Pour cette nouvelle édition du Challenge AZ, j’ai décidé de le mener intégralement sur Twitter avec des threads. Le fil rouge de cette année ? L’analyse transgénérationnelle, ou psychogénéalogie. Bibliographie, concepts généraux, cas pratiques… J’ai voulu, avec cette modeste contribution, faire lumière sur une approche très intéressante de la psychologie, par le prisme des inconscients individuel et familial. Bonne lecture !

Challenge AZ 2017 – #Psychogénéalogie

« Sisyphe » Représentation de Sisyphe, condamné à faire rouler un rocher eternellement jusqu’en haut d’une montagne du Tartare. Peinture de Tiziano Vecellio dit Titien (1490-1576) 1548-1549 Madrid. Museo del Prado. ©Aisa/Leemage

1936, impasse Pontcharra, Saint-Jean-de-Maurienne. Théophile Chaix est le chef  d’un ménage composé de sa femme, Césarie, de ses filles Lucienne et Renée, de son fils Paul, le petit dernier, né en février 1935, et d’un domestique, Albert Dompnier. Le recensement ne laisse évidemment pas présager qu’à cette date, deux enfants manquent à l’appel, Albert et Alice, nés et morts respectivement en 1925 et 1931 et déjà enterrés dans l’ancien cimetière de Saint-Jean, non loin d’où la famille réside.

Théophile est le deuxième d’une fratrie de 11 enfants ; né le 4 mai 1899 à Saint-Sorlin-d’Arves, il est incorporé au 17e régiment d’infanterie le 19 avril 1918, avant d’être réformé temporairement en juin pour « boiterie de la jambe gauche en flexion avec marche sur la pointe des pieds, douleur à la pression de la région fessière ». Hospitalisé en septembre, il est finalement déclaré « inapte à l’infanterie » le 7 février 1919. Le 26 février, il est rappelé à l’activité et affecté au 2e régiment d’artillerie de campagne. Un an plus tard, en avril 1920, il passe au 2e régiment d’artillerie de campagne d’Afrique. En novembre, il envoie ses « souvenirs du Maroc » à travers plusieurs cartes postales de Méknès et ses alentours, sous protectorat français depuis le traité de Fès de 1912 :

Au Maroc rien de sensationnel, je tiens toujours bon, ainsi que l’ami Brunet, les positions de Méknès. Lui pense partir dans une dizaine de jours mais pour la France alors. Notre Batterie est rentrée aujourd’hui du Bled. Je vois que ce soir je vais avoir un boulot fou. J’en ai déjà 28 maintenant ; puis encore une vingtaine qui viendront peut-être manger ça va faire du 50 : ça commence à cimpter ; surtout que le chef de popote ne s’en occupe pas du tout. Il me dit de faire comme je veux. Et d’acheter ce que je veux. En douce, je ne m’en fais pas. Le petit bisnais [business ?] marche toujours bien. Je termine pour cette fois. En attendant le doux plaisir de vous relire ou encore mieux de vous revoir, recevez, mes chers parents, mes meilleurs amitiés. Votre fils qui vous aime. »

Carte postale envoyée du Maroc par Théophile à ses parents. La signature sur le recto est celle d’un petit garçon, mon grand-père, Maurice, qui semble avoir tenu à indiquer qu’il était là ! Archives familiales, tous droits réservés.

Renvoyé dans ses foyers en avril 1921, il se marie en février 1922 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Césarie Balmain, qui habite Saint-Jean-de-Maurienne, justement à l’impasse Pontcharra, avec sa mère et une partie de ses frères et soeurs. Théophile et Césarie ont un lien de parenté : ils sont cousins. La grand-mère maternelle de Césarie n’est autre que la tante paternelle de Théophile. En 1923, naît leur première fille, Lucienne ; lors du recensement de 1926, la famille habite déjà l’impasse Pontcharra, devenue aujourd’hui la rue du Dr Mottard ; Célestine, une des soeurs de Théophile habite d’ailleurs avec eux. Lors de celui de 1931, la famille s’est agrandie, avec l’arrivée de Renée ; Charles, le père de Théo, comme chaque année, est venu l’aider au moment de la période des foins, c’est sans doute pour cela qu’il apparaît dans la composition du foyer.

Charles Chaix, au début des années 1930, à Saint-Jean-de-Maurienne, chez Théophile. Archives familiales, tous droits réservés.

En 1943, alors âgée de 20 ans seulement, la fille aînée du couple, Lucienne, meurt tragiquement, semble-t-il après une terrible maladie, selon la mémoire familiale.

« Souvenir des fêtes des Etats Généraux et costumes savoyards », sûrement au milieu des années 1930, Lucienne Chaix se trouve à gauche. Archives familiales, tous droits réservés.

En juillet 1955, Renée se marie à Saint-Jean-de-Maurienne avec René Auguste Dianoux. La famille se retrouve régulièrement chez le plus jeune frère de Théophile, Maurice, mon grand-père, dans le quartier de Sous-le-Bourg, toujours à Saint-Jean-de-Maurienne. Pour mon grand-père, Théo a toujours fait figure de deuxième figure paternelle.

Réunion de famille avec Renée Chaix (en blanc, à gauche), chez Maurice et Germaine Chaix, mes grands-parents (derrière Renée) ; Célestine Chaix, mentionnée dans l’article, se tient assise juste au-dessus de ma grand-mère. Théophile et sa femme, Césarie, sont assis, à droite de la photo, qui est datée, elle, du milieu des années 1950. Archives familiales, tous droits réservés.

En septembre 1962, alors qu’il distribue les allocations familiales à vélo dans les rues de Saint-Jean, il est fauché par un véhicule à hauteur du pont de l’Arvan, pas très loin de l’ancien musée Mont-Corbier. Il décède peu après. Ses funérailles ont lieu le 19 septembre, « imposantes », selon la presse locale, et pour cause, il était une figure dans sa ville, à la fois impliqué dans la vie locale, agricole et politique de sa vallée :

Une foule considérable, grosse de plusieurs milliers de personnes, a accompagné à sa dernière demeure, M. Théophile Chaix, président cantonal de la C.G.A. de Saint-Jean-de-Maurienne, vice-président de la Fédération des Exploitants Agricoles, officier du Mérite Agricole, personnalité très connue dans les milieux savoyards.

Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Emile Praz, Florimond Girard, Bellet, Marcel Peyrille, Grand, Dardel et Jean-Baptiste Collet, représentant l’Amicale des classes 1919-1920, la municipalité, les organisations agricoles et le parti socialiste.

A la cathédrale, M. le chanoine Gros, curé de Saint-Jean-de-Maurienne, retraça la vie de dévouement du défunt, qui passa de très longues années au service de la cause de l’agriculture.

Au cimetière, littéralement envahi par la foule, plusieurs allocutions furent prononcées. M. Emile Praz, au nom de l’amicale de sa classe, dit un touchant adieu à son camarade disparu.

M. Dardel, président de la Fédération des Exploitants Agricoles, apporta le salut des cultivateurs savoyards à celui qui, tout au long de sa vie, mit au premier rang de ses préoccupations les problèmes qui leur tiennent à coeur et les défendit de toutes ses forces. M. Bellet, au nom du Parti Socialiste, rappela le combat mené tout au long de sa vie par M. Chaix pour améliorer le sort des humbles.

M. Paul Perrier, conseiller général, dit son admiration pour l’homme dévoué et généreux que la Maureinne et la Savoie perdent aujorud’hui. « Sa vie consacrée à un idéal élevé restera un exemple pour nous tous. Nous devrons, dit-il, continuer son oeuvre. »

Enfin, Me Samuel Pasquier, maire de Saint-Jean-de-Maurienne, après avoir rappelé le souvenir de M. Charles Bouttaz, adjoint, décédé il y a un an à peine, évoqua la vie et l’oeuvre de M. Théophile Chaix, qui à son tour disparaît aujourd’hui.

Il décrivit le travailleur acharné, l’homme dévoué et de bon conseil, qui considérait comme un apostolat la tâche qu’il s’était lui-même fixée en tant que représentant des agriculteurs au sein du conseil municipal.

Tous les orateurs laissèrent percer, au long de leurs allocutions, une très vive émotion. Et cette émotion, comme celle de la foule, la présence à la cérémonie de très hautes autorités départementales, l’immense courant de sympathie témoigné à la famille de M. Chaix, montrent à quel point le défunt était un homme estimé et aimé. »

Suit en effet une liste impressionnante de personnalités. Ayant assisté à ses funérailles, mon oncle s’en rappelle encore : « Le cortège était arrivé au cimetière, à pied, que des gens continuaient de sortir de l’église… », c’est dire.

Aujourd’hui, si l’impasse Pontcharra n’existe plus, le cimetière, situé à quelques centaines de mètres à peine, lui, abrite toujours la tombe de mon grand oncle. En la découvrant pour la première fois ce matin, impossible de ne pas imaginer les orateurs se succéder pour évoquer la disparition tragique de cet homme que je ne connais qu’à travers des photos et quelques souvenirs rapportés. A ses côtés, sa femme, morte en 1989, et une partie de ses enfants, dont Renée, disparue en 2012 et que je n’ai pas connu non plus. Une plaque, que je suppose à son intention, indique : « Lorsque tu auras trouvé ton étoile, éclaire la nuit dans laquelle nous sommes plongés désormais ».

Un silence accompagne ma lecture. Puisse cet humble billet éclairer la mémoire de cette famille !

Théo, sa femme et ses enfants, dans leur propriété à Saint-Jean-de-Maurienne. Archives familiales, tous droits réservés.

Faire de la généalogie son métier, acte II : ce que les gens en pensent…

Cinq mois déjà que je suis devenu généalogiste professionnel. Et l’impression que le temps passe tellement vite. J’avais imaginé que l’aventure serait difficile, surtout au début. C’est ce que tout le monde imagine et à juste titre. Se faire un nom, vivre de son métier dans un milieu très imprégné par le bénévolat, ce n’est pas une mince affaire. En réalité, vivre de son métier tout court, c’est compliqué !

Pas d’antinomie entre professionnels et bénévoles

C’est la première chose que je souhaite préciser : être professionnel n’empêche pas d’être bénévole. Je vous le dis puisque c’est mon cas. La généalogie est une passion, ça l’était avant et le restera au-delà des commandes et de mon aventure en auto-entrepreneur. Et ce, malgré ce que les gens en pensent…

Des commandes, oui mais de là à en vivre…

Rome ne s’est pas faite en un jour, paraît-il. J’ai la chance d’avoir des commandes, des gens qui me suivent, qui aiment ce que je fais, ce que j’écris, ce que je prône. Eh non, je n’en vis pas encore. L’inverse tiendrait de l’exploit. Alors je sais que certains voient d’un mauvais oeil le fait de parler en toute transparence de son activité, ça ne fait pas « vendeur » mais en fait, qu’on se le dise, je m’en fous complétement. Avant d’être auto-entrepreneur, j’ai fait des études, ai été salarié, ai sorti des projets musicaux. Et ma démarche n’a jamais dévié et le point commun de toutes mes passion reste l’écriture. Démarche par ailleurs égoïste au fond : je fais ce que j’aime. Et je tente d’en vivre. Alors les fausses admirations et les compliments rayés n’alimentent d’aucune manière ma façon de voir les choses : mon seul mérite est de suivre mes rêves ; le jour où je ne me plais plus à faire ce que je fais, j’arrêterai. Alors, de fait, ce que les gens en pensent…

Les réseaux sociaux

Des outils mon copain, ni plus, ni moins. Je n’ai jamais fait partie d’une communauté ou d’un groupe quelconque et malgré tous mes efforts, ce ne sera pas le cas avec la généalogie non plus. La guerre des égos, à celui ou celle qui pissera le plus loin ou tirera la couverture le plus à soi… Pas pour moi, et je crois que mon travail en témoigne. Je suis en revanche très content de pouvoir intéragir directement avec les gens sur mon travail et sur ma façon de voir le monde et la société. Pour le reste, ça me permet de diffuser et de partager le contenu gratuit que je propose. Du coup, ce que les gens en pensent…

Le contenu gratuit, parlons-en

Avoir un blog, c’est bien. Quand on est à la retraite, qu’on bosse dans un autre secteur, qu’on vit tranquillement et que la généalogie reste un passe-temps, avoir un blog c’est sympa. Pour ma part, l’enjeu est double : partager ma généalogie, mon travail et mes recherches personnelles à travers une section blog et intégrer cette section à une vitrine plus large qui est celle de mon entreprise, de mon activité professionnelle. Toujours avec la même transparence, je ne proposerai jamais un accès payant à ce que je publie sur mon blog. J’ai tenté l’aventure Tipeee, qui n’a pas marché, et demain je tenterai sûrement autre chose. On en revient à ce que je disais plus haut : ce que les gens en pensent…

Comment je vois la suite ?

C’est ouvert ! J’ai beaucoup de projets. La plupart se rattache à la généalogie mais pas que. J’ai 26 ans. Je souhaite développer le pôle généalogie successorale dans un premier temps car j’ai eu quelques sollicitations à ce sujet. La publication de mon livre courant 2017, j’espère ! Reprendre mes études en psychologie aussi est un projet qui mûrit lentement mais sûrement. Reprendre mes études d’histoire aussi et envisager le doctorat. Elever mes enfants, cultiver ma vie de famille. Vivre heureux et surtout en phase avec mes principes et mes valeurs. Les trois-quatre derniers points, je ne vous le cache pas, constituent une véritable priorité et l’essentiel. Vraiment, ce que les gens en pensent…

Je ne lâche rien, advienne que pourra, à bientôt !

Guillaume

 

Ah, la psychogénéalogie, on y revient ! Nous sommes à la fois la somme de nos ancêtres et la somme de nos expériences individuelles. Nous sommes à la fois hétitiers d’une histoire familiale, de gènes, de secrets, de traits de caractère relatifs à nos ancêtres et libres d’être qui nous voulons. Nous sommes à la fois tributaires d’un jeu de transmissions conscientes et inconscientes et maître de notre chemin de vie, de notre destin.

C’est à la croisée de ces routes que je situe la psychogénéalogie. Loin d’être magique, surnaturelle ou extraordinaire, il s’agit d’abord d’analyser son histoire familiale, d’en comprendre les tenants, les aboutissants et ensuite d’identifier et donc de résoudre d’éventuelles problématiques relatives à l’histoire de ses ancêtres, à la lumière ou à l’ombre de ce que nous vivons aujourd’hui en tant qu’individu. Plus précisément, ne vous êtes-vous jamais demandé si votre vécu, votre vie, votre situation professionnelle, affective ou autre, ne trouvaient pas un écho dans votre passé familial ?

Et si tout avait un sens ?

Un sens n’est pas forcément LE sens. Encore une fois, trouver un sens à quelque chose appartient à chacun et diffère d’un individu à l’autre. En ce sens, la psychogénéalogie est difficile à cerner, à baliser et à appliquer systématiquement. Ce n’est d’ailleurs pas le but de son utilisation. Elle n’est qu’un outil de plus dans la boîte des approches thérapeutiques disponibles. Un outil complexe, certes, mais un outil quand même. Pas une fin. La psychogénéalogie vous invite ainsi à déchiffrer les transmissions au fil des générations de votre ascendance et vous incite dans ce sens à réfléchir, à trouver des clés de lecture qui se nichent parfois dans des secrets que la mémoire familiale a pris soin, consciemment ou pas, de taire.

Illustration psychogénéalogie

Des exemples ?

Les exemples sont multiples et infinis. Pour cet article, j’ai envie de parler de mon expérience personnelle. Afin d’écarter d’emblée les soupçons quant à la fiabilité des exemples cités. Ils le sont forcément puisque je les ai vécus et que j’en suis le principal acteur. Je n’en prends ici que deux.

Lorsque j’avais une quinzaine d’années, des ennuis de santé ont amené les médecins à suspecter un problème au niveau de mes poumons. Essoufflements, malaise général, me voilà embarqué pour un scanner qui ne révélera finalement rien de probant. Les symptomes, eux, persistent plusieurs mois durant. Des années plus tard, je découvre un secret de famille aux Archives départementales de la Savoie en apprenant que mon grand-père paternel a été exempté de service militaire pour cause de tuberculose pulmonaire. Aucun de ses enfants ne le savait. En interrogeant la soeur de mon grand-père, j’apprends qu’à un peu près au même âge que moi, mon grand-père contracta une tuberculose pulmonaire, qu’il fut admis au sanatorium de Saint-Hilaire-du-Touvet pour soigner la soigner pendant 7 ou 8 mois. L’équivalent de la durée de mes symptômes. Hasard ?

Mon deuxième prénom : Paul. Ma mère s’appelle Paule, mon grand-père maternel Paul, son père Paul et le père de son père Paul. Une transmission des prénoms presque fortuite car il se trouve que ma mère a tenu que je porte celui-là « simplement » parce que mon père avait tenu à donner le sien à mon frère aîné, également en deuxième prénom. Dès le début de mes recherches généalogiques, j’apprends que le premier Paul (1876-1906) se serait suicidé, d’après la mémoire familiale, après la faillite de son entreprise et en prônant « mieux vaut la mort que le déshonneur ». Or, il l’aurait fait le 26 janvier. Jour de la Sainte-Paule (qui diffère de la saint-Paul, lequel est fêté le 29 juin). Suicide qui intervient quelques mois avant la naissance de mon AGP, Paul, en avril 1906. Ma mère est, elle aussi, née en… avril. Moi qui me suis toujours senti proche de l’Algérie où a vécu ma famille pendant plusieurs générations, il se trouve que ma mère m’a eu exactement au même âge que celui de mon grand-père au moment où il quitte l’Algérie en 1962. Non sans en être complétement bouleversé. Plus encore, mon AGP fut plus ou moins abandonné par sa mère peu après sa naissance et recueilli chez sa grand-mère espagnole. La hantise du sentiment d’abandon est encore, trois générations plus tard, bien présente. Hasard ?

D’autres occurences de dates et de situations fourmillent dans l’exemple de cette lignée mais je ne souhaite pas les expliciter ici car ce n’est ni le lieu, ni l’endroit, ni même le sujet pour le faire.

Ces exemples sont tirés de mon expérience directe mais sont loin d’être les seuls !

Guérir de ses ancêtres ?

Et c’est là où ça devient intéressant. Dès lors que nous prenons connaissance et donc conscience de l’histoire de nos ancêtres, il nous est plus facile de s’en défaire après l’avoir intégré et digéré – s’il le faut. Guérir de ses ancêtres, c’est en fait comprendre les mécanismes de reproduction au fil des générations de notre famille et ensuite être libre de rompre ces mêmes mécanismes. Guérir de ses ancêtres, c’est au fond considérer que le vécu de nos aïeux (ancêtres directs mais aussi collatéraux : il faut être naïf pour dissocier les deux et imaginer sérieusement que le vécu des frères et soeurs de nos ancêtres n’aient eu aucune incidence sur le leur) peut continuer à trouver un écho dans notre vie. Il ne s’agit ni d’une fatalité, ni d’un déterminisme quelconque puisque nous sommes capables et libres de nous en défaire lorsque nous le jugeons nécessaire.

Et la science dans tout ça ?

Qu’ils soient psychologues, philosophes, généticiens, biologistes… les scientifiques sont de plus en plus nombreux à s’y intéresser. Pour celles et ceux que ça intéresse, je vous propose de découvrir cette « conférence de Nathalie Dostatni lors de la Nuit des Sciences et des Lettres (juin 2016). Nathalie Dostatni est chef de l’équipe Plasticité épigénétique et polarité de l’embryon à l’Institut Curie et professeure à l’UPMC » et qui pose la question de ce qu’est l’épigénétique.

À découvrir aussi :

Pour aller plus loin avec votre propre généalogie

Vous pensez que la psychogénéalogie peut vous apporter des réponses sur des situations de blocage que vous vivez actuellement ? Discutons-en ensemble ! Je vous propose en effet de vous aider à identifier dans votre ascendance les potentielles problématiques, soit à partir de votre arbre généalogique déjà plus ou moins renseigné, soit en menant les recherches moi-même. Dans les deux cas, il est important de comprendre que c’est à vous de trouver (ou pas d’ailleurs) un sens. Car le vécu de vos ancêtres résonne singulièrement en vous. En ce sens, il se peut que des situations qui vont me paraître potentiellement porteuses de quelque chose se révéleront être, à vos yeux, complétement anodines. La psychogénéalogie est un outil personnel, propre à chacun, par conséquent difficilement transposable. Sachez-le.

Comment constituer une généalogie sans s’intéresser de près à son patronyme, celui qui nous a été transmis à la naissance, ce nom qui nous relie directement au passé et à une partie de nos ancêtres ? Le mien s’écrit Chaix, se prononce Chèxe, et la mémoire familiale retient que les Chaix de notre famille ont toujours habité Saint-Sorlin-d’Arves, petit village alpin de Maurienne, dans le département de la Savoie. Une généalogie a priori facile à constituer : pas de migration, des archives peu lacunaires et relativement bien conservées… Voyons de plus près ce qu’il en est.

12 générations attestées

Schématiquement voici comment se présente la branche Chaix de mon arbre :

Moi

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Mon père

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Maurice Ernest Edouard Célestin Chaix (1918-2003)

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Charles François Marie Chaix (1868-1935)

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Joseph Théophile Chaix (1820-1898)

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François Chaix (1786-1865)

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Joseph Chaix (1757-après 1813)

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François Chaix (1713-1791)

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Barthélémy Chaix (1672-1743)

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Sorlin Chaix (1642-1706)

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Claude Chaix ( -1665)

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André Chaix ( – )

Une famille implantée à Saint-Sorlin au moins depuis le milieu du XVIIe siècle ?

Ainsi, mon ancêtre le plus lointain, avéré par les archives à ma disposition, s’appelle André Chaix. Il exerce la profession de notaire, tout comme son fils, Claude, qui décède en 1665. Transmis de père en fils, je ne retrouve cependant pas de notaire dans les générations suivantes. Toutefois, il est important de bien comprendre que Saint-Sorlin-d’Arves est une commune pastorale avant tout. Les revenus des familles sont constitués par le travail de la terre et par l’élevage, sans exception. Gabriel Pérouse (1874-1928), archiviste et historien français, a rédigé une Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie dans laquelle il écrit :

C’était aussi une population – et ceci nous intéresse davantage – extrêmement homogène, en ce sens qu’il n’y avait guère de différence entre le plus pauvre et le plus riche des habitants de Saint-Sorlin. La terre est très morcelée ; il y en a pour tous. Les 1455 hectares de la commune soumis au régime de la propriété individuelle sont divisés, au cadastre de 1738, en 5391 parcelles, qui se trouvent réparties entre tous les chefs de famille. […] Il y a juste neuf parcelles, sur les 5931 que nous indiquions, qui appartiennent à des étrangers, paysans des communes limitrophes. Quatre-vingt trois autres forment des dotations de l’église paroissiale et des chapelles que les villageois ont fondées. Tout le reste se trouve aux mains des habitants, tous cultivateurs,  […]. Et ce sont également des cultivateurs ceux qui joignent à la culture et à l’élevage un métier ; c’est d’ailleurs une rareté ; pendant plus d’un siècle en effet que dure notre période [1648-1758], nous ne rencontrons guère que deux tisserands, qui tissent des draps du pays, deux forgerons qui forgent le fer de Maurienne, et cinq notaires qui minutent les contrats sans trop de cérémonies et moyennant de très modiques honoraires ; ils sont restés paysans et leurs enfants le sont après eux. »

Source : PEROUSE, Gabriel, « Histoire d’une population aux XVIIe et XVIIIe siècles – Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie », dans Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, Chambéry, T67, 1930, pp.17-65

Par ailleurs, Gabriel Pérouse cite André Chaix et me permet d’en savoir plus sur mon ancêtre. Son étude constitue à ce titre une source précieuse pour mes recherches généalogiques :

André Chaix, l’un des chefs de famille de 1648, était notaire. Il eut une fille et deux fils, Claude, qui fut aussi notaire, et Jacques, qui fut syndic de la commune. Cette maison dans un village où nous savons qu’il y avait d’ailleurs peu d’inégalité dans les conditions, était donc parmi les plus aisées ; il fallait, pour être notaire, avoir étudié hors de la commune, et pour être prêtre aussi, comme fut l’un des enfants du notaire Claude. »

Source : PEROUSE, Gabriel, Ibid., p.41

Je trouve également la trace d’un André Chaix, notaire, durant la peste de 1588 à Saint-Sorlin-d’Arves. S’agit-il de lui ou du père d’André ? Quoiqu’il en soit, la présence de mes ancêtres Chaix à Saint-Sorlin est attestée finalement au moins jusqu’à la fin du XVIe siècle.

La descendance d’André

Pérouse précise qu’André Chaix a trois enfants, deux garçons et une fille. Vu que mon ancêtre Claude est aussi notaire, j’en déduis que c’est lui l’aîné de la fratrie. Il se marie le 28 janvier 1636 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Jacqueline Fay-Jacquet. De cette union, naissent 7 enfants, dont Sorlin, en 1642. Si l’archiviste précise que l’un des enfants de Claude est prêtre, je n’en trouve pour l’instant aucune trace. Mais je ne vais pas tarder à découvrir des migrations et liens avec le Dauphiné jusque là insoupçonnés.

Des liens et des cousins en Oisans

Sorlin Chaix se marie en 1667 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Charlotte Arnaud. 8 enfants naissent de cette union, dont Barthélémy, mon ancêtre. Première surprise : en mai 1710, Jean Claude Chaix, le dernier de la fratrie né en 1687, se marie à Villard-Reculas, dans l’Oisans (Isère), avec Géline (ou Céline) Roux ; moins d’un mois plus tard, c’est au tour de sa soeur, Agnès Chaix, née en 1675, de se marier à Villard-Reculas avec Jean Revol. Deuxième surprise : le curé de ce même village de Villard-Reculas n’est autre que… Jean Baptiste Chaix, né en 1677 à Saint-Sorlin, frère de mon ancêtre Barthélémy. Troisième surprise : alors que Sorlin Chaix décède en 1706, toujours à Saint-Sorlin, sa femme – Charlotte Arnaud – décède en 1721 et est enterrée à… Villard-Reculas !

Il faut savoir que les mariages à Saint-Sorlin-d’Arves sont marqués par un fort taux d’endogamie : très exceptionnellement, je retrouve des mariages unissant des conjoints ayant des origines autres qu’arvines et paradoxalement, sur cette petite minorité, cela concerne régulièrement des individus venant du Dauphiné. En témoigne un mariage retrouvé dans les registres paroissiaux de la commune en 1720, unissant Bartholomée Chaix (sans lien direct avec les Chaix évoqués précédemment) et Barthélémy Dusser, originaire de Clavans.

Mise en évidence de la proximité entre Saint-Sorlin et le Dauphiné. Villard-Reculas se situe à quelques kilomètres au sud-ouest d’Huez.

Le premier Chaix était-il Dauphinois ?

J’arrive ainsi rapidement à me dire que les Chaix des Arves viennent finalement du Dauphiné et qu’ils sont montés se fixer dans les Arves, et précisément à Saint-Sorlin avant la fin du XVe siècle. Dans son Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Gustave Chaix-d’Est-Ange (1800-1876) – ça ne s’invente pas ! – décrit un des patronymes Chaix de cette manière :

Le nom de Chais, ou Chaix, très répandu dans la Haute-Provence, a été porté dans cette région au moyen âge par une famille noble et distinguée. Guillaume Chaix vivait en Trièves en 1285. […]

Source : CHAIX-D’EST-ANGE, Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, vol.IX, Evreux, 1903-1929, p.210.

La boucle est ainsi bouclée… Le tout premier Chaix recensé l’aurait été dans le Trièves, dans le sud du département de l’Isère, au XIIIe siècle et s’appelle Guillaume : ça non plus, ça ne s’invente pas. Par ailleurs, beaucoup de Chaix sont présents à l’époque médiévale dans le Briançonnais et en particulier vers Gap.

Racine étymologique du patronyme Chaix

L’étymologie même du nom pourrait indiquer que la famille Chaix migre au cours des siècles du sud vers le nord. Sur Généanet, je lis :

Le sens n’est pas très clair : le mot peut désigner une variété de genévrier. Mais il est souvent associé en topographie à des collines, et c’est sans doute le sens de « rocher » qu’il faut privilégier, soit d’après la racine « quer », soit par une métaphore liée à l’occitan « cais » (= mâchoire, dents) »

Source : Généanet

La racine occitane fait écho à la mémoire familiale qui retient cette version de l’origine du nom avec l’idée d’homme aux fortes mâchoires. Par ailleurs, les Chaix à Saint-Sorlin semblent être basés sur le haut de la commune, dans le hameau de Pierre-Aigüe, confortant l’hypothèse de l’origine topographique du nom de famille. Dans les registres paroissiaux, je trouve différentes ortographes : Chais, Chays, Cheys, ou encore Ches, le S s’étant progressivement transformé en X. Comme la mémoire familiale s’attache à le prononcer, j’ignore l’origine de mon patronyme qui viendrait du Chai, qui désigne le lieu où se déroule la vinification. D’autant qu’à Saint-Sorlin, les vignes n’existent pas. Une dernière hypothèse est émise par Robert Gabion, dans son excellent Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie)… :

Dérivés de l’ancien français chas, corps de bâtiment (latin capsa, coffre), correspondant aux toponymes mauriennais anciens Chassum, Cheys, Chaix (celliers, membres de maisons) ; mais « chaix » a pu représenter dans le passé une notation palatalisée de saix (latin saxum), rocher. […] »

Source : GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.223.

Pas de preuve formelle quant à l’origine exacte de mes ancêtres, seules des hypothèses demeurent. Les faits, eux, se contentent de fixer l’origine de mon ascendance patronymique à Saint-Sorlin-d’Arves. À suivre…

Des précisions sur le patronyme

Avant d’être un patronyme, le mot rodier n’est autre qu’un nom de métier qui désigne le charron, celui qui est chargé notamment de fabriquer des roues. En parlant de roue, je trouve trace d’un moulin Rodier au XVIIe siècle près de Meyrueis, au coeur des Cévennes. Un relevé des archives de la ville trouvé sur Internet confirme le nombre important de Rodier qui gravite aux alentours de Meyrueis à cette période.

Localisation de Meyrueis en plein coeur des Cévennes. Source : Google Maps

Localisation de Meyrueis en plein coeur des Cévennes. Source : Google Maps

Des confusions et un jeu de piste

Revenons en 1703 et à la guerre des Camisards. La même cousine de mon arrière grand-mère énonce ensuite :

Entre temps, Pierre a été obligé de fuir devant les dragons du roi. Il fuit vers Castres avec sa femme et ses deux enfants. Mais il est dénoncé et rattrapé et enfermé au château de Ferrières près de Montpellier. Sa femme est transportée dans la tour de Constance à Aigues-Mortes. Pour sauver sa femme et ses enfants, il se fait baptiser dans la religion catholique et obtient la liberté de sa famille contre une somme de 163 livres 1 sol et 3 deniers. Sinon c’était une peine de 27 ans de galère ou de prison. »

Avant toute chose et pour que vous y voyez plus clair, le Pierre dont il est question ici n’est autre que mon Sosa 992, né a priori au début du XVIIIe siècle, et serait donc le fils du Pierre hypothétiquement mort à Fraissinet-de-Fourques en 1703. Un peu plus loin dans son récit, la cousine donne le nom de sa femme, une certaine Louise Fau. Sur ce passage donc, beaucoup de confusions. Grâce à Généanet, j’ai réussi à trouver trace d’un couple Rodier-Fau marié au Désert mais dont nous trouvons trace dans les registres de l’Eglise réformée de Roquecourbe, dans le Tarn, le 19 septembre 1745. Après vérification, le couple semble bien correspondre à celui de mes ancêtres. Roquecourbe se situe à un peu plus de 200 kilomètres au sud-ouest de Fraissinet-de-Fourques et à seulement une dizaine de kilomètres au nord-est de Castres. Première confusion : si fuite il y a eu, Pierre Rodier se marie bien après. Par ailleurs, dans les trois années qui suivent, nous trouvons trace de deux baptêmes dans les registres de l’Eglise réformée de Roquecourbe, Jean Pierre en 1746 et Louis en 1748. Cela confirme le fait que le couple a bien deux enfants.

Mais qu’en est-il du château de Ferrières et de la Tour de Constance ? Déjà, le château de Ferrières se situe à une vingtaine de kilomètres à l’est de Roquecourbe et pas du tout près de Montpellier. La confusion est sans doute liée au fait qu’elle parle juste après de l’hypothétique enfermement de Louise Fau à Aigues-Mortes. Hypothétique en effet car elle n’a en réalité jamais été à Aigues-Mortes, du moins si j’en crois la liste des prisonnières protestantes de la Tout de Constance publiée sur le site du Musée du Désert que vous pouvez visiter à Mialet, dans le Gard. Cela étant, il est fort probable qu’au moment où Pierre est emprisonné, elle soit menacée de déplacement à Aigues-Mortes. Car, oui, Pierre Rodier a bien été à Ferrières et j’en trouve une trace dans l’Histoire du protestantisme dans l’Albigeois et le Lauragais, depuis la révocation de l’Edit de Nantes (1685) jusqu’à nos jours édité rédigée par Camille Rabaud (1827-1921), pasteur et historien français, publiée en 1898 et disponible en ligne via Gallica :

Roquecourbe. – Baptêmes au Désert……………………………………………………………………………… 58

Arrêtés pour baptêmes au Désert…………………………………………………………… 3

Pierre Cumenge et Pierre Rodier ne quittent les cachots de Ferrières qu’en payant 163 liv. et en promettant un second mariage et de nouveaux baptêmes à l’Eglise,

11 novembre 1751. »

Source : RABAUD, Camille, Histoire du protestantisme… op.cit., Fischbacher, Paris, 1898, p.616.

Précisions sur le château de Ferrières

S’il existait apparemment un château médiéval à Ferrières, il aurait été transformé au XVIe siècle par Guillaume Guilhot, seigneur huguenot. Nous sommes en pleines guerres de Religion entre catholiques et protestants et Ferrières devient alors un bastion important pour les Réformés de la région. Ironie du sort, un peu plus d’un siècle plus tard, à la fin du XVIIe siècle et après la révocation de l’Edit de Nantes, Pierre III de Bayard, arrière petit-fils de Guilhot, devient le persécuteur des protestants et Ferrières sert dans un premier temps de garnison pour les troupes royales jusqu’en 1708 où le château devient alors une prison.

Entrée du château de Ferrières. Source : http://patrimoines.midipyrenees.fr/

Entrée du château de Ferrières (Tarn). Source : http://patrimoines.midipyrenees.fr/

Cour du château. Crédit : F@M. Source : http://www.cartesfrance.fr/

Cour du château. Crédit : F@M. Source : http://www.cartesfrance.fr/

S’il n’est pas possible de visiter le château aujourd’hui, le simple fait d’en voir des photographies me glace presque le sang. Sentiment très étrange, que je n’ai, je crois, jamais ressenti au cours de mes recherches généalogiques mais imaginer mon ancêtre passer la voûte du château, l’imaginer désespéré craignant pour sa femme et ses deux enfants me trouble. Certains en souriront peut-être mais je crois pouvoir imaginer le ressenti de mon ancêtre en plein automne 1751. C’est étrange d’ailleurs car il y a quelques semaines, j’ai découvert sur la tombe de mes arrière grands-parents et donc de mon arrière grand-mère Eliane, le message suivant :

Caveau familial, Fayence, Archives familiales, 2016, tous droits réservés.

« On peut être détruit sans être vaincu » Message trouvé sur le caveau familial Rouquayrol-Blanchard, Fayence, Archives familiales, 2016, tous droits réservés.

Mon arrière grand-mère se passionnait pour l’histoire de ses ancêtres Rodier et je suis fier aujourd’hui de pouvoir mener ces recherches, facilitées en grande partie grâce à elle et la correspondance qu’elle a entretenue avec l’une de ses cousines.

Des Pierre et des Pierre

Il convient ici de faire un point sur ma filiation. Je remonte de manière certaine au fils du Pierre que je viens d’évoquer, qui s’appelle aussi Pierre et se marie à une Martin du mas de Solpéran à Saint-André-de-Lancize au début des années 1770. D’après son acte de décès à Cassagnas en 1831, j’estime sa naissance à 1749. Or, si j’en crois la cousine de mon arrière grand-mère, son père n’aurait eu que deux enfants. Et je ne trouve en effet, comme je l’ai dit plus haut, que deux naissances issues du couple Rodier-Fau, dont l’aîné, Jean Pierre, en 1746. Pourquoi Jean Pierre ? Car son parrain n’est autre que Jean Pierre, certainement le même que celui qui est désigné comme étant le père de Pierre à son mariage en 1745. Aurait-on ajouter Jean pour différencier les individus ? Le Jean Pierre né en 1746 est-il bien mon ancêtre ? Je reste prudent bien que tout semble indiquer que oui. Voici donc le schéma d’ascendance des Rodier à ce stade :

Jean Pierre Rodier x ? (l’acte de mariage de son fils en 1745 ne précise pas l’identité de sa mère)

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Pierre Rodier x Louise Fau

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Pierre Rodier x Jeanne Martin

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Pierre Rodier x Thérèse Geneviève Joséphine Fouques

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Pierre Rodier x Jeanne Julie Sirven

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Calixte Vitor Rodier x Julisme Adèle Larguier

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Marie Elisa Rodier

Après la fuite, le retour dans les Cévennes

Il [Pierre de Ferrières] revient en Lozère […] et s’installe pour quelque temps chez sa grand-mère Jeanne Borelly, veuve de Jean Cabanel de Fourques qui lui laisse son domaine et son argent à sa mort, à condition qu’il dédommage ses deux frères (280 livres chacun). Son fils Pierre se marie avec Marie Martin du mas de Solpéran. Ils auront un fils aîné qu’ils nommeront Pierre. Après la mort de sa femme Louise Fau, il viendra habiter le mas de Solpéran avec son fils Pierre, sa belle-fille Martie Martin et son petit-fils Pierre. Il y mourra d’ailleurs. »

Que de Pierre ! Deux remarques préliminaires : la femme de Pierre, d’après son acte de décès à Cassagnas en 1827, s’appelle Jeanne Sirven et non Marie. Pour identifier les mas cités dans le travail de la cousine de mon arrière grand-mère, je me suis servi du Dictionnaire géographique de la Lozère publié en 1852 et réédité de nombreuses fois, par un certain Jean Bouret. Il est disponible en ligne. Il existe deux mas de Solpéran dans des communes très proches, limitrophes mêmes, à savoir Saint-André-de-Lancize et Saint-Germain-de-Calberte. Je penche plutôt pour Saint-André-de-Lancize dans la mesure où Pierre, le petit fils de Pierre et Jeanne Martin, naît aux Ayres à Saint-André-de-Lancize, ce qui tend à montrer que la famille réside là-bas, avant de migrer dans la commune de Cassagnas.

Revenons à l’histoire de Pierre de Ferrières. La cousine explique qu’après l’épisode tragique du Tarn, Pierre s’installe à Fourques, comprenez Fraissinet-de-Fourques, où réside sa grand-mère Jeanne Borelly. Après des recherches dans les registres paroissiaux de cette commune, je trouve en effet, le 27 juin 1758, la sépulture de Jeanne Borelly, veuve de Jean Cabanel (1). L’occurence des noms et le fait que son décès intervient après 1751 et donc l’épisode du Tarn m’amènent à conclure qu’il s’agit bien de mon ancêtre. Toutefois, aucune trace ensuite d’un éventuel décès concernant Louise Fau, avec qui Pierre semble résider à Fraissinet. Dans l’étude des registres paroissiaux cependant, je croise beaucoup de Rodier avec des prénoms familiers : Antoine, Louis, Jean, quelques Pierre aussi. Malheureusement, à ce stade des recherches, je n’ai pas encore les moyens de les relier directement à mon ascendance. Et la malchance s’en mêle puisque les registres paroissiaux de la commune de Saint-André-de-Lancize ne sont disponibles qu’à partir de 1793. Comme Pierre de Ferrières semble mourir au mas de Solpéran, retrouver sa sépulture risque d’être délicat.

(1) S’il s’agit, comme je le pense, de ses grands-parents maternels, cela voudrait dire que la mère de Pierre, femme de Jean Pierre du coup, est une Cabanel. Quoiqu’il en soit, Jeanne Borelly (née vers 1698-1758) est mon Sosa 3 971.

Suite au prochain billet.


En introduction du livret remis à mon arrière grand-mère, nous pouvons lire ces quelques mots apparemment prononcés par Yehudin Menuhin, violoniste et chef d’orchestre américain de renom :

Ces liens entre passé et présent et aussi avenir ont une importance considérable. Ils font un tout de l’aventure humaine, lui donnant un sens, et nous ne pouvons les trancher qu’avec risques et périls. »

Il me semble que c’est la première fois que j’évoque publiquement l’histoire de cette partie de ma famille. Une histoire certainement douloureuse puisqu’elle concerne des branches protestantes en partie persécutées au fil des siècles. Mais commençons par le commencement.

Comme toute mon ascendance maternelle, le dénominateur commun reste l’Algérie coloniale. Le premier Rodier qui apparaît est en fait une femme, Marie Elisa, qui n’est autre que la mère de mon arrière grand-mère. Dernière d’une fratrie de six enfants, elle naît à Alès (Gard) le 22 avril 1869. Ses parents, tous deux issus de familles protestantes, s’y sont par ailleurs mariés en septembre 1851. La mémoire familiale attache une importance particulière à la figure du père d’Elisa, Calixte Victor Rodier, présenté comme homme de convictions et comme étant un individu ayant réussi son ascension sociale grâce à l’école républicaine.

L’épisode algérien

Il naît le 30 août 1827 à Cassagnas, petit village de Lozère. Après le décès de sa mère en 1836, il rejoint son oncle au château du Soulier – aujourd’hui du Solier – à Saint-Hilaire-de-Lavit où il l’aide l’été aux travaux de la campagne et va en classe le reste de l’année. Remarqué par son instituteur, ce derneir persuade son père de le faire poursuivre ses études. C’est ainsi que Calixte se retrouve à l’école des Mines d’Alès. Une recherche rapide dans l’annuaire des anciens élèves de l’école m’apprend que Calixte a fait partie de la promotion de 1849. Il avait donc 22 ans.

Source : http://www.mines-ales.org/gene/main.php?base=360

Calixte à l’école des Mines d’Alès en 1849. Source : http://www.mines-ales.org/gene/main.php?base=360

Après être sorti maître-mineur – l’équivalent d’ingénieur aujourd’hui, et s’être marié avec Julisme Adèle Larguier dont le père est entrepreneur de maçonnerie, il s’installe un temps à La Grand’Combe, à une petite quinzaine de kilomètres au nord d’Alès. Dans cette petite commune naît leur première fille, Valérie Julisme, en 1854. Mais de par son métier, Calixte, suivi par sa femme dont la mémoire familiale retient qu’ils étaient très amoureux, est amené à beaucoup se déplacer. On l’envoie prospecter dans les environs d’Alès mais aussi en Espagne – où naît en 1858 le troisième enfant du couple, en Italie, en Sardaigne, en Algérie, peut-être même en Amérique. Ces informations, transmises par sa petite-fille, une cousine de mon arrière grand-mère, semblent fiables. Cette cousine, justement, parle de Calixte en ces termes :

C’est une très belle figure. Il était ouvert à toutes les idées nouvelles. Il essayait de combattre l’injustice et d’amiélorer la condition ouvrière et surtout chez les mineurs dont il trouvait la vie bien misérable. Il se déplaçait souvent vers Paris pour soutenir ses idées et les faire aboutir. Mais toutes ces demandes et ces discours, c’était plus que ne pouvait le supporter Napoléon III. Aussi fut-il déplacé en Algérie. Mais comme il avait pas mal de relations, des amis Anglais lui donnèrent la direction des mines du Djebel Maci. Il dut abandonner son avoir en terres et en mines à ses frères et soeurs et embarqua sa petite famille pour Relizane. »

Voici donc comment Calixte semble s’être retrouvé en Algérie, pour des raisons plus ou moins politiques. En soi, ce n’est pas impossible et nombreux sont ceux qui ont été encouragés voire déportés dans les colonies au début du Second Empire. Toutefois, première interrogation : le fait qu’il aille « soutenir ses idées et les faire aboutir » à Paris. Aucune preuve de ces affirmations dans les archives que j’ai pu consulter. Etait-il franc-maçon, comme beaucoup à l’époque ? Le fait qu’il puisse s’installer en Algérie grâce à des amis Anglais me met quand même la puce à l’oreille. Mais faute de preuve, je ne me risque à aucune conclusion hâtive. Mais alors quand est-ce que la famille s’installe en Algérie ? D’après ce qui vient d’être dit, la migration doit remonter aux années 1850 : la mémoire familiale retient en effet que Julisme revenait en métropole pour accoucher de ses enfants. La naissance d’Elisa à Alès en 1869 ne serait donc pas un indice pertinent quant à la localisation de la famille à cette période. Enfin sur les mines du Djebel Maci, je n’arrive pas à les situer en Oranie. J’ai récemment trouvé un site très intéressant sur les entreprises coloniales françaises et notamment sur l’industrie minière mais il couvre surtout la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

L’origine des Rodier

Revenons à l’origine des Rodier. Dans le même fascicule que je cite plus haut, la cousine de mon arrière grand-mère et, donc, la mémoire familiale, signale une ascendance noble du côté Rodier. Plus exactement, voici ce qui est écrit :

Le premier document, faisant état de la présence des Rodier sur ce coin de terre [en Lozère] saupoudré de neige en hiver et d’or en été, balayé des vents, hurlant avec les loups et chantant avec les ruisseaux, remonte à l’année 1262, sous le roi Louis IX. Le seigneur Guigues de Servières est un damoiseau sous la tutelle de son oncle Raymond de Peyre qui est lui-même vassal du baron de Portes dont la baronnie est l’une des 8 du Gévaudan. C’est donc ce Guigues de Servières en présence de Raymond de Peyre, qui donne et concède à Jean Rodier et aux siens un mas appelé « La Dauzinès » avec ses terres cultes et incultes, ses champs en patures, ses habitations, ses eaux et crues d’eau, etc, etc… Ceci fait le 3 des nones de Novembre 1262. […] En 1300, son fils Jean Rodier achète un pailler, ou maison entourée de terres. […] Ce bien que Jean Rodier a acheté […] est une terre noble (en Gévaudan, la posession d’une terre noble pendant 3 générations conférait la noblesse). Cette coutume fut abolie par l’ordonnance de Blois en 1579 (sous Henri III). Plus tard, Louis XIV ordonnera des recherches sur les nobles du Gévaudan et de Lozère. Il en profitera, s’ils sont protestants, pour les punir sévérement et leur confisquer leurs biens. »

En effet, l’ordonnance de Blois ne permet plus l’agrégation de la noblesse par possession de fiefs mais désormais l’anoblissement n’est possible qu’à l’initiative exclusive du roi, par lettres patentes.

À la fin du XVIe siècle, l’édit de Nantes (1598) d’Henri IV prévoit une certaine liberté de culte pour les protestants : la paix semble rétablie. À cette époque, les Rodier sont localisés du côté de Fontanès, en Lozère, à 55 kilomètres au nord-est de Mende. Mais après la mort d’Henri IV, les ennuis deviennent sérieux pour les protestants et particulièrement dans les Cévennes et sont résumés en quelques mots par la cousine Rodier : « la mort, les galères, l’exil. »

En 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes et le protestantisme devient alors une religion clandestine : on détruit les temples, les écoles, encourage les dénonciations des protestants, lesquels sont condamnés à l’exil et à la clandestinité. On exerce le culte protestant dans ce que l’on appelle le « Désert », c’est-à-dire dans les champs, de manière cachée. Les pasteurs sont itinérants. D’autres protestants n’ont d’autre choix que la conversion ou la mort. Alors pour les familles contraintes de se convertir au catholicisme, on s’emploie à donner des noms aux enfants issus de l’Ancien Testament (Moïse, Suzanne, Elie…) comme pour marquer une ultime fois l’attachement à leur culte.

Puis vient la guerre des Camisards, au début du XVIIIe siècle. Conséquence directe de la révocation de l’édit de Nantes et des persécutions, les paysans protestants des Cévennes se révoltent.

Les protestants sont assassinés par les Dragons du Roi et ceux qui échappent doivent se convertir au catholicisme. Mais ceux qui se convertissent sont assassinés par les Camisards. En 1703, le 21 février, Pierre Rodier et la femme de Jean Rodier [frère de Pierre] sont assassinés par la bande à Rolland. C’est terrible et sans issue. »

Le 21 février 1703, le village catholique de Fraissinet-de-Fourques est effectivement victime d’un massacre mené par un groupe de Camisards avec à sa tête, un certain Rolland, surnom donné à un berger qui s’appelle en réalité Pierre Laporte. Pourtant, dans les registres paroissiaux de la commune, si je trouve bien l’ensevelissement de plus de 40 corps le 22 février 1703 dont « Susanne Lapierre, femme de Jean Rodier », aucune trace de Pierre Rodier, supposé être mon ancêtre en lignée directe.

Suite au prochain billet.


Vous l’aurez compris, l’histoire de cette partie de mon ascendance maternelle est douloureuse, porteuse d’une mémoire marquante et marquée par les persécutions et les secrets de famille. S’y plonger est passionnant car cela permet de lever le voile sur d’éventuelles erreurs dans la transmission de la mémoire familiale et d’apaiser, à l’aide des archives à notre disposition, cette partie de l’histoire familiale. Pas d’histoire victimaire, pas plus qu’une histoire glorifiée. Les faits, juste les faits, autant que faire se peut, reconstituer le plus objectivement ce qui s’est passé. Et comme toujours, je découvre que tout n’est pas noir et que tout n’est pas blanc.

Château du Soulier, commune de Saint-Hilaire-de-Lavit. Crédits photo : Josette Clier. C'est aux alentours de ce château, dont parlait souvent mon arrière grand-mère, que Calixte a passé une partie de son enfance chez son oncle.

Château du Soulier, commune de Saint-Hilaire-de-Lavit. Crédits photo : Josette Clier.
C’est aux alentours de ce château, dont parlait souvent mon arrière grand-mère, que Calixte a passé une partie de son enfance chez son oncle. D’autres photos ici.

 

Voici quelques temps que je réfléchis à écrire un petit billet sur mes ancêtres lyonnais. Sans vraiment savoir par quelle branche commencer. Lorsque j’ai commencé ma généalogie maternelle, la seule information que j’avais à disposition est que nous venions d’Algérie. De l’Algérie coloniale. Très vite, j’ai défriché les diverses branches de mon ascendance, trouvant des racines espagnoles, suisses, allemandes… et bien entendu françaises. Parmi lesquelles donc, des racines issues de Lyon et sa région. À l’époque, ça m’avait interpellé car j’habitais justement Lyon, qui est devenue comme ma ville de cœur et que j’affectionne particulièrement. Puis, dans la précipitation qui accompagne les premières découvertes, j’avais laissé un peu de côté cette branche, à l’époque les archives en ligne n’étant d’ailleurs pas aussi fournies qu’aujourd’hui.

Récemment, j’ai décidé de m’y replonger et de creuser un peu mes racines et avec succès car j’ai débloqué de nombreuses branches et suis remonté en lignée directe relativement haut, entre le début du XVIIe siècle pour certaines, et même milieu du XVIe pour d’autres. Bien entendu, les recherches sont très loin d’être terminées puisqu’il me reste toutes les lignées collatérales, toutes les sources complémentaires de l’état civil et des registres paroissiaux à explorer. Mais peu importe, ces découvertes récentes m’ont donné envie d’écrire, et c’est bien là l’essentiel.

Un point de départ : l’Algérie

1868. L’histoire commence à Mascara, petite ville oranaise de l’Algérie coloniale où se marient Joseph Claude Poizat, né le 4 mai 1844 à Lyon et Louise Henriette Guillod, une Suissesse native d’Yverdon (aujourd’hui Yverdon-les-Bains), dans le canton de Vaud. Joseph Claude est désigné comme étant employé aux Ponts et Chaussées. En effectuant une recherche dans la base des registres matricules militaires de l’Algérie coloniale, je retrouve son recrutement miltaire : j’y apprends qu’il est domicilié à Mascara, qu’il sait lire et écrire, qu’il exerce la profession de jardinier, qu’il appartient au 2e régiment de Zouaves mais aussi, et surtout, qu’il s’est engagé volontairement dans l’armée et qu’il appartient de fait à la classe de 1861. Il s’est donc engagé à 17 ans.

Une migration familiale ?

Natif de Lyon, la question est de savoir quand est-ce que Joseph Claude rejoint l’Algérie. Son acte de mariage nous éclaire quant à sa situation familiale. Son père, Jean Claude Poizat, bijoutier, est décédé à Lyon le 9 mars 1848. Sa mère, Jeanne Antoinette Dubessy est, elle, également décédée mais à Mascara le 27 juin 1852. À cette date, Joseph Claude n’a que 8 ans : est-ce qu’il est déjà avec sa mère en Algérie ? Rien ne nous l’indique mais il est fort probable que oui. Je sais par ailleurs que Joseph a une soeur aînée, Jacqueline Gabrielle, née en 1839 à Lyon mais pour laquelle je n’ai aucune information. Je suppose qu’après le décès de Jean Claude, la mère et ses deux enfants sont partis en Algérie.

Une migration politique ?

Là encore, assez peu d’éléments en ma possession. C’est en faisant le parallèle de toutes les dates que l’idée me vient en tête. Jean Claude est décédé en 1848, année de la révolution et de la proclamation de la Seconde République. Grâce à l’acte de décès de Jeanne Antoinette, je sais que la famille migre entre 1848 et 1852. Or, suite au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, de nombreux opposants politiques au régime impérial sont envoyés dans les colonies et notamment en Algérie. Pour autant, je ne trouve aucune trace ni d’éventuels Poizat, ni d’éventuels Dubessy dans les listes officielles des inculpés de juin 1848 ni dans celles concernant les poursuivis à la suite du coup d’Etat de 1851.

Toutefois, grâce à la numérisation d’une partie de la presse lyonnaise, il m’est possible de savoir que le père de Jeanne Antoinette, Michel Dubessy (1789-1840) appartient au camp des Républicains et contribue, en juin 1833, à la souscription organisée par le journal populaire La Glaneuse, traîné en justice pour des raisons politiques. Cela me laisse présager des opinions familiales Poizat-Dubessy, avec toute la réserve qui est de mise.

La lignée Poizat

Revenons désormais sur la lignée Poizat. Joseph Claude, comme son père Jean Claude (1815-1848) et comme son grand-père Gabriel (1794-après 1847), sont tous trois natifs de Lyon, plus précisément du 2e arrondissement, très commerçant et populaire à l’époque. Jean Claude exerce sa vie durant le métier de bijoutier alors que son père, lui, était ouvrier et fabricant d’étoffes de soie, avant de devenir marchand de vin et revendeur d’eau de vie. Jusqu’en 1847, je retrouve Gabriel Poizat dans les recensements de population de la ville de Lyon, domicilié au 6 de la rue Bourgchanin (aujourd’hui rue Bellecordière). C’est grâce à ces archives que je connais les différentes activités de Gabriel. Grâce à eux également, je sais qu’il ne déclare avoir qu’un enfant : or, Jean Claude avait un frère, né en 1818, Claude François (ça ne s’invente pas !) : tout laisse à penser donc que ce dernier est décédé. Devenu marchand, est-ce pour cette raison que je ne retrouve pas le décès de Gabriel dans les tables décennales de Lyon ? Pour l’heure en tout cas, je n’en sais pas plus.

Avant Lyon

Pour savoir d’où sont originaires les Poizat, il convient de se pencher sur les parents de Gabriel, Jean Etienne Poizat (1758-1814) et Marguerite Champagnon (1754-1838). S’ils se marient en effet à Lyon à la veille de la Révolution, en 1787, Jean Etienne est natif de Chaponost, à l’ouest de la capitale rhodanienne. Il exerce par ailleurs le métier de maître cordonnier. Ses parents, Jacques Poizat et Julienne Berthaud s’y marient en 1741. Jacques, maître tailleur d’habits, y décède d’ailleurs en 1784. Dans les registres paroissiaux mentionnant leur mariage justement, nous apprenons que Jacques est natif de la paroisse de Pollionnay, à quelques kilomètres au nord-ouest de Chaponost. Les parents de Jacques, Etienne Poizat et Florie Berthaud se sont bien mariés à Pollionnay en 1707 mais, fait paradoxal, si je retrouve pas moins de 11 enfants du couple, je ne retrouve pas la mention du baptême de Jacques dans les registres paroissiaux de la commune de Pollionnay. Il va falloir que je m’arme de patience et que je reprenne la lecture des registres.

Pollionnay, lieu d’origine des Poizat ?

À Pollionnay, il est possible de consulter les registres paroissiaux à partir de de 1661. Grâce au mariage retrouvé d’Etienne Poizat et de sa femme en 1707, je connais les parents de ce dernier : Benoît Poizat et Etiennette Platet : je retrouve même le mariage de ces derniers à Pollionnay en 1672. Malheureusement, l’acte n’est pas filiatif. Toutefois, je constate qu’il existe plusieurs familles Poizat à Pollionnay toutes dotées d’un sobriquet comme il est d’usage dans beaucoup de communes de France. Les miens s’appellent Poizat dit Marna(z) et je retrouve des Poizat dit La Grange ou encore des Poizat dit Tiuillot (Tuyau?) et même un Poizat dit Milant.

Néanmoins, en épluchant les registres paroissiaux à partir de 1672, je n’arrive pas à mettre la main sur le baptême de leur fils Etienne. Une fois n’est pas coutume ! Ce qui m’interpelle pour le coup, c’est que la première naissance issue du couple, je la trouve en 1676 soit 4 ans après leur mariage. L’acte de baptême mentionne qu’ils habitent « la Rapeaudière » qui se situe bien, sauf erreur de ma part, dans la commune de Pollionnay. Je trouve ensuite une deuxième naissance en 1684, puis une troisième en 1691 : autant vous dire qu’un tel écart entre les naissances est très suspect et il y a fort à parier que la famille soit mobile.

Pour preuve, au hasard des registres, je trouve la mention d’un Pierre Poysat (oui, Poizat s’écrit à l’époque avec un Y) dit Marna(z), maréchal à Grézieu-la-Varenne, petit village qui jouxte Pollionnay au sud-est. Un rapide coup d’oeil aux registres paroissiaux de cette dernière commune m’indique qu’il y a bien des Poysat dit Marna(z) qui habitent la paroisse mais aucune trace de ceux qui m’intéressent. Loin d’être terminées, les recherches liées aux collatéraux de mes ancêtres m’en diront peut-être plus sur l’origine des Poizat. De longues heures de recherche m’attendent encore.

Synthèse de la lignée Poizat

n°58

Joseph Claude POIZAT

(1844-après 1901)

(x 1868)

n°116 Jean-Claude POIZAT

(1815-1848)

(x 1838)

n°232 Gabriel POIZAT

(1794-après 1847)

(x 1814)

n°464 Jean Etienne POIZAT

(1758-1814)

(x 1787)

n°928 Jacques POIZAT

( -1784)

(x 1741)

n°1 856 Etienne POIZAT

(x 1707)

n°3 712 Benoît POIZAT

(x 1672)

Petit complément : l’origine du nom

À défaut de connaître le lieu exact d’origine des Poizat, le patronyme est un toponyme lié au sens de petit puits (du franco-provençal pwè, pòei, puits, du latin puteus). D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.780.

Sites d’archives

Archives départementales du Rhône

Archives municipales de Lyon

Archives nationales d’Outre-Mer – Etat civil colonial de l’Algérie