qui à son tour disparaît aujourd’hui.

Il décrivit le travailleur acharné, l’homme dévoué et de bon conseil, qui considérait comme un apostolat la tâche qu’il s’était lui-même fixée en tant que représentant des agriculteurs au sein du conseil municipal.

Tous les orateurs laissèrent percer, au long de leurs allocutions, une très vive émotion. Et cette émotion, comme celle de la foule, la présence à la cérémonie de très hautes autorités départementales, l’immense courant de sympathie témoigné à la famille de M. Chaix, montrent à quel point le défunt était un homme estimé et aimé.”

Suit en effet une liste impressionnante de personnalités. Ayant assisté à ses funérailles, mon oncle s’en rappelle encore : “Le cortège était arrivé au cimetière, à pied, que des gens continuaient de sortir de l’église…”, c’est dire.

Aujourd’hui, si l’impasse Pontcharra n’existe plus, le cimetière, situé à quelques centaines de mètres à peine, lui, abrite toujours la tombe de mon grand oncle. En la découvrant pour la première fois ce matin, impossible de ne pas imaginer les orateurs se succéder pour évoquer la disparition tragique de cet homme que je ne connais qu’à travers des photos et quelques souvenirs rapportés. A ses côtés, sa femme, morte en 1989, et une partie de ses enfants, dont Renée, disparue en 2012 et que je n’ai pas connu non plus. Une plaque, que je suppose à son intention, indique : “Lorsque tu auras trouvé ton étoile, éclaire la nuit dans laquelle nous sommes plongés désormais”.

Un silence accompagne ma lecture. Puisse cet humble billet éclairer la mémoire de cette famille !

Théo, sa femme et ses enfants, dans leur propriété à Saint-Jean-de-Maurienne. Archives familiales, tous droits réservés.

20 mai 2017, c’est la première fois que je rencontre les paysages cévenols. Au gré du vent, je laisse aller mes pas dans ceux de mes ancêtres lointains. Les temps d’arrêt que je marque fréquemment me laissent songeurs : « ils ont certainement emprunté ces sentiers ». Le silence qui règne n’est même pas perturbé par un quelconque chant d’oiseau : seul le vent souhaite communiquer, à coup de rafales qui me contraignent à cacher ma tête dans mon coude. Le temps n’est pas stable, les nuages épais laissent entrevoir des bouts de ciel bleu mais l’orage semble proche. Je continue mon chemin. Je tente de percer à jour des secrets enfouis d’une mémoire ancestrale à défaut de chercher une quelconque gravure sur les vieilles pierres que je croise. Des heures me séparent de la première habitation. Une caverne, voilà ce que je cherche. En plein milieu d’un désert de végétation. Le Désert, c’est comme ça que l’on appelle la période pendant laquelle mes ancêtres étaient clandestins. Exclus car réformés. Persécutés car protestants. Les premières gouttes de pluie me forcent à trouver refuge au pied d’une espèce de muret surplombé d’arbres hauts et sécurisants. Essoufflé, je crois ressentir un fragment de ce qu’ont pu ressentir femmes, hommes et enfants en quête de liberté, traqués comme des bêtes pour leur foi.

L’orage semble être passé, de même que mon sommeil soudain. Je prends le temps de chaque respiration, l’odeur de terre mouillée m’encourage à ne pas me précipiter. Le vent s’est calmé, et une branche au-dessus de ma tête est témoin de toute l’eau tombée du ciel, à raison des gouttes régulières qu’elle laisse échapper sur mon bras. J’ouvre enfin les yeux, prudemment, lentement. Ces derniers restent d’ailleurs un moment plissés en raison de la luminosité incroyable autour de moi. L’ambiance a changé du tout au tout. Comme si je ne m’étais pas réveillé au bon endroit, ni au bon moment. Le sentier que j’ai alors suivi jusqu’ici n’est plus si net. Puis cet arbre là-bas, je ne me rappelle pas l’avoir croisé tout à l’heure. Merde, mon portable n’affiche plus rien, ma batterie semble totalement déchargée. Quelle heure est-il ? Sans savoir où aller, je reprends ma marche, un chemin semble tracé là et il traverse une espèce de vallon sauvage. Mes coups d’œil à gauche, à droite puis derrière trahissent de fait une angoisse que je ressens et que je tente de contenir dans des respirations profondes. Tout va bien aller, mais qu’est-ce que je fous là ?

Au bout de cette espèce de ruelle que la nature a très bien dessinée, je semble apercevoir un enfoncement dans la roche. C’était quoi ça ? Des gens sont là. « Dieu seul pourra lui venir en aide. Prions pour lui. » « Ils le tueront, c’est sûr. » « Chhht, cessez vos jérémiades, vous savez qu’ils se presseront dans ce cul-de-sac s’ils nous entendent… » À force d’avoir cherché, je crois bien que je viens de retrouver la trace de mes ancêtres. « Ton père va revenir, petit, je l’ai vu en rêve la nuit dernière ». Pierre Rodier, c’est lui le gamin que j’aperçois de dos ? J’ai en effet réussi à m’infiltrer discrètement dans cette cache qui me semble finalement accueillante. Elle contraste en tout avec le contexte sauvage qui l’entoure. Ils sont bien une quinzaine au total et je m’efforce de trouver un signe distinctif qui m’assurerait qu’il s’agit bien d’une partie de mes ancêtres. Je n’ai jamais vu ces visages, et pourtant toutes les gravures parcourues sur le sujet me reviennent en mémoire : sauf qu’il ne s’agit plus d’archives là. Je me sens proche d’eux et pour cause… Leur histoire constitue forcément une partie de la mienne.

Des prières, des accolades, des silences, et beaucoup de marques d’affection. Nous sommes sûrement dans le cours de l’année 1751, et si j’ai bien compris le dialogue de tout à l’heure, celui qui doit revenir est bien Pierre Rodier, dit de Ferrières car enfermé dans une prison du Tarn qui se situe dans cette commune pour avoir eu le malheur de croire différemment. Père du gamin qui se tient là. Il s’en sortira, je le sais. Mais à quel prix ? Celui des massacres des Dragons du roi qui enflamment un contexte religieux plus qu’explosif. Que de souffrances pour une considération aussi impalpable que celle de la croyance Ce petit n’arrête pas de pleurer, il a peur de mourir dit-il. Je repense à mon arrière grand-mère Eliane, la scène est tellement surréaliste. Sur sa pierre tombale, un message qui conviendrait parfaitement en pareil moment. Concours de circonstance extraordinaire, le vieux qui semble être pasteur, et rassure tout le monde à coup de psaumes, se dresse désormais devant le petit qui sanglote sans discontinuer. « Petit, on peut être détruit sans être vaincu… » Exactement le message qui figure sur la tombe de mon aïeule.

Mon portable ! Ces satanées vibrations entraînent la panique chez le petit monde qui se dresse à quelques mètres de moi. Impossible de l’arrêter. Ils vont me repérer bordel, il n’était pas éteint tout à l’heure ?

Un sursaut me ramène soudain à une autre réalité, malgré le fait que mon portable n’a pas cessé de vibrer. Des dizaines de notifications et trois appels en absence. Un rayon de soleil perce la couverture nuageuse au-dessus de ma tête. Foutu rêve !

« Ces liens entre passé et présent et aussi avenir ont une importance considérable. Ils font un tout de l’aventure humaine, lui donnant un sens, et nous ne pouvons les trancher qu’avec risques et périls. »

Caveau familial, Fayence, Archives familiales, 2016, tous droits réservés.

En septembre, je partais sur les traces des Chaix et je mentionnais notamment l’étude de Gabriel Pérouse sur Saint-Sorlin-d’Arves, village d’origine de mes ancêtres paternels, qui citait mon ancêtre André Chaix (n° Sosa 2048), à ce jour le plus lointain que j’ai avéré en lignée directe. Pérouse explique en effet que cet André a trois enfants, deux garçons et une fille. Claude, l’aîné des deux garçons, était notaire ; l’autre, Jacques, était syndic. Je descends pour ma part de Claude, qui a eu 7 enfants. Voici alors ce que j’écrivais :

 Si l’archiviste précise que l’un des enfants de Claude est prêtre, je n’en trouve pour l’instant aucune trace.”

Au fil de mes recherches – je travaille en ce moment sur le tabellion du bureau de Saint-Jean-de-Maurienne, je suis tombé, dans le répertoire des actes de 1709, sur le mariage de deux de mes ancêtres arvins : Joseph Ruaz et Jeanne Arnaud (n°264 et 265) : ça tombe bien, je n’avais pas relevé le mariage dans les registres paroissiaux. Content de ma découverte, je m’empresse d’aller consulter l’acte notarié au folio indiqué. Je commence à lire l’acte et je lis que Joseph est assisté de son père et du “Révérend Messire Humbert Chaix prêtre”. Ni une, ni deux, je m’occupe d’aller vérifier si un Humbert ne figure pas dans les enfants de Claude Chaix. Et il se trouve que si. Jusqu’ici, je n’ai pas la preuve formelle qu’il s’agit bien du même individu mais en revenant à l’acte je me rends compte qu’en lisant rapidement, j’ai oublié un détail essentiel : Humbert Chaix est l’oncle de Joseph Ruaz. Vu la différence de patronyme, j’en déduis que la mère de Joseph – que je ne connaissais pas jusque là car l’acte notarié, comme dans les registres paroissiaux, n’évoque que le père – porte forcément le patronyme Chaix. Dans la fratrie Chaix, j’ai justement un mariage en 1670 d’une des filles, Sébastienne, mais en notant l’acte dans les registres paroissiaux à l’époque, je n’avais pas réussi à déchiffrer le patronyme. Je me déêche alors de vérifier à nouveau et là, surprise : le patronyme que je n’avais pas déchiffré est bien celui de Ruaz ! Sébastienne Chaix est donc bien la mère de Joseph Ruaz, donc la soeur d’Humbert et de mon aïeul en lignée directe Sorlin (n°512).

Les choses se confirment donc. Sur les 7 enfants, seuls trois garçons : Bernard, l’aîné, que je suppose être mort en bas âge même si je n’ai pas retrouvé encore sa sépulture ; Sorlin, mon ancêtre ; et Humbert. Chez les filles, Marie, mariée à un Arnaud ; Dominique, morte à un an ; Sébastienne, mariée à un Ruaz et dont je suis descendant aussi du coup ; et Catherine, mariée à un Milliex et dont je suis également descendant. L’implexe est logiquement élevé à ce niveau de ma généalogie dans la mesure où il s’agit d’un très petit village de quelques centaines d’âmes à peine. Mis à part Bernard, j’ai donc presque finalisé l’étude biographique de chacun-e des membres de la fratrie.

Une carrière de prêtre

J’ai dans un premier temps été étonné de lire le titre de révérend : aujourd’hui, on continue de parler de révérend chez les protestants et encore. En fait, rien d’anormal : le révérend désignait à l’époque un ministre de culte. Mais alors, où a-t-il exercé ? Abandonnant mon acte de mariage, je pars en quête de nouveaux éléments. Afin de gagner du temps, j’entreprends tout de suite de chercher dans la bibliothèque généalogique de Généanet et les recherches se montrent très vite fructueuses : le Révérend Chaix aurait exercé, de 1682 à 1688 à La Table, commune du canton actuel de Montmélian, à environ 70 kilomètres de Saint-Sorlin. Réflexe : je retourne à mes AD de la Savoie en ligne et cherche dans les registres paroissiaux du village en question et je tombe sans mal sur la signature d’Humbert.

Première signature d’Humbert Chaix au bas de la première page du registre paroissial de 1682. Source : AD de la Savoie en ligne, 3E 338, folio 90, vue 93/518.

Humbert est né le 16 juillet 1649 à Saint-Sorlin-d’Arves. Destiné à la prêtrise, il a bien fallu qu’il étudie : ce sera le sujet principal de mes prochaines recherches. Tenter de déterminer où a-t-il étudié. Pour l’heure, je pense au collège Lambertin de Saint-Jean-de-Maurienne mais après tout, pourquoi pas Turin, alors capitale du duché de Savoie à l’époque ? Dans le tabellion, j’ai vu passer des contrats d’entrée en religion de femmes parties s’établir là-bas alors sait-on jamais.

Au hasard d’une recherche, j’ai donc éclairé une petite zone d’ombre dans une branche qui n’était même pas concernée au départ, du moins que je ne pensais pas être concernée. Prenez bien le temps de lire les actes que vous consultez, soyez attentifs à tous les détails. Avec un peu de chance, vous arriverez sûrement à faire de petites découvertes comme celle-ci.

#RDVAncestral n°7 – Antecessor Illustris

18 mars, 17h40. Le ciel est bas, l’ambiance chargée au moins comme l’est mon esprit au moment où je découvre, incrédule, ce que mes yeux me donnent à voir. Un environnement par définition inconnu, incroyablement lumineux depuis qu’un rayon de soleil a transpercé la masse de nuages au-dessus de ma tête. Je ne sais pas où je suis, ni vers qui je dois me diriger. Si tant est qu’il faille que je me dirige vers quelqu’un puisque, pour le moment, personne n’est là. Je me rends soudain compte que je suis perché à une altitude conséquente, surpris par une rafale de vent qui manque de me déséquilibrer. Les mains à terre, je réalise que je suis en fait dans une époque lointaine, très lointaine.

Là, un groupe d’individus. Instinctivement, je me réfugie derrière une sorte de rocher, mon souffle est coupé. Pourquoi devrais-je craindre ces gens ? Au vu de leurs tenues – des fourrures bien fournies, des armes fabriquées artisanalement, et de leurs manières de se tenir, de marcher… . Des siècles et des siècles nous séparent, des millénaires même ! Ils s’expriment entre eux dans une langue qui me laisse pantois, s’interpellent, sourient et s’arrêtent brusquement, comme si un bruit était venu heurter leur récréation. Je ferme les yeux priant pour ne pas croiser leurs regards. « Des Ligures… », voilà ce que je me répète sans cesse : je suis tombé à l’époque des Ligures, vaste peuple pré-indo-européen originaire de l’Est et qui vivait sans doute en Maurienne à partir de… 3000 avant notre ère.

Antecessor Illustris, littéralement illustre prédécesseur en latin. Je sais que c’est ridicule et je ne sais même pas pourquoi ce nom me vient en tête mais c’est comme ça que je nomme celui qui pourrait, qui doit forcément être mon ancêtre. Le silence semble les avoir rassurés et je me comporte comme si je traquais une bête. En réalité, c’est plus moi qui me sens traqué comme une bête. Au fond, la différence amène inéluctablement à la méfiance et aux préjugés, c’est bien dommage. L’instinct joue parfois des tours étonnants. Je reprends progressivement le contrôle de mes émotions, observe la scène qui se déroule sous mes yeux. La pluie s’en mêle et je suis à la fois rassuré et gêné d’assister à une scène de tendresse entre celui que je considère comme étant le père et celui que j’estime être le fils. Quand je parle de tendresse, je fais référence à une tape sur l’épaule accompagné d’un large sourire. Le petit groupe sait de quoi sera constitué le repas ce soir.

À quoi bon cette rencontre ? Je ne peux ni communiquer, ni me montrer mais je tiens pourtant à rester. Comme si tout cela avait un sens. Car au fond la signification d’un évènement est propre à celui ou celle qui la cherche, qui la traque et qui la trouve. Ces ancêtres illustres dont nous descendons tous, qui n’ont de primitif que l’année de naissance sur Terre, vivent toujours en nous d’une certaine manière. Leurs expériences se sont transmises, de génération en génération, et la chaîne reconstitue à elle seule toute l’histoire de l’humanité. Tout ça pour dire que même de la plus profonde ignorance, nos ancêtres les plus lointains se montrent à nous parfois au détour d’une émotion ou d’une rencontre.

Les chercher n’est pas une quête vaine, pas plus que de reconstituer la vie de celles et ceux de nos ancêtres qui sont apparus dans des époques où les archives ont été conservées. Non, les chercher n’est pas une quête vaine car en les cherchant, c’est nous que nous trouvons. Car, enfin, comment voulez-vous que je romance cette rencontre ? Nous nous cachons derrière des archives et des bouts de papier pour raconter ce qu’a été la vie de nos ancêtres mais ces bouts de papiers suffisent-ils vraiment à dire ce qu’étaient leurs vies ? Pas nécessairement. C’est un peu le sens de ce #RDVAncestral, n’oublions jamais qu’au-delà des heures incalculables de recherches, des archives innombrables dénichées, épluchées et déchiffrées, la vie de nos ancêtres est d’abord et avant tout ce que nous en faisons.


Si la vie des Ligures reste une énigme, quelques fragments nous sont parvenus, notamment depuis la découverte d’Ötzi, au début des années 1990 dans le val de Senales (Italie), qui a nourri l’imaginaire et la soif de vérité de nombreux chercheurs et scientifiques. Poussons même le délire à l’incroyable : la tentative de reconstituer la voix d’Ötzi…

#RDVAncestral n°6 – Paul Fourcade (1876-1906)

Seul, dans les rues de Tlemcen, un matin de janvier 1906. Le jour se lève difficilement sur une ville encore largement endormie. Nous sommes le 26 janvier. Le froid me fait frissonner, je tente vainement de souffler de l’air chaud dans le creux de mes mains. Là, une femme m’épie du haut de sa fenêtre. D’un coup d’œil, nos regards se croisent, elle s’empresse de claquer son volet. Là, un chat qui remonte la rue, comme chargé d’une mission importante le rendant impassible à ma présence sur son passage. Je me sens invisible et le suis d’ailleurs peut-être. C’est en tout cas ce que je me dis.

Puis, un cri perçant se dégage du silence devenu pesant de la ruelle d’où je me trouve alors. L’étage en dessous duquel je me trouve désormais semble soudainement agité. Un bébé pleure, une femme, le ventre apparemment rond, sort la tête hors de la fenêtre, hébétée ; regarde à gauche, à droite puis me fixe avec insistance. « Tù ! Qué haces aqui ? » Je mets un temps à comprendre. Ce que je fais ici ? J’ai rendez-vous avec un passé qui ne passe pas, songé-je sans dire mot. Un haussement d’épaules trahit mon étonnement. La femme n’est de toute façon plus là.

La rue sort progressivement de la nuit, une petite silhouette surgit dans mon dos me bouscule presque, à défaut de me faire sursauter : « ne reste pas là ! » dans un murmure agacé. Sans percevoir le visage de l’homme en question, chapeau fixé sur un melon apparemment bien dégarni, je me dis qu’il s’agit sans doute d’un médecin, vu l’espèce de sac qu’il balance le long de son corps. Avant de le voir s’engouffrer dans l’immeuble, je pressens qu’un drame est en train de se nouer. Les premiers passants arrivent, s’amassent, s’arrêtent devant l’immeuble et y vont de leur commentaire « mais si, l’épicier qui a fait faillite en décembre… », « meskine ! 30 ans, c’est vraiment jeune pour rendre l’âme, allah y rahmo… » : je réalise avec effroi ce qui est en train de se passer. Paul Fourcade est mort.

Laissant une jeune femme derrière lui, enceinte de mon arrière-grand-père de surcroît, ainsi qu’une petite fille d’à peine un an, Paul vient de quitter ce monde. Jour de la Sainte Paule, féminin de son prénom. Jour de la fête de son aînée, âgée d’à peine un an, et de l’une de ses descendantes directes… ma mère ! Je sais que, plus tard, le secret des circonstances de sa disparition rendra notre lignée victime d’une hantise. C’est fou ce que le manque de mots peut générer sur des décennies entières. Comme preuve de cette présence, son propre fils s’appellera Paul, son petit-fils aussi, son arrière-petite-fille également et moi, qui porte le prénom en deuxième position.

Je tente néanmoins de démêler le vrai du faux dans les ragots se formant déjà jusqu’à l’autre bout de la ville. « Chkoune celui qui s’est suicidé ? » « Moi je le connaissais, il disait toujours mieux vaut la mort que le déshonneur » : les deux individus ne s’écoutent même pas mais monologuent sur une mort qu’ils viennent tout juste d’apprendre. Quel suicide ? Je sais que dans quelques jours, La Tafna et Le Courrier de Tlemcen, journaux locaux, parleront de longue et cruelle maladie… Quelle maladie fait partir arrache un homme aux siens à un âge si peu avancé ? Un cancer, une tuberculose ? Une dépression, une maladie de la tête ?

… En parlant de tête, la mienne me lance sérieusement, les gens tournoient autour de moi comme des ombres dansant autour d’un feu crépitant. Dans un éclair, je sombre et prie pour un jour connaître le fin mot de l’histoire. Paul. Nous portons le même prénom. C’est souvent lorsqu’on s’obstine à se rapprocher de la vérité que le doute et l’absence de réponses nous en éloignent. Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec un fantôme.

Seule trace tangible de mon ancêtre, sa signature…

Une des rues que j’aurais pu traverser ce 26 janvier 1906…

Avec cet article, je souhaite inaugurer une nouvelle rubrique de mon blog, consacrée à la psychogénéalogie ou plutôt à l’analyse transgénérationnelle. Je préfère désormais ce terme au premier, trop galvaudé à mon sens et derrière lequel on a tendance à mettre tout et n’importe quoi. L’analyse transgénérationnelle donc, est le fait d’étudier dans notre généalogie d’éventuels traumatismes ancestraux qui se seraient transmis de génération en génération, sous une forme ou sous une autre. De même que nous héritons d’un patrimoine génétique, nous héritons d’un patrimoine émotionnel dans lequel se trouverait la somme des mémoires et des vécus de nos ancêtres. Il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit puisque c’est désormais prouvé scientifiquement : nous transmettons, en plus de nos gènes, des émotions aux générations qui nous suivent.

Voici désormais des années que je me documente, que je lis pléthore de travaux ou supposés comme tels – certains sont en effet très décevants – et que je travaille personnellement sur ma propre ascendance. Vous l’aurez compris, si je cherche, c’est que j’estime que la découverte de secrets de famille ou présentés comme tels par la mémoire familiale – “il se serait suicidé”, “il aurait été malade”, “elle aurait été abandonnée”… – pèse potentiellement sur les générations qui ont suivi, sur mes proches, et, ainsi, sur moi et ce que je vis. J’ai déjà mis en évidence un certain nombre d’occurences flagrantes – des dates, des répétitions de prénoms, des ruptures similaires – dans des lignées particulières, en précisant toutefois qu’aucun travail de ce type n’a été mené dans ma famille. En l’occurence, ce que j’ai mis en évidence était niché dans l’inconscient de certains membres de ma famille et cela a fait sens quand j’en ai parlé, comme des pièces d’un puzzle qui se reconstitue au fur et à mesure. Il faut dire aussi que certaines lignées “problématiques” sont issues de l’Algérie coloniale : je vous laisse imaginer le contexte de la société coloniale, la rupture avec la famille restée en métropole, la violence du système qu’ils entretenaient par ailleurs, pour certains, à alimenter, les histoires familiales classiques, le brassage des populations, des cultures, des religions – fait pas si anodin que cela, un certain nombre de mariages de mes ancêtres a concerné des catholiques et des protestants -,dans une IIIe République qui voyait tout cela d’un très mauvais oeil. Bref, ajoutez à cela la rupture sèche et inéluctable de l’indépendance, la guerre, les morts, le rapatriement – pour la plupart de mes proches, il s’est agi d’une première fois sur le sol métropolitain – et vous vous retrouvez avec un contexte familial pour le moins complexe, rempli de nuances, de continuités, de ruptures, d’échecs, de renoncements, de déclassement et évidemment… de non-dits !

Tout ça pour dire quoi ? Chaque famille a son lot de malheurs, de souffrances, d’histoires en tout genre, et pourtant dans chaque famille ne se cache pas, au coin d’une lignée, un fantôme qui rôde et qui hante la descendance. J’en conviens. Pour quelles raisons ? À partir du moment où il y a verbalisation, c’est-à-dire des mots qui sont posés sur tel ou tel aspect de l’histoire familiale, aussi dramatique qu’il soit ou qu’il ait été, il n’y aura aucune incidence sur les générations qui suivent. Je n’invente rien et certains diront même qu’il s’agit là d’enfoncer des portes ouvertes. Tout le travail de la psychanalyse est bien de mettre des mots sur des aspects problématiques des inconscients individuel et familial et par là même, souvent douloureux. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’un ancêtre s’étant pendu à quelques semaines de la naissance de son fils pèsera sur la vie de ce dernier, d’autant plus si le suicide est tu par une mère honteuse ou terriblement malheureuse, croyant bien faire en n’en touchant mot. Pourtant, trois générations plus tard, ce suicide, complétement relégué à l’inconscient familial, pourra hanter tel ou telle descendant-e, lequel n’a même pas idée que le problème provient directement du drame de son aïeul.

Ainsi, dans cet exemple, la cause originelle du problème n’est pas le suicide – il ne s’agit ni de réparer ni de juger tel ou tel acte ancestral – mais bien le fait qu’aucun mot n’a accompagné le drame familial. Trois, quatre, cinq générations plus tard, le fantôme du suicide plane toujours sur la vie familiale car non-verbalisé. Il ne s’agit donc pas de traquer des fantômes familiaux pour le plaisir, mais bien pour permettre de verbaliser d’éventuels non-dits ancestraux qui empêchent d’aborder l’histoire familiale sereinement d’une part, et de vivre en paix, en tant qu’individu surtout, d’autre part.


À chaque billet, sa référence bibliographique et la citation qui va avec : je vous recommande l’ouvrage de Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, disponible désormais en poche chez La Petite Bibliothèque Payot et paru en 2014.

J’ai déjà présenté la notion de fantôme transgénérationnel comme une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit “expulsée” par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de “patate chaude”, je préfère évoquer l’image d’une “grenade dégoupillée” : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’a ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. Ainsi, le deuil impensable d’un parent qui a perdu son enfant peut être repris par l’un ou l’une de ses descendants et fréquemment, plusieurs générations après. La plupart du temps, le souvenir conscient du trauma ancestral s’est perdu, car la personne traumatisée, entrée dans un vide psychique, dnas un état d’insensibilité, ne peut plus témoigner de la violence émotionnelle de ce qu’elle a subi. L’effet de ce trauma ancestral au sein de la famille est très bien décrit par Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, où elle évoque la mort de son oncle alors qu’il était enfant : “Désormais la mort d’Antonin ne serait plus qu’une onde souterraine, sismique, qui continuerait d’agir sans aucun bruit.”

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19 avril 1817. L’hiver le plus froid du siècle, paraît-il. J’arrive non sans peine à Laval, petit village de l’Isère situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Grenoble. La neige est abondante, le vent impitoyable, le ciel menaçant. Je dois y rejoindre trois membres de ma famille : Jacques Milliex, mon sosa n°78 et deux de ses fils, Joseph et Jean Baptiste. Entre Jacques et moi, 5 générations ont vécu. Rien que ça.

Lui est né en 1767 à Saint-Sorlin-d’Arves, comme ses fils Joseph et Jean Baptiste respectivement en 1800 et 1802. Le premier est actuellement ramoneur dans ce village de Laval. Du haut de ses 17 ans, il a dû déjà comprendre la dureté de la vie, du monde qui l’entoure, des souffrances nécessaires pour simplement vivre, et encore. Le mythe du ramoneur savoyard, acte I, scène I : petit, enfilant aux aurores son bonnet rouge déteint tentant sans succès de ne pas ressentir la douleur articulaire aux mains, aux genoux, au dos, aux pieds… Et son visage, noirci de suie comme s’il s’agissait d’un signe distinctif indélébile. Le mythe du ramoneur savoyard est sans doute bien réel en ce printemps, encore largement empreint de l’ambiance hivernale.

Le père Jacques et son fils cadet Jean Baptiste, âgé d’une quinzaine d’années, sont donc venus lui rendre visite. Simple marque d’affection ? Bien que Saint-Sorlin-d’Arves et Laval soient situés à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau, il reste les massifs à traverser, imaginez-vous deux individus – à dos de mule ? – bravant la neige, s’enfonçant la moitié du corps dans les passages les plus périlleux, les mains endolories qui ne sentent même plus l’appréhension qui pousse à serrer le poing.

Bref, voici le trio au complet, au soir du 19 avril 1817. Les maisons respirent par les cheminées, d’une fumée à peine observable tant la nuit engloutit rapidement les quelques détails que je tente encore de percevoir. L’ambiance y est terne, les quelques visages que je croise fermés : ont-ils seulement remarqué ma présence ? Je me surprends à interpeller l’un d’eux n’obtenant qu’un grommèlement incompréhensible et une accélération du pas.

Là, un petit groupe semble s’agiter : deux gamins, un père soucieux et un individu qui m’a tout l’air de profiter de la misère. Mélange de patois et de français, je crois comprendre que le père tente d’acheter la liberté de son fils ramoneur pour qu’il puisse rentrer au pays l’aider aux menus travaux. C’est certain, il s’agit de Jacques et de ses fils. L’autre ne veut rien savoir, ne prend quasiment pas la peine de répondre, se contente d’un mouvement de tête de droite à gauche, un sourire de façade placardé sur ses lèvres, le genre de sourire qui pousse à la violence.

Jacques n’obtiendra évidemment aucune indulgence. Joseph est ramoneur et son engagement n’est pas arrivé à son terme. Dépité, Jacques prend son fils dans les bras, pudiquement mais énergiquement. J’aimerais aller à leur rencontre mais les circonstances ne s’y prêtent pas du tout. Très mal à l’aise, je décide néanmoins de poursuivre mon aventure, regrettant presque d’être là. Il est des spectacles qu’on aimerait bien ne jamais voir.

20 avril 1817. Le soleil brille de mille feux bien qu’il ne suffise pas à réchauffer cette ambiance gelée. J’ai même du mal à discerner si j’ai dormi, si tout ceci n’est qu’illusion. Je suis tiré d’une sorte de demi-sommeil par une agitation à l’extérieur. Je m’empresse de sortir, et je vois Joseph courir de porte en porte, vainement, sans que je comprenne de quoi il en retourne.

Je sens qu’il se passe quelque chose de grave. L’édile de la ville prend lui-même la peine de venir trouver Joseph, l’écoute, lui tapote l’épaule de façon étrange. Que s’est-il passé ?

Passablement exaspéré par la tournure des événements, Jacques a décidé de repartir dans ses Arves, avant même que le jour ne se lève complétement et ce, en dépit d’un vent apparemment féroce et de températures plus que glaciales, son cadet n’arrivant presque pas à décoller ses paupières pour mettre un pied devant l’autre. Vers 9h, animé d’une sorte de sixième sens, celui que l’on développe quand l’inquiétude envahit notre corps, Joseph ne put se défaire d’un mauvais présentiment. Et pour cause, le vent soufflant en rafales, la neige étant abondante… son père et son frère étant sur le chemin du retour…

Ce n’est seulement qu’en fin de matinée que deux hommes, Bouteuil et Philibert, sont venus alertés le maire. Tous deux propriétaires agricoles de Prabert, un hameau de Laval situé plus en hauteur, ils ont vu périr le père et son jeune fils, décédés « par suite d’une tempête et d’un tourbillon de neige qu’ils ont éprouvé au passage de la Coche en allant dans leur famille »… La tape sur l’épaule était en fait sensée donné du courage à Joseph pour qu’il suive les autorités afin de procéder à la reconnaissance des corps. La vie est parfois tellement cruelle.

Je ne peux me résoudre à assister ne serait-ce qu’une minute de plus à cette succession de scènes, toutes les plus sombres les unes que les autres. La tristesse infinie d’un gamin ramoneur déjà bien éprouvé, la fin tragique d’un père désespéré, l’indifférence d’une population qui ne vit qu’au jour le jour, le visage fermé… Il est des rendez-vous qui vous marquent à tout jamais. Loin d’être agréable, celui-là aura le mérite de rappeler à quel point nous ne sommes pas grand-chose, nous qui croyons aujourd’hui maîtriser tout ou presque. Humilité amène à Sagesse.

Deux ramoneurs dans Paris, sans doute à la fin ou au début du XXe siècle. La pose théâtrale ne reflète évidemment pas la réalité de leur quotidien. Celui de gauche interpelle habitants pour trouver du travail, celui de droite croque fièrement un morceau de pain durement gagné.

Il y a presque 200 ans jour pour jour, périssaient mon ancêtre et l’un de ses fils, loin du décor somptueux que l’on voit ici.