Lorsque j’ai commencé l’étude de ma généalogie paternelle, je ne pensais pas sortir du périmètre des Arves, en Maurienne, dans le département de la Savoie. Et pourtant, dès le XIXe siècle, je relevais un patronyme que je n’avais alors jamais noté jusqu’ici : Pierraz. C’est avec cette lignée que je veux ainsi démarrer mes histoires en Oisans.

Origine du patronyme

Je veux d’abord m’arrêter un instant sur l’origine du nom Pierraz. En recherchant dans le Gabion (1), je lis, pour Pierre, Piéron, Pierra, Pierraz, Pierron, Pierroz :

Noms de baptême puis patronymes, d’après le latin populaire Petrus (grec petros, rocher, issu de l’araméen), nom du premier des douze apôtres du Christ, mais après le XVIe siècle l’appellatif a pu se confondre quelquefois avec “pierre” (latin petra), dans des patronymes à valeur topographique qui sont des abrègements de De La Pierre. Le nom de baptême Pierre, théoriquement le plus courant jusqu’au XIIe siècle (devant Jean) s’est surtout manifesté sous de très nombreux hypocristiques ou diminutifs (exemple : Perret) ou sous-diminutifs (exemple : Pernet), généralement d’après les formations anciennes Pere (langue d’oïl) et Peyre (occitan). […] Pierra, peut-être matronyme, a disparu en Savoie mais a produit (fin XVIIe siècle) la variante Pierraz, qui s’est éteinte en Savoie au siècle dernier.

Génération 1 : Madeleine Pierraz (1801-1875)

L’histoire commence… ou plutôt devrais-je dire se termine le 13 août 1875 à Saint-Sorlin-d’Arves lorsque la dernière porteuse du patronyme Pierraz de mon ascendance s’éteint, à l’âge de 74 ans. Deuxième d’une fratrie de deux enfants, elle naît à Saint-Sorlin le 28 janvier 1801 et s’y marie le 30 avril 1822, avec Joseph Didier (mon Sosa n°40). Ensemble, ils auront 10 enfants et je vous renvoie à l’article correspondant à l’origine des Didier que j’ai rédigé en octobre 2016 pour en savoir plus de ce côté. Le frère de Madeleine, François, né en 1799, exerce la profession de marchand et se marie en 1824 à Nantua, dans l’Ain. Il n’aura, lui, a priori que deux filles.

Génération 2 : Jean Baptiste Pierraz (1767-1803)

Il est le premier de sa famille à naître dans les Arves, le 25 juillet 1767. Avant lui, Hugues, François, Jeanne… tous nés à Huez respectivement en 1754, 1756 et 1758. Après cette dernière année, j’ai du mal à reconstituer la fratrie : je sais que Jean Baptiste a une autre soeur, Marguerite, qui se marie à Saint-Sorlin, comme Jeanne. Jean Baptiste lui, s’y marie le 26 juin 1797. Grâce à la mise en ligne du tabellion par les Archives Départementales de la Savoie, j’ai réussi à retrouver le mariage passé devant notaire, au hameau du Pré, toujours à Saint-Sorlin.

Du six messidor de l’an cinq de la République française une et indivisible et suivant le vieux stèle (sic) l’an mille sept cent quatre vingt dix sept et le vingt quatre du mois de juin, après midi, environ l’heure de quatre, à la commune de St Sorlin d’Arves, dans mon étude située au village du Pré par devant moi notaire soussigné et en présence des témoins ci-après nommés, se sont établis et constitués en personne Jean Baptiste fils de François Pieraz assisté et autorisé de d[it] père et d’une Marie feu Barthélémy Didier tous neufs natifs et habitants de cette commune lesquels de leur gré, ensuite des promesses de mariage entr’eux verbalement faites, ont promis et promettent par le présent se prendre et s’urnir en mariage […]

Reconnaissance : le d[it] futur époux, assisté comme est dû ci-devant de son d[it] père, les meubles, linges, habillements [énoncés] ci-après, savoir : quatre robes drap du paÿs, deux neuves et deux mi-usées, cinq paires de […] même drap, trois paires neuves et deux paires mi-usées plus deux blanches, un de toile, neuf et un de drap du paÿs mi-usé plus quatre paires de bas, deux paires neufs, et deux paires mi-usés plus un tapis de laine, neuf, plus un tablier de laine, neuf, plus douze chemises, sept neuves et cinq mi-usées, plus six tabliers de toile, quatre neufs et deux mi-usés, plus sept mouchoirs de col d’indienne et de Röen ; plus un chappeau neuf, plus enfin un coffre de bois sapin mi-usé garni de ses ferrures, serrure et clef dans lequel sont renfermés tous les autres menus linges et effets de la d[ite] future épouse […]

Le présent mariage est agréable au d[it] François feu Hugues Pieraz natif de la commune d’Hüez, en Dauphiné, aussi habitant de cette commune, celui-ci de gré pour lui et les siens, étant aussi ici personnellement établi et constitué par devant moi d[it] notaire en la présence des d[its] témoins a fait faire, en faveur du d[it] Jean Baptiste Pieraz son fils futur époux et pour rendre le présent mariage certain et déterminé, la donnation suivante, savoir : le d[it] François Pieraz donne au d[it] futur époux la moitié de tous et chacun (sic) les biens généralement quelconques qu’il délaissera s’en réservant expressément la propriété et les revenus jusqu’à son décès, et ceux sous les charges suivantes, savoir qu’il fournira à la Marguerite Pieraz, sa femme, la motiié d’une habitation convenable et qu’il payera une moitié de tous ses legs tant pieux qu’atres et la moitié de pension, le tout porté par son testament du vingt six septembre mille sept cent quatre vingt six par moi reçu […]

[Enonciation des témoins] Le d[it] François Pieraz dont la famille est composée de sa femme et de quatre enfants, déclare que le revenu annuel de ses biens, vallants tout au plus cinq cent francs et de quarante francs ; et la d[ite] future épouse m’a aussi déclaré que tous ses biens dotaux vallent cent francs, et que son troupeau vaut aussi cent francs. La d[ite] future épouse a fait sa marque sur ma minute, le d[it] futur époux, ses parents et témoins ont signé sur celle avec moi notaire soussigné que le présent contenant trois pages et deux tiers, ai fait lever pour le Bureau du Tabellion de la ville de St Jean de Maurienne et après collation faite, je l’ai signé.

Charles Catherin Didier

C’est dire à quel point un acte notarié est précieux… Informations généalogiques ou simplement description du quotidien de nos ancêtres, il est incontournable à qui étudie une histoire familiale. Jean Baptiste meurt le 11 juin 1803, alors âgé de seulement 35 ans. Son acte de décès reste muet quant à la cause du décès (on la retrouve parfois dans les actes d’état civil de la période post-révolutionnaire). Je rappelle ici que la Savoie est, à cette date, française et intégrée au département du Mont-Blanc.

Génération 3 : François Pierraz (1737-1807)

C’est lui qui migrera, avec sa famille, dans les Arves, situées sur l’autre versant de la montagne (voir carte ci-dessous). Né le 15 août 1737 à Huez, il s’y marie le 9 janvier 1753 avec Marguerite Pierraz (2), une cousine. C’est pour cette raison que le couple obtient une dispense (en raison du “troisième degré de consanguinité) de la part de “Monseigneur l’Évêque et Prince de Grenoble”. François est par ailleurs cultivateur à Huez et n’a donc que 15 ans lorsqu’il se marie. D’après les dates de naissance des enfants du couple, la famille migre dans les Arves entre 1758 et 1767, sans doute car la vie en Dauphiné devenait trop compliquée. François décède à Saint-Sorlin le 3 avril 1807.

Église Saint-Ferréol, Huez, collection personnelle, tous droits réservés. Venez jeter un oeil à mon Instagram !

Génération 4 : Hugues Pierraz (1708- )

Ici, les choses se compliquent sérieusement car les archives d’Huez sont lacunaires dans la première moitié du XVIIIe siècle avec un trou malheureux entre 1710 et 1725. La chance me sourit néanmoins car je mets la main sur son baptême, le 3 avril 1708… qui s’est fait “à la maison à cause du danger” que semblait courir l’enfant. Par chance, il a survécu, ce qui me permet accessoirement de vous écrire aujourd’hui. Si la date de son mariage avec Anne Coulet m’échappe encore, je ne désespère pas de le trouver entre 1726 et 1737 (a minima, éplucher les registres dans cette période me permettra sans doute d’avoir d’autres éléments sur la fratrie de François).

Génération 5 : Philibert Pierraz (marié en 1705)

Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, j’ai identifié le mariage des parents d’Hugues, Philibert et Michelle Giraud, le 15 septembre 1705. Hugues serait ainsi le premier enfant du couple. Aucune information sur la naissance (il est forcément né avant 1687, année où commence la tenue des registres paroissiaux d’Huez) et la mort de Philibert.

Remarque : il signe distinctement en 1708 au moment de la naissance de son fils.

Lors du baptême d’Hugues, en 1708, son père Philibert signe distinctement. Source : AD de l’Isère en ligne.

Génération 6 : Hugues Pierraz

Mise à part l’information selon laquelle il se marie avec Marguerite Coulet à une date inconnue, je n’ai rien de très fameux. Hugues est mon ancêtre à la 11e génération et est enregistré comme étant mon Sosa n°1312. Dans les registres paroissiaux de la fin du XVIIe siècle toutefois, assez peu de Pierraz et beaucoup se rapportent à un marchand prénommé George… Reste à savoir s’il s’agit d’un collatéral ou d’un aïeul.

Voies de communication entre les Arves et le Dauphiné au XVIIIe siècle. À vol d’oiseau, seuls quelques kilomètres séparent Saint-Sorlin-d’Arves d’Huez.

Notes et sources

(1) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.769.

(2) Le patronyme Pierraz s’orthographie Piera dans les registres paroissiaux d’Huez.

AD de la Savoie, de l’Isère

19 avril 1817. L’hiver le plus froid du siècle, paraît-il. J’arrive non sans peine à Laval, petit village de l’Isère situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Grenoble. La neige est abondante, le vent impitoyable, le ciel menaçant. Je dois y rejoindre trois membres de ma famille : Jacques Milliex, mon sosa n°78 et deux de ses fils, Joseph et Jean Baptiste. Entre Jacques et moi, 5 générations ont vécu. Rien que ça.

Lui est né en 1767 à Saint-Sorlin-d’Arves, comme ses fils Joseph et Jean Baptiste respectivement en 1800 et 1802. Le premier est actuellement ramoneur dans ce village de Laval. Du haut de ses 17 ans, il a dû déjà comprendre la dureté de la vie, du monde qui l’entoure, des souffrances nécessaires pour simplement vivre, et encore. Le mythe du ramoneur savoyard, acte I, scène I : petit, enfilant aux aurores son bonnet rouge déteint tentant sans succès de ne pas ressentir la douleur articulaire aux mains, aux genoux, au dos, aux pieds… Et son visage, noirci de suie comme s’il s’agissait d’un signe distinctif indélébile. Le mythe du ramoneur savoyard est sans doute bien réel en ce printemps, encore largement empreint de l’ambiance hivernale.

Le père Jacques et son fils cadet Jean Baptiste, âgé d’une quinzaine d’années, sont donc venus lui rendre visite. Simple marque d’affection ? Bien que Saint-Sorlin-d’Arves et Laval soient situés à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau, il reste les massifs à traverser, imaginez-vous deux individus – à dos de mule ? – bravant la neige, s’enfonçant la moitié du corps dans les passages les plus périlleux, les mains endolories qui ne sentent même plus l’appréhension qui pousse à serrer le poing.

Bref, voici le trio au complet, au soir du 19 avril 1817. Les maisons respirent par les cheminées, d’une fumée à peine observable tant la nuit engloutit rapidement les quelques détails que je tente encore de percevoir. L’ambiance y est terne, les quelques visages que je croise fermés : ont-ils seulement remarqué ma présence ? Je me surprends à interpeller l’un d’eux n’obtenant qu’un grommèlement incompréhensible et une accélération du pas.

Là, un petit groupe semble s’agiter : deux gamins, un père soucieux et un individu qui m’a tout l’air de profiter de la misère. Mélange de patois et de français, je crois comprendre que le père tente d’acheter la liberté de son fils ramoneur pour qu’il puisse rentrer au pays l’aider aux menus travaux. C’est certain, il s’agit de Jacques et de ses fils. L’autre ne veut rien savoir, ne prend quasiment pas la peine de répondre, se contente d’un mouvement de tête de droite à gauche, un sourire de façade placardé sur ses lèvres, le genre de sourire qui pousse à la violence.

Jacques n’obtiendra évidemment aucune indulgence. Joseph est ramoneur et son engagement n’est pas arrivé à son terme. Dépité, Jacques prend son fils dans les bras, pudiquement mais énergiquement. J’aimerais aller à leur rencontre mais les circonstances ne s’y prêtent pas du tout. Très mal à l’aise, je décide néanmoins de poursuivre mon aventure, regrettant presque d’être là. Il est des spectacles qu’on aimerait bien ne jamais voir.

20 avril 1817. Le soleil brille de mille feux bien qu’il ne suffise pas à réchauffer cette ambiance gelée. J’ai même du mal à discerner si j’ai dormi, si tout ceci n’est qu’illusion. Je suis tiré d’une sorte de demi-sommeil par une agitation à l’extérieur. Je m’empresse de sortir, et je vois Joseph courir de porte en porte, vainement, sans que je comprenne de quoi il en retourne.

Je sens qu’il se passe quelque chose de grave. L’édile de la ville prend lui-même la peine de venir trouver Joseph, l’écoute, lui tapote l’épaule de façon étrange. Que s’est-il passé ?

Passablement exaspéré par la tournure des événements, Jacques a décidé de repartir dans ses Arves, avant même que le jour ne se lève complétement et ce, en dépit d’un vent apparemment féroce et de températures plus que glaciales, son cadet n’arrivant presque pas à décoller ses paupières pour mettre un pied devant l’autre. Vers 9h, animé d’une sorte de sixième sens, celui que l’on développe quand l’inquiétude envahit notre corps, Joseph ne put se défaire d’un mauvais présentiment. Et pour cause, le vent soufflant en rafales, la neige étant abondante… son père et son frère étant sur le chemin du retour…

Ce n’est seulement qu’en fin de matinée que deux hommes, Bouteuil et Philibert, sont venus alertés le maire. Tous deux propriétaires agricoles de Prabert, un hameau de Laval situé plus en hauteur, ils ont vu périr le père et son jeune fils, décédés « par suite d’une tempête et d’un tourbillon de neige qu’ils ont éprouvé au passage de la Coche en allant dans leur famille »… La tape sur l’épaule était en fait sensée donné du courage à Joseph pour qu’il suive les autorités afin de procéder à la reconnaissance des corps. La vie est parfois tellement cruelle.

Je ne peux me résoudre à assister ne serait-ce qu’une minute de plus à cette succession de scènes, toutes les plus sombres les unes que les autres. La tristesse infinie d’un gamin ramoneur déjà bien éprouvé, la fin tragique d’un père désespéré, l’indifférence d’une population qui ne vit qu’au jour le jour, le visage fermé… Il est des rendez-vous qui vous marquent à tout jamais. Loin d’être agréable, celui-là aura le mérite de rappeler à quel point nous ne sommes pas grand-chose, nous qui croyons aujourd’hui maîtriser tout ou presque. Humilité amène à Sagesse.

Deux ramoneurs dans Paris, sans doute à la fin ou au début du XXe siècle. La pose théâtrale ne reflète évidemment pas la réalité de leur quotidien. Celui de gauche interpelle habitants pour trouver du travail, celui de droite croque fièrement un morceau de pain durement gagné.

Il y a presque 200 ans jour pour jour, périssaient mon ancêtre et l’un de ses fils, loin du décor somptueux que l’on voit ici.

De retour sur le blog, on s’intéresse aujourd’hui à une branche de mon ascendance paternelle, celle des Didier de Saint-Sorlin-d’Arves. Plus exactement, il s’agit de la branche dont est issue ma grand-mère maternelle, Germaine.

Commençons par son père, Séraphin Alphonse, né le 1897 à Saint-Sorlin-d’Arves. Fils unique – son père a 63 ans lorsqu’il naît ! – il est incorporé au 41e Régiment d’artillerie de campagne le 28 août 1916 après avoir été ajourné une première fois en 1915 pour “faiblesse”. En participant à l’offensive de Champagne en septembre 1918, Alphonse est cité à l’ordre du Régiment n°53 du 26 septembre 1918 : “renvoyé comme coureur à un PC Infanterie, a effectué de nombreux parcours sous un très violent bombardement et a montré à cette occasion un sang froid et un courage remarquables.” En mars 1929, il recevra, comme beaucoup d’autres, la Croix de guerre et la médaille de la Victoire (1) : ont-elles suffi à effacer les traumatismes du champ de bataille ? Assurément, non.

Classe de 1917 à Saint-Sorlin-d'Arves, archives familiales. Debout à droite de la photo, Alphonse affiche un sourire de façade.

Classe de 1917 à Saint-Sorlin-d’Arves, archives familiales. Debout à droite de la photo, Alphonse esquisse un sourire de façade. Notons par ailleurs la présence d’Ernest Chaix, frère de mon grand-père paternel, deuxième assis en partant de la gauche.

 

La généalogie des Didier

Le père d’Alphonse, Vincent Auguste, naît le 30 juin 1834 à Saint-Sorlin-d’Arves. Sixième d’une fratrie de dix enfants, il se marie le 27 juillet 1896 avec Clémentine Philomène Mollard, originaire de Saint-Jean-d’Arves et de 34 ans plus jeune que lui ! Exerçant la profession de commissionnaire, il est amené sa vie durant à parcourir les routes de France, et en particulier celles menant à Crest, dans la Drôme, où il réside un temps. Il faut dire qu’il n’est pas le seul dans sa fratrie à quitter Saint-Sorlin pour vivre : son frère François Emmanuel, né en 1827, est marchand colporteur à Lyon, où il meurt en octobre 1849, âgé de 22 ans seulement.

Lyon occupe une place particulière dans l’histoire des Didier car beaucoup d’entre eux s’y retrouveront un temps au cours de leur vie. À commencer par Joseph Didier, père de Vincent Auguste. Né en 1795 à Saint-Sorlin-d’Arves et quatrième enfant d’une fratrie de huit, il décède le 27 décembre 1850 à Lyon (2). Sur son acte de décès il est précisé qu’il est journalier à Chambéry. Que faisait-il à ce moment dans la capitale rhodanienne ? La question reste posée.

En somme, Vincent Auguste est le seul homme de la fratrie à avoir une descendance. Son frère aîné François Emmanuel, nous l’avons vu, meurt à 22 ans ; Jean François Alphonse, né en 1829, lui aussi marchand colporteur, meurt en 1854 à l’âge de 25 ans ; Charles Joseph Eugène, né en 1831, décède à l’âge de 4 ans et, enfin, Pierre Joseph François Théophile, né en 1840, décède à Saint-Sorlin-d’Arves en 1854.

Joseph Didier se marie le 30 avril 1822 à Saint-Sorlin avec Madeleine Pierraz. Toute sa famille est issue de Saint-Sorlin-d’Arves depuis au moins la fin du XVIIe siècle.

Synthèse généalogique de la branche Didier

Pierre Didier

|

Jean Michel Didier (1722-1801)

|

Pierre Didier (1762-1834)

|

Joseph Didier (1795-1850)

|

Vincent Auguste Didier (1834-1908)

|

Séraphin Alphonse Didier (1897-1974)

|

Germaine Célestine Didier (1925-2006)

|

Mon père

|

Moi

 

De l’origine du patronyme Didier

Didier, Dédier : noms de baptême puis patronymes, popularisés en Savoie par saint Didier, évêque de Langres au IIIe siècle, et surtout par son homonyme évêque de Vienne en Dauphiné et martyr au VIIe siècle (deux paroisses sous son vocable en Maurienne et Chablais) (3)

 

Notes

(1) Source : AD de la Savoie en ligne, 1R 240, vue 530/661

(2) Source : AM de Lyon, 2E 449, vue 317/324

(3) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.403

Comment constituer une généalogie sans s’intéresser de près à son patronyme, celui qui nous a été transmis à la naissance, ce nom qui nous relie directement au passé et à une partie de nos ancêtres ? Le mien s’écrit Chaix, se prononce Chèxe, et la mémoire familiale retient que les Chaix de notre famille ont toujours habité Saint-Sorlin-d’Arves, petit village alpin de Maurienne, dans le département de la Savoie. Une généalogie a priori facile à constituer : pas de migration, des archives peu lacunaires et relativement bien conservées… Voyons de plus près ce qu’il en est.

12 générations attestées

Schématiquement voici comment se présente la branche Chaix de mon arbre :

Moi

|

Mon père

|

Maurice Ernest Edouard Célestin Chaix (1918-2003)

|

Charles François Marie Chaix (1868-1935)

|

Joseph Théophile Chaix (1820-1898)

|

François Chaix (1786-1865)

|

Joseph Chaix (1757-après 1813)

|

François Chaix (1713-1791)

|

Barthélémy Chaix (1672-1743)

|

Sorlin Chaix (1642-1706)

|

Claude Chaix ( -1665)

|

André Chaix ( – )

Une famille implantée à Saint-Sorlin au moins depuis le milieu du XVIIe siècle ?

Ainsi, mon ancêtre le plus lointain, avéré par les archives à ma disposition, s’appelle André Chaix. Il exerce la profession de notaire, tout comme son fils, Claude, qui décède en 1665. Transmis de père en fils, je ne retrouve cependant pas de notaire dans les générations suivantes. Toutefois, il est important de bien comprendre que Saint-Sorlin-d’Arves est une commune pastorale avant tout. Les revenus des familles sont constitués par le travail de la terre et par l’élevage, sans exception. Gabriel Pérouse (1874-1928), archiviste et historien français, a rédigé une Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie dans laquelle il écrit :

C’était aussi une population – et ceci nous intéresse davantage – extrêmement homogène, en ce sens qu’il n’y avait guère de différence entre le plus pauvre et le plus riche des habitants de Saint-Sorlin. La terre est très morcelée ; il y en a pour tous. Les 1455 hectares de la commune soumis au régime de la propriété individuelle sont divisés, au cadastre de 1738, en 5391 parcelles, qui se trouvent réparties entre tous les chefs de famille. […] Il y a juste neuf parcelles, sur les 5931 que nous indiquions, qui appartiennent à des étrangers, paysans des communes limitrophes. Quatre-vingt trois autres forment des dotations de l’église paroissiale et des chapelles que les villageois ont fondées. Tout le reste se trouve aux mains des habitants, tous cultivateurs,  […]. Et ce sont également des cultivateurs ceux qui joignent à la culture et à l’élevage un métier ; c’est d’ailleurs une rareté ; pendant plus d’un siècle en effet que dure notre période [1648-1758], nous ne rencontrons guère que deux tisserands, qui tissent des draps du pays, deux forgerons qui forgent le fer de Maurienne, et cinq notaires qui minutent les contrats sans trop de cérémonies et moyennant de très modiques honoraires ; ils sont restés paysans et leurs enfants le sont après eux. »

Source : PEROUSE, Gabriel, “Histoire d’une population aux XVIIe et XVIIIe siècles – Etude statistique et démographique sur St-Sorlin-d’Arves, commune des hautes vallées alpestres en Savoie”, dans Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie, Chambéry, T67, 1930, pp.17-65

Par ailleurs, Gabriel Pérouse cite André Chaix et me permet d’en savoir plus sur mon ancêtre. Son étude constitue à ce titre une source précieuse pour mes recherches généalogiques :

André Chaix, l’un des chefs de famille de 1648, était notaire. Il eut une fille et deux fils, Claude, qui fut aussi notaire, et Jacques, qui fut syndic de la commune. Cette maison dans un village où nous savons qu’il y avait d’ailleurs peu d’inégalité dans les conditions, était donc parmi les plus aisées ; il fallait, pour être notaire, avoir étudié hors de la commune, et pour être prêtre aussi, comme fut l’un des enfants du notaire Claude. »

Source : PEROUSE, Gabriel, Ibid., p.41

Je trouve également la trace d’un André Chaix, notaire, durant la peste de 1588 à Saint-Sorlin-d’Arves. S’agit-il de lui ou du père d’André ? Quoiqu’il en soit, la présence de mes ancêtres Chaix à Saint-Sorlin est attestée finalement au moins jusqu’à la fin du XVIe siècle.

La descendance d’André

Pérouse précise qu’André Chaix a trois enfants, deux garçons et une fille. Vu que mon ancêtre Claude est aussi notaire, j’en déduis que c’est lui l’aîné de la fratrie. Il se marie le 28 janvier 1636 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Jacqueline Fay-Jacquet. De cette union, naissent 7 enfants, dont Sorlin, en 1642. Si l’archiviste précise que l’un des enfants de Claude est prêtre, je n’en trouve pour l’instant aucune trace. Mais je ne vais pas tarder à découvrir des migrations et liens avec le Dauphiné jusque là insoupçonnés.

Des liens et des cousins en Oisans

Sorlin Chaix se marie en 1667 à Saint-Sorlin-d’Arves avec Charlotte Arnaud. 8 enfants naissent de cette union, dont Barthélémy, mon ancêtre. Première surprise : en mai 1710, Jean Claude Chaix, le dernier de la fratrie né en 1687, se marie à Villard-Reculas, dans l’Oisans (Isère), avec Géline (ou Céline) Roux ; moins d’un mois plus tard, c’est au tour de sa soeur, Agnès Chaix, née en 1675, de se marier à Villard-Reculas avec Jean Revol. Deuxième surprise : le curé de ce même village de Villard-Reculas n’est autre que… Jean Baptiste Chaix, né en 1677 à Saint-Sorlin, frère de mon ancêtre Barthélémy. Troisième surprise : alors que Sorlin Chaix décède en 1706, toujours à Saint-Sorlin, sa femme – Charlotte Arnaud – décède en 1721 et est enterrée à… Villard-Reculas !

Il faut savoir que les mariages à Saint-Sorlin-d’Arves sont marqués par un fort taux d’endogamie : très exceptionnellement, je retrouve des mariages unissant des conjoints ayant des origines autres qu’arvines et paradoxalement, sur cette petite minorité, cela concerne régulièrement des individus venant du Dauphiné. En témoigne un mariage retrouvé dans les registres paroissiaux de la commune en 1720, unissant Bartholomée Chaix (sans lien direct avec les Chaix évoqués précédemment) et Barthélémy Dusser, originaire de Clavans.

Mise en évidence de la proximité entre Saint-Sorlin et le Dauphiné. Villard-Reculas se situe à quelques kilomètres au sud-ouest d’Huez.

Le premier Chaix était-il Dauphinois ?

J’arrive ainsi rapidement à me dire que les Chaix des Arves viennent finalement du Dauphiné et qu’ils sont montés se fixer dans les Arves, et précisément à Saint-Sorlin avant la fin du XVe siècle. Dans son Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Gustave Chaix-d’Est-Ange (1800-1876) – ça ne s’invente pas ! – décrit un des patronymes Chaix de cette manière :

Le nom de Chais, ou Chaix, très répandu dans la Haute-Provence, a été porté dans cette région au moyen âge par une famille noble et distinguée. Guillaume Chaix vivait en Trièves en 1285. […]

Source : CHAIX-D’EST-ANGE, Gustave, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, vol.IX, Evreux, 1903-1929, p.210.

La boucle est ainsi bouclée… Le tout premier Chaix recensé l’aurait été dans le Trièves, dans le sud du département de l’Isère, au XIIIe siècle et s’appelle Guillaume : ça non plus, ça ne s’invente pas. Par ailleurs, beaucoup de Chaix sont présents à l’époque médiévale dans le Briançonnais et en particulier vers Gap.

Racine étymologique du patronyme Chaix

L’étymologie même du nom pourrait indiquer que la famille Chaix migre au cours des siècles du sud vers le nord. Sur Généanet, je lis :

Le sens n’est pas très clair : le mot peut désigner une variété de genévrier. Mais il est souvent associé en topographie à des collines, et c’est sans doute le sens de “rocher” qu’il faut privilégier, soit d’après la racine “quer”, soit par une métaphore liée à l’occitan “cais” (= mâchoire, dents) »

Source : Généanet

La racine occitane fait écho à la mémoire familiale qui retient cette version de l’origine du nom avec l’idée d’homme aux fortes mâchoires. Par ailleurs, les Chaix à Saint-Sorlin semblent être basés sur le haut de la commune, dans le hameau de Pierre-Aigüe, confortant l’hypothèse de l’origine topographique du nom de famille. Dans les registres paroissiaux, je trouve différentes ortographes : Chais, Chays, Cheys, ou encore Ches, le S s’étant progressivement transformé en X. Comme la mémoire familiale s’attache à le prononcer, j’ignore l’origine de mon patronyme qui viendrait du Chai, qui désigne le lieu où se déroule la vinification. D’autant qu’à Saint-Sorlin, les vignes n’existent pas. Une dernière hypothèse est émise par Robert Gabion, dans son excellent Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie)… :

Dérivés de l’ancien français chas, corps de bâtiment (latin capsa, coffre), correspondant aux toponymes mauriennais anciens Chassum, Cheys, Chaix (celliers, membres de maisons) ; mais “chaix” a pu représenter dans le passé une notation palatalisée de saix (latin saxum), rocher. […] »

Source : GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.223.

Pas de preuve formelle quant à l’origine exacte de mes ancêtres, seules des hypothèses demeurent. Les faits, eux, se contentent de fixer l’origine de mon ascendance patronymique à Saint-Sorlin-d’Arves. À suivre…

Trouver un acte de décès, c’est bien, trouver un acte de décès qui mentionne les causes du décès, c’est mieux et même exceptionnel.

Contexte généalogique

Jacques Milliex naît le 25 juin 1767 à Saint-Sorlin-d’Arves, en Maurienne, appartenant à l’époque au duché de Savoie. Dernier de sa fratrie, il se marie le 27 octobre 1789 avec Anne-Marie Milliex. De cette union, naissent sept enfants :

  1. Catherine, décédée moins de deux mois après sa naissance en 1790,
  2. Pierre, né en 1792,
  3. Geneviève, née en 1794,
  4. Françoise, née en 1797,
  5. Joseph, né en 1800,
  6. Jean Baptiste, né en 1802,
  7. …et Catherine, née en 1807 et qui est par ailleurs mon sosa n°39 (la mère d’Etienne et de Joseph Brunet, mes oncles partis en Californie).

Jacques et Anne-Marie Milliex sont donc mes sosas n°78 et 79.

Un acte de décès dans le Dauphiné et de multiples informations

Grâce à une mention, je sais que Jacques décède en 1817 à Laval, petit village d’Isère. Interpellé par le lieu de sa mort, je m’empresse donc d’aller consulter l’acte en question et je lis :

Le onze avril mil huit cent dix-sept, par devant nous Etienne François David, maire et officier de l’Etat civil de la commune de Laval, canton de Domène arrondissement de Grenoble,

Est comparu Joseph Millet, ramoneur, domicilié à Saint-Sorlin-en-Maurienne, duché de Savoie, assisté de Pierre Coche dit Bouteuil & de Philibert Berthet Maguet, tous deux majeurs, propriétaires agricoles habitant à Prabert, hameau de Laval, lesquels nous ont déclaré que ce jourd’hui à neuf heures du matin, sur la montagne appelée le Muret au lieu-dit à Eyguebelle, commune de Laval, Jacques Millet, natif de Saint-Sorlin-en-Maurienne, âgé de cinquante ans environ, fils à feu Pierre, époux de Marie Millet, propriétaire domicilié audit Saint-Sorlin et Jean Baptiste Millet, son fils âgé de treise ans, sont décédés par suite d’une tempête et d’un tourbillon de neige qu’ils ont éprouvé au passage de la Coche en allant dans leur famille. Desquels décès nous avons dressé le présent acte en présence dudit Joseph Millet, fils audit Jacques […]. »

Source : AD de l’Isère, cote : 9NUM1/AC206/10, Laval, décès, coll. communale (1807-1819), vue 131/162.

Première remarque sur l’orthographe du patronyme qui indique que le X de Milliex ne se prononce pas. Ce qui concorde avec l’origine étymologique du nom de famille Milliex, dérivé de Millet et qui serait un diminutif de mil (du latin milium), nom d’une céréale cultivée au Moyen Âge pour la panification et la préparation de bouillies (d’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.683).

L’acte de décès nous apprend en outre que Joseph, qui déclare le décès de son père et de son jeune frère Jean Baptiste, exerce la profession de ramoneur à Laval, en Dauphiné. À vol d’oiseaux, une vingtaine de kilomètres seulement sépare Laval de Saint-Sorlin-d’Arves. Sur Google Maps, un itinéraire à vélo nous est même proposé.

laval-stso

Evidemment, à l’époque, Jacques et son fils Jean Baptiste se rendent à Laval à pied ou éventuellement à dos de mule[t]s. L’itinéraire indiqué ci-dessus ne doit pas tellement différer de celui qu’ils empruntent à l’époque. D’abord le franchissement du Col-de-la-Croix-de-Fer, au-dessus de Saint-Sorlin, le suivi de la rivière d’Eau-d’Olle qui passe par le Rivier-d’Allemond, puis la montée vers le Pas de la Coche (aujourd’hui encore, le Pas de la Coche est fréquenté par les randonneurs) et la descente enfin vers Prabert et la commune de Laval, précisément vers l’endroit où ils décèdent.

Avril 1817, il est aisé d’imaginer le manteau de neige couvrant probablement la plupart des massifs environnants. Le vent se lève, et voici Jacques et Jean Baptiste, rentrant d’une visite à leur fils et frère à Laval, pris dans “tempête” et un “tourbillon” de neige alors même qu’ils tentent de rentrer chez eux à Saint-Sorlin. Joseph, resté à Laval, s’est-il inquiété des conditions météorologiques quelques heures après le départ de son père et de son frère ? Ont-ils seulement retrouvé les corps ?

pasdelacoche

Panneau indiquant le Pas de la Coche. Source