Juillet 1918, côté droit de la rue Géryville, Saïda, petite ville du Sud Oranais, en Algérie française. La chaleur étouffante d’un soleil de plomb assèche qui veut s’aventurer dans les rues devenues désertes en ce début d’après-midi. Ancienne place forte de l’émir Abd El-Kader, aujourd’hui bastion de la Légion étrangère, Saïda est commune de plein exercice depuis 1880. Français, Espagnols, Allemands, Arabes, catholiques, protestants, musulmans, juifs, tous se côtoient, mais personne ne se mélange. Tous se parlent mais très peu échangent. Les ressentiments liés à la colonisation et à son lot d’injustices sont comme une bombe à retardement dont tout le monde nie l’explosivité. Mais ce contexte-là, en cette journée d’été, Gilberte n’en a que faire. Comme à son habitude, elle danse et chante, amusant au passage sa plus jeune sœur Eliane, mon arrière-grand-mère, qui vient de fêter son neuvième anniversaire et qui la suit partout dans la maison, intriguée.

« Je suis enceinte, Eliane ! Je vais avoir un enfant, te rends-tu compte seulement ? » Rien ne semble pouvoir venir perturber le bonheur de Gilberte, en dépit d’un passé pour le moins difficile. Et d’ailleurs, elle se refuse d’y penser. Hors de question de ressasser ce qui appartient désormais au révolu. Et elle aurait de quoi ressasser le révolu tant il fut cruel et sans pitié. Née le 11 avril 1896, Gilberte arrive en deuxième position dans sa fratrie. Avant elle, Justin, né en 1894 ; après, viennent Adèle, née en 1897, et Eliane, en 1909. Âgée de 40 ans lors de la mise au monde de la petite dernière, Elisa, leur mère, ne se remettra jamais vraiment de l’accouchement et s’éteindra quelques années après, en novembre 1913. Un sacré monde s’est alors écroulé sous les pieds de la famille Rouquayrol. Au moment de la mort de sa mère, Justin, l’aîné, est engagé volontaire au 18e escadron du train des équipages militaires depuis août 1912. Gilberte, Adèle et Eliane se retrouvent alors seules avec leur père, les premières reprochant plus ou moins ouvertement à la cadette le décès de leur mère. Le père ? Justin Basile Rouquayrol, retrouvé en Algérie un peu par hasard alors qu’il effectue une carrière dans la police. À Saïda, il a épousé la fille d’un homme riche et influent. Porté sur les jeux d’argent, assez peu présent pour ses filles et sans doute dévasté par la mort brutale de sa femme, laquelle tenait par ailleurs une maison de couture réputée, le père semble déléguer à ses filles aînées ses responsabilités. Gilberte n’y pense jamais, sous peine de ressentir comme des coups de poing au ventre difficilement supportables. Pas plus qu’elle ne veut penser à son frère qui, revenant de son engagement en 1916, a cru qu’il pourrait être un père plus digne que son propre géniteur : « dehors ! » c’est alors ce que s’étaient employées à répéter Gilberte et Adèle. Et c’est d’ailleurs ce qu’il fit : partir.

Justin, Adèle et Gilberte Rouquayrol. Archives familiales, tous droits réservés.

Les deux sœurs s’étaient alors réparti les tâches : Gilberte, plus artiste dans l’âme, se refusait à travailler et s’était engagée à élever sa petite sœur Eliane, alors qu’Adèle, ayant hérité des doigts de fée de sa mère, ramenait de l’argent à la maison. Le 7 avril 1917, alors que les trois sœurs s’embarquent pour un train direction Oran et leur famille maternelle, leur père décède brutalement. Ce genre de mort brutale qu’il convient de ne pas trop creuser. Ce genre de mort brutale qui laisse une marque indélébile à qui ose y réfléchir, donner un sens. « Il n’y a aucun sens à tout cela ». Dès lors, c’est l’état d’esprit qu’avait adopté Gilberte, se refusant à la plainte, ne prenant les épreuves comme une succession de marches à gravir. Pas vraiment par conviction, plutôt par nécessité.

Mais aujourd’hui n’est pas un jour triste, j’en témoigne par ma présence discrète, dissimulée, imperceptible. Gilberte est éperdument amoureuse d’un légionnaire, un Espagnol du nom de Romero. Ce que sa sœur Adèle en pense ? Si seulement vous saviez. Issue d’une famille protestante par leur mère, s’allier avec un catholique n’est forcément pas une bonne idée. Et pourtant.

Du piano ? Alors même que j’observe les scènes quotidiennes avec un grand intérêt et une intense curiosité, des notes contribuent à rendre différent le film ancestral qui se trame devant moi. Je sais que la musique représente « l’art préféré » de cette branche de ma famille, celle de mon aïeule Elisa Rodier, juste avant « la peinture », d’après les dires même de mon arrière-grand-mère. Le problème dans tout ça, c’est que je ne vois personne devant le piano.

Adèle s’affaire pour dresser la table : les sœurs semblent recevoir du monde ce soir. Eliane suit Gilberte dans chaque pièce, laquelle s’est installée devant un miroir pour se maquiller. Du haut de ses neuf années, Eliane l’observe attentivement, les bras enlacés autour d’un des pieds de la chaise sur laquelle est installée Gilberte, promettant de ne pas la déranger. La scène m’arrache facilement une larme. Je mesure à la fois le privilège d’être là, mais quel effroi se dégage de l’histoire familiale passée. Les notes de Chopin résonnent en moi de manière trop forte pour que je conserve mon impassibilité. Les minutes passent, les premiers invités arrivent, ça rigole, ça chante, ça chambre, ça crie ! Et je n’entends que cette musique lancinante qui se répète inlassablement et qui donne à chaque détail de la vie un poids particulier, pas une lourdeur pesante, non, mais une certaine gravité à chaque seconde qui défile : j’en conclus que c’est le prix à payer pour songer à pareil rendez-vous.

Le repas terminé, Gilberte se lève, invite tout le monde à faire de même. La musique a cessé, pour un instant seulement. « Je veux parler à ma mère désormais ! » Le ton est ferme, déterminé et dénué de toute crainte. Mon arrière-grand-mère se tient naturellement à l’écart mais n’est pas sommée de partir. Elle sait de toute façon qu’il ne faut pas déranger. La musique reprend en même temps que les mains se joignent sur ce vieux guéridon magnifique, lequel prend désormais toute la place dans la pièce à vivre. La lumière est naturellement tamisée, agrémentée de quelques bougies qui alimentent le spectacle surnaturel qui doit se jouer devant moi. Je vois les lèvres de Gilberte bouger, sans déchiffrer quels mots sortent de sa bouche. De l’émotion, des regards qui se croisent, éberlués, d’autres qui s’inquiètent de l’engagement de Gilberte dans l’expérience. Puis le relâchement, Gilberte tombant littéralement dans sa chaise, les bras ballants. La musique s’est arrêtée et le silence est de rigueur.

« Si tu es enceinte, tu ne devrais plus jouer avec ça… », lâche une invitée, décontenancée de ce qu’elle vient de vivre. Gilberte sourit, lui conseillant de ne pas s’en faire. Huit mois plus tard, en avril 1919, le ventre rond expulsera un bébé que tout prêtait à une vie heureuse. Que tout prêtait seulement car une sage-femme mal avisée, à cause d’une blessure à l’un de ses doigts, infectera le corps de Gilberte, qui décédera peu de temps après.

J’espère que ce sourire que je n’ai jamais connu et qui reste figée dans mon souvenir imaginaire a rejoint celui de sa mère chérie, qui semblait tant lui manquer.

Mon arrière-grand-mère, Eliane, et sa mère, Elisa Rodier. Archives familiales, tous droits réservés.

#RDVAncestral n°6 – Paul Fourcade (1876-1906)

Seul, dans les rues de Tlemcen, un matin de janvier 1906. Le jour se lève difficilement sur une ville encore largement endormie. Nous sommes le 26 janvier. Le froid me fait frissonner, je tente vainement de souffler de l’air chaud dans le creux de mes mains. Là, une femme m’épie du haut de sa fenêtre. D’un coup d’œil, nos regards se croisent, elle s’empresse de claquer son volet. Là, un chat qui remonte la rue, comme chargé d’une mission importante le rendant impassible à ma présence sur son passage. Je me sens invisible et le suis d’ailleurs peut-être. C’est en tout cas ce que je me dis.

Puis, un cri perçant se dégage du silence devenu pesant de la ruelle d’où je me trouve alors. L’étage en dessous duquel je me trouve désormais semble soudainement agité. Un bébé pleure, une femme, le ventre apparemment rond, sort la tête hors de la fenêtre, hébétée ; regarde à gauche, à droite puis me fixe avec insistance. « Tù ! Qué haces aqui ? » Je mets un temps à comprendre. Ce que je fais ici ? J’ai rendez-vous avec un passé qui ne passe pas, songé-je sans dire mot. Un haussement d’épaules trahit mon étonnement. La femme n’est de toute façon plus là.

La rue sort progressivement de la nuit, une petite silhouette surgit dans mon dos me bouscule presque, à défaut de me faire sursauter : « ne reste pas là ! » dans un murmure agacé. Sans percevoir le visage de l’homme en question, chapeau fixé sur un melon apparemment bien dégarni, je me dis qu’il s’agit sans doute d’un médecin, vu l’espèce de sac qu’il balance le long de son corps. Avant de le voir s’engouffrer dans l’immeuble, je pressens qu’un drame est en train de se nouer. Les premiers passants arrivent, s’amassent, s’arrêtent devant l’immeuble et y vont de leur commentaire « mais si, l’épicier qui a fait faillite en décembre… », « meskine ! 30 ans, c’est vraiment jeune pour rendre l’âme, allah y rahmo… » : je réalise avec effroi ce qui est en train de se passer. Paul Fourcade est mort.

Laissant une jeune femme derrière lui, enceinte de mon arrière-grand-père de surcroît, ainsi qu’une petite fille d’à peine un an, Paul vient de quitter ce monde. Jour de la Sainte Paule, féminin de son prénom. Jour de la fête de son aînée, âgée d’à peine un an, et de l’une de ses descendantes directes… ma mère ! Je sais que, plus tard, le secret des circonstances de sa disparition rendra notre lignée victime d’une hantise. C’est fou ce que le manque de mots peut générer sur des décennies entières. Comme preuve de cette présence, son propre fils s’appellera Paul, son petit-fils aussi, son arrière-petite-fille également et moi, qui porte le prénom en deuxième position.

Je tente néanmoins de démêler le vrai du faux dans les ragots se formant déjà jusqu’à l’autre bout de la ville. « Chkoune celui qui s’est suicidé ? » « Moi je le connaissais, il disait toujours mieux vaut la mort que le déshonneur » : les deux individus ne s’écoutent même pas mais monologuent sur une mort qu’ils viennent tout juste d’apprendre. Quel suicide ? Je sais que dans quelques jours, La Tafna et Le Courrier de Tlemcen, journaux locaux, parleront de longue et cruelle maladie… Quelle maladie fait partir arrache un homme aux siens à un âge si peu avancé ? Un cancer, une tuberculose ? Une dépression, une maladie de la tête ?

… En parlant de tête, la mienne me lance sérieusement, les gens tournoient autour de moi comme des ombres dansant autour d’un feu crépitant. Dans un éclair, je sombre et prie pour un jour connaître le fin mot de l’histoire. Paul. Nous portons le même prénom. C’est souvent lorsqu’on s’obstine à se rapprocher de la vérité que le doute et l’absence de réponses nous en éloignent. Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec un fantôme.

Seule trace tangible de mon ancêtre, sa signature…

Une des rues que j’aurais pu traverser ce 26 janvier 1906…

Dans un précédent billet, j’évoquais l’origine des Poizat, branche de mes ancêtres maternels issue du Lyonnais. Aujourd’hui, il convient de s’intéresser aux Blanchard, patronyme de ma grand-mère maternelle, née en 1931 à Palikao, en Algérie.

L’histoire familiale retient par ailleurs que son grand-père, Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, fut le premier bébé européen à naître dans ce petit village de l’Oranie, dans l’arrondissement de Mascara, qu’on appelle aujourd’hui Tighennif. 

L’épisode algérien

Comme toutes les branches de mon ascendance maternelle, les premières générations avant moi se localisent en Algérie coloniale. D’abord ma grand-mère, puis mon arrière-grand-père, Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992) et enfin son père, que j’évoquais à l’instant. 

Le départ définitif en Algérie se fait a priori au milieu des années 1870. En 1874, une demande de concession de terres à Palikao est faite par Ferdinand Étienne Blanchard, le père de Pierre Prosper Ferdinand. Avec lui, sa femme – Félicie Marie Madeleine Armand – et deux enfants, Marie – 12 ans – et Julie – 6 ans (1). Or, de prime abord, j’ai du mal à croire qu’Étienne puisse avoir une fille de 12 ans puisqu’il s’est marié en 1868. La suite de mes recherches m’aidera finalement à y voir plus clair. 

Les origines hautes-alpines

Tout ce petit monde est originaire des Hautes-Alpes, plus précisément de la vallée de Valgaudemar, située au centre du Massif des Écrins. Le 29 décembre 1868, à Villar-Loubière, Ferdinand Étienne Blanchard et Félicie Marie Madeleine Armand se marient. Lui est né en 1829, elle en 1842. En 1872 (2), le couple vit à Saint-Maurice-en-Valgaudemar avec trois enfants :

  • Marie Julie Justine Blanchard, née en 1869, premier enfant du couple. Elle est présente en 1874 lors du départ en Algérie.
  • Jean Auguste Blanchard, né en 1871 et mort en 1872, âgé de seulement 20 mois.
  • Et… Marie Armand, née en 1863, fille naturelle de Félicie que je retrouve en 1874 lors de la demande de concession.

Première découverte de taille donc, mon ancêtre a eu un enfant naturel avant de se marier avec Étienne Blanchard. En parcourant l’état civil de la commune, j’ai pu reconstituer toute la fratrie :

  1. Marie Philomène Armand, née à Villar-Loubière le 3 août 1863. La naissance est déclarée par le père de Félicie, Noé Armand (1812-1885), lesquels semblent vivre chez Jacques Maussier, grand-père maternel de Félicie. 
  2. Marie Julie Justine, née le 30 septembre 1869 à Saint-Maurice. Je la retrouve ensuite en Algérie où elle se marie avec Guillaume Joseph Barrial et avec lequel elle a une descendance.
  3. Jean Auguste (1871-1872)
  4. Marie Eugénie, née le 30 septembre 1872 à Saint-Maurice. Je m’étonne de ne la retrouver ni en Algérie, ni dans les actes de décès de Saint-Maurice. Je présume cependant qu’elle meurt avant 1874.
  5. Magdeleine Philomène, née le 7 juillet 1874 à Saint-Maurice. Même réflexion que Marie Eugénie.
  6. Pierre Prosper Ferdinand, mon AAGP, né le 4 mai 1876 à Palikao.
  7. Pierre Adolphe, né le 29 juin 1879 à Palikao. Il se marie en Algérie et a une descendance.
  8. Emilie, enfin, née en 1882 à Palikao et que je retrouve dans le recensement de Palikao en 1906 et qui vit avec son père, son frère Pierre Prosper Ferdinand et ses neveux et nièces dont mon AGP Denis. Je ne pense pas qu’elle se soit mariée ni même qu’elle ait eu une descendance.

Les raisons du départ

Étienne Blanchard est cultivateur, issu d’une famille modeste des Hautes-Alpes. Né en 1829, il est le septième d’une fratrie de dix. Pour autant, Étienne est rapidement le seul garçon de la fratrie : son frère aîné, Jean Pierre Blanchard décède en 1840 et le plus jeune, Joseph, meurt à un an en 1835. En 1866, lors du recensement de la population de Saint-Maurice, Etienne vit avec sa soeur Apolonie, de deux ans son aînée. Dans ce contexte, j’imagine un départ lié à une nécessité économique.

À ce stade des recherches, je m’étonne de constater que tous les hommes ayant migré dans mon ascendance, portent en général le prénom d’Étienne : Étienne Fourcade, Étienne Blanchard, Étienne Brunet… 

Au moment de son départ, les parents d’Étienne sont déjà décédés : le père, Jean Jacques Blanchard, le 2 avril 1862 et sa mère, Marie Françoise Gueydan, le 5 mai 1863, tous deux à Saint-Maurice. Dernier de sa fratrie, Jean Jacques est le fils de Jacques et de Catherine Vincent.

Liane Foly, un cousinage inédit

Mais que vient faire Liane Foly dans cet article ? Il se trouve que le grand-père maternel de Jacques Blanchard est aussi l’ancêtre de la chanteuse ! Plus précisément, Bonaventure Dumas (1697-1767), mon sosa n°898 est son sosa n°546. Fait plus intéressant encore, les ancêtres de Liane Foly, originaires de Villar-Loubière comme les miens, vont aussi migrer en Algérie au XIXe siècle. Sans doute se connaissaient-ils tous. 

Synthèse de l’ascendance Blanchard

Matthieu Blanchard

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Jean Blanchard, marié en 1749 à Magdelaine Dumas (1727-1787)

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Jacques Blanchard (1757-1811)

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Jean Jacques Blanchard (1794-1862)

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Ferdinand Étienne Blanchard (1829-après 1901)

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Pierre Prosper Ferdinand Blanchard (1876-après 1931)

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Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992)

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Sabine Blanchard (1931- )

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Ma mère

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Moi

 

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Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, mon AAGP. Archives familiales.

 

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Lorsque je me suis rendu à Saint-Maurice (Hautes-Alpes) sur les traces de mes ancêtres Blanchard, j’ai eu le plaisir de découvrir le tilleul tricentenaire de la commune. En écrivant cet article, j’apprends que l’arbre a cédé en début d’année 2016 à cause du vent !

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Blanchard, un sobriquet péjoratif ?

D’après Robert Gabion, Blanchard pourrait être « un nom d’origine germanique (blank-, brillant, clair + hard, dur, fort), ou peut-être sobriquets péjoratifs du patronyme Blanc. » (3)

J’opterai plus pour la deuxième hypothèse. 

Sources

(1) ANOM, Aix-en-Provence, demande de concession de terres à Palikao d’après le relevé établi par Généalogie Algérie Maroc Tunisie (GAMT)

(2) Archives départementales des Hautes-Alpes en ligne, Listes nominatives, 1872, 6 M 282/11 – Saint-Maurice-en-Valgaudemar.

(3) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.151.

« Quand il n’y en a plus, il y en a encore… » : en généalogie, prononcer ce proverbe revient à dire que l’eau est mouillée tant c’est évident !

Un acte de mariage, et de nouvelles pistes

Grâce à la correspondance que j’entretiens avec Adrien, un cousin de la branche Rodier, j’ai découvert un acte de mariage étonnant à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône. En effet, le 22 Thermidor an III – 9 août 1795, Pierre Rodier se marie à Thérèse Geneviève Joséphine Fouques. Pour rappel, Pierre Rodier est le petit-fils de Pierre de Ferrières. La cousine de mon arrière grand-mère ne mentionne même pas l’union du couple par, je pense, manque de source. L’acte de mariage, malgré une orthographe extraordinairement hasardeuse, nous révèle beaucoup d’informations intéressantes.

Je sais que ce Pierre Rodier décède en 1848 à Cassagnas et que son acte de décès mentionne un âge le faisant naître en 1772. Eh bien, l’acte de mariage nous confirme cela en nous indiquant qu’il naît le 27 novembre 1772. Le lieu de naissance ? « Arpaon » : d’emblée, cela ne me dit rien mais après discussion avec Adrien, qui connaît mieux que moi les Cévennes, la piste de Saint-Julien-d’Arpaon, en Lozère, est avancée. La commune se situe entre Florac et Cassagnas, à même pas 10 kilomètres au nord-ouest de cette dernière. D’après l’acte, son père, Pierre Rodier – travailleur – et sa mère, Jeanne Martin, y résident. Pour autant, aucun indice confirmant leur présence entre 1772 et 1795 n’a été retrouvé dans les registres paroissiaux de la commune de Saint-Julien, les registres protestants n’étant pas disponibles pour cette période.

Environ 200km séparent Saint-Julien-d'Arpaon et Carry-le-Rouet. Source : Google Maps

Environ 200km séparent Saint-Julien-d’Arpaon et Carry-le-Rouet. Source : Google Maps

Mais qu’est venu faire Pierre Rodier dans les Bouches-du-Rhône ? Au moment de son mariage, il est dit que Pierre est « canonnier volontaire du premier bataillon de la Lozère […] en garnison dans la commune de Carry […] » Pour une découverte, c’est une découverte !

Pierre Rodier fait donc partie de ses volontaires nationaux engagés dans l’armée au sortir de la Révolution afin d’en défendre les acquis face à une coalition contre la France et la menace d’une guerre. Malheureusement, je n’ai que peu de chances de retrouver une éventuelle liste de volontaires aux Archives départementales de la Lozère. Comme le souligne l’historien Jean-Paul Bertaud, moderniste spécialisé dans l’histoire militaire de la Révolution et professeur émérite à la Sorbonne :

Le 5 mai 1792, Lacuée [président de l’Assemblée] présentait un rapport sur les volontaires et, bien avant le décret fameux du 23 août 1793 [à cette date, la Convention décide la levée de 300 000 hommes célibataires ou veufs âgés de 18 à 25 ans], il envisageait une « levée en masse » pour une guerre révolutionnaire qui devait avoir pour devise : « la liberté ou la mort ».

[…]

La création de 31 nouveaux bataillons de volontaires fut décidée. 20 d’entre eux seraient levés dans 10 départements qui n’avaient pas encore été admis à fournir un contingent en 1791 : le Cantal, l’Aveyron, le Tarn, le Lot, le Lot-et-Garonne, l’Ardèche, la Lozère, le Gers, la Dordogne et la Haute-Loire. […] Sur cette levée, devaient être pris des hommes qui seraient incorporés dans les bataillons de 1791 que l’on désirait porter de 570 à 800 hommes. Cette décision embarasse le chercheur qui ne retrouve pas ces recrues dans les archives locales, les cherche avec difficulté toujours, déception parfois dans des registres de contrôle incomplets. »

BERTAUD, Jean-Paul. Enquête sur les Volontaires de 1792, dans Annales historiques de la Révolution française, n°272, 1988. p.152. Article en ligne sur Persee.

Ainsi, difficile de savoir de quelle manière s’est engagé Pierre. Le 1er bataillon de Lozère est par ailleurs formé le 8 août 1792.

L’après mariage

Mais que devient alors le couple après le mariage ? En 1796, le premier enfant du couple, Pierre (mon Sosa n°124) naît, selon la mémoire familiale, à Saint-André-de-Lancize, dans le hameau des Ayres. Or, aucune trace de sa naissance dans les registres de la commune en 1796. Je cherche du côté de Carry-le-Rouet, rien non plus. Je me dirige donc vers Martigues, commune d’origine de sa mère… Rien non plus.

Le deuxième enfant ne naît pas moins de 13 ans plus tard, en 1809 et à Alès, dans le Gard. Jusque là, je pensais qu’il s’agissait d’un écart anormal, que d’autres naissances avaient certainement dû se produire mais à la lumière de cette découverte et maintenant que je sais que Pierre est engagé volontaire à cette période, il se peut qu’il ait été absent pendant tout ce temps. Donc deux recherches à mener encore : la première, retrouver la naissance du fils aîné, Pierre et par là même, cela m’aidera peut-être à comprendre pourquoi le deuxième – et le troisième d’ailleurs – enfants du couple naissent à Alès ; me pencher sur le parcours militaire de Pierre entre 1792 et 1808 et que j’essaye d’en reconstituer les grandes lignes.

L’écho à une autre découverte

En 1817, Pierre Rodier, l’aîné du couple Rodier-Fouques, se marie à Saint-André-de-Lancize et une autre découverte que j’avais faite il y a de cela quelques années maintenant me revient en mémoire et résonne comme un écho à la découverte que je viens de faire. En effet, du couple Rodier-Sirven naissent huit enfants, dont le cinquième, Calixte Victor, parti en Algérie dans les années 1850. Or, le premier de la fratrie s’appelle Damacé Pierre et est, lui aussi, parti et… mort en Algérie. Au hasard des registres de la commune de Cassagnas, je trouve en février 1841 la transcription de son décès, que je vous restitue ici :

Du registre des décès du dit hôpital [Hôpital militaire d’Oran] a été extrait ce qui suit : Le sieur Rodier Damacé, fusiller à la 5ème Compagnie du 4ème bataillon du 41ème Régiment de ligne immatriculé sous le n°11360 […] né le 11 décembre 1817 à Saint-André-de-Lancize […] fils de Pierre et de Rozalie [à cette date, la mère de Damacé est décédée depuis 4 ans déjà] Sirvain, est entré au dit hôpital le cinq du mois de novembre de l’an 1840 et y est décédé le douze du mois de novembre 1840 à midi par suite de dysenterie »

Source : AD de la Lozère en ligne, 4E 036/6, naissances, mariages, publications de mariage, décès (1838-1850), vue 80/320.

Le 41e régiment de ligne auquel il appartient s’embarque pour Alger fin septembre 1839. En mai 1840, Damacé a certainement participé à l’expédition et l’occupation de Médéa par les troupes françaises. À cette époque, la conquête de l’Algérie se heurte à la résistance des populations arabes dirigées par l’émir Abd-el-Kader qui créé un Etat à l’ouest du territoire algérien. Damacé meurt finalement en novembre par suite de dysenterie, maladie infectieuse du côlon – quelle ironie du sort ! – qui se caractérise par une diarhée abondante accompagnée de crampes abdominales… bref, je vous en passe les détails.

Calixte a 13 ans lorsque son frère aîné meurt. J’ai du mal à imaginer qu’il ne sait pas, au moment où il s’embarque pour l’Algérie, que l’un de ses frères est mort durant les guerres de conquête.

Les pistes de recherche se multiplient

Comme je l’ai dit précédemment, les pistes de recherche se multiplient, de fait, depuis que que j’ai fait cette découverte. Dans un premier temps, il conviendra de s’intéresser au parcours militaire de Pierre entre 1792 et 1808 – a-t-il participé aux guerres napoléoniennes ? Ensuite, bien entendu, toute l’ascendance de Thérèse Geneviève Fouques reste à rechercher. L’acte de mariage de 1795 précise qu’elle est native de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône. Enfin, je cherche encore le mariage des parents de Pierre, Pierre Rodier et Jeanne Martin, mariés a priori en 1771 ou au début de l’année 1772 vu que l’aîné, s’appelant systématiquement Pierre, est né en novembre de cette dernière année. Je rejoins la mémoire familiale et les dires de la cousine de mon arrière grand-mère : si Jeanne Martin était originaire du mas de Solpéran à Saint-André-de-Lancize, il y a de fortes chances pour que le mariage se soit passé là-bas. Vous l’aurez compris, le mot fin en généalogie n’existe pas et je suis loin d’avoir exploré ne serait-ce que la moitié des fonds d’archives qui pourraient m’éclairer sur ce pan de l’histoire familiale. Affaire à suivre, donc.

Et je remercie encore Adrien pour sa précieuse aide, preuve s’il en faut que la généalogie se conjugue non seulement au présent mais parfois aussi au pluriel…

Il me semble que c’est la première fois que j’évoque publiquement l’histoire de cette partie de ma famille. Une histoire certainement douloureuse puisqu’elle concerne des branches protestantes en partie persécutées au fil des siècles. Mais commençons par le commencement.

Comme toute mon ascendance maternelle, le dénominateur commun reste l’Algérie coloniale. Le premier Rodier qui apparaît est en fait une femme, Marie Elisa, qui n’est autre que la mère de mon arrière grand-mère. Dernière d’une fratrie de six enfants, elle naît à Alès (Gard) le 22 avril 1869. Ses parents, tous deux issus de familles protestantes, s’y sont par ailleurs mariés en septembre 1851. La mémoire familiale attache une importance particulière à la figure du père d’Elisa, Calixte Victor Rodier, présenté comme homme de convictions et comme étant un individu ayant réussi son ascension sociale grâce à l’école républicaine.

L’épisode algérien

Il naît le 30 août 1827 à Cassagnas, petit village de Lozère. Après le décès de sa mère en 1836, il rejoint son oncle au château du Soulier – aujourd’hui du Solier – à Saint-Hilaire-de-Lavit où il l’aide l’été aux travaux de la campagne et va en classe le reste de l’année. Remarqué par son instituteur, ce derneir persuade son père de le faire poursuivre ses études. C’est ainsi que Calixte se retrouve à l’école des Mines d’Alès. Une recherche rapide dans l’annuaire des anciens élèves de l’école m’apprend que Calixte a fait partie de la promotion de 1849. Il avait donc 22 ans.

Source : http://www.mines-ales.org/gene/main.php?base=360

Calixte à l’école des Mines d’Alès en 1849. Source : http://www.mines-ales.org/gene/main.php?base=360

Après être sorti maître-mineur – l’équivalent d’ingénieur aujourd’hui, et s’être marié avec Julisme Adèle Larguier dont le père est entrepreneur de maçonnerie, il s’installe un temps à La Grand’Combe, à une petite quinzaine de kilomètres au nord d’Alès. Dans cette petite commune naît leur première fille, Valérie Julisme, en 1854. Mais de par son métier, Calixte, suivi par sa femme dont la mémoire familiale retient qu’ils étaient très amoureux, est amené à beaucoup se déplacer. On l’envoie prospecter dans les environs d’Alès mais aussi en Espagne – où naît en 1858 le troisième enfant du couple, en Italie, en Sardaigne, en Algérie, peut-être même en Amérique. Ces informations, transmises par sa petite-fille, une cousine de mon arrière grand-mère, semblent fiables. Cette cousine, justement, parle de Calixte en ces termes :

C’est une très belle figure. Il était ouvert à toutes les idées nouvelles. Il essayait de combattre l’injustice et d’amiélorer la condition ouvrière et surtout chez les mineurs dont il trouvait la vie bien misérable. Il se déplaçait souvent vers Paris pour soutenir ses idées et les faire aboutir. Mais toutes ces demandes et ces discours, c’était plus que ne pouvait le supporter Napoléon III. Aussi fut-il déplacé en Algérie. Mais comme il avait pas mal de relations, des amis Anglais lui donnèrent la direction des mines du Djebel Maci. Il dut abandonner son avoir en terres et en mines à ses frères et soeurs et embarqua sa petite famille pour Relizane. »

Voici donc comment Calixte semble s’être retrouvé en Algérie, pour des raisons plus ou moins politiques. En soi, ce n’est pas impossible et nombreux sont ceux qui ont été encouragés voire déportés dans les colonies au début du Second Empire. Toutefois, première interrogation : le fait qu’il aille « soutenir ses idées et les faire aboutir » à Paris. Aucune preuve de ces affirmations dans les archives que j’ai pu consulter. Etait-il franc-maçon, comme beaucoup à l’époque ? Le fait qu’il puisse s’installer en Algérie grâce à des amis Anglais me met quand même la puce à l’oreille. Mais faute de preuve, je ne me risque à aucune conclusion hâtive. Mais alors quand est-ce que la famille s’installe en Algérie ? D’après ce qui vient d’être dit, la migration doit remonter aux années 1850 : la mémoire familiale retient en effet que Julisme revenait en métropole pour accoucher de ses enfants. La naissance d’Elisa à Alès en 1869 ne serait donc pas un indice pertinent quant à la localisation de la famille à cette période. Enfin sur les mines du Djebel Maci, je n’arrive pas à les situer en Oranie. J’ai récemment trouvé un site très intéressant sur les entreprises coloniales françaises et notamment sur l’industrie minière mais il couvre surtout la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

L’origine des Rodier

Revenons à l’origine des Rodier. Dans le même fascicule que je cite plus haut, la cousine de mon arrière grand-mère et, donc, la mémoire familiale, signale une ascendance noble du côté Rodier. Plus exactement, voici ce qui est écrit :

Le premier document, faisant état de la présence des Rodier sur ce coin de terre [en Lozère] saupoudré de neige en hiver et d’or en été, balayé des vents, hurlant avec les loups et chantant avec les ruisseaux, remonte à l’année 1262, sous le roi Louis IX. Le seigneur Guigues de Servières est un damoiseau sous la tutelle de son oncle Raymond de Peyre qui est lui-même vassal du baron de Portes dont la baronnie est l’une des 8 du Gévaudan. C’est donc ce Guigues de Servières en présence de Raymond de Peyre, qui donne et concède à Jean Rodier et aux siens un mas appelé « La Dauzinès » avec ses terres cultes et incultes, ses champs en patures, ses habitations, ses eaux et crues d’eau, etc, etc… Ceci fait le 3 des nones de Novembre 1262. […] En 1300, son fils Jean Rodier achète un pailler, ou maison entourée de terres. […] Ce bien que Jean Rodier a acheté […] est une terre noble (en Gévaudan, la posession d’une terre noble pendant 3 générations conférait la noblesse). Cette coutume fut abolie par l’ordonnance de Blois en 1579 (sous Henri III). Plus tard, Louis XIV ordonnera des recherches sur les nobles du Gévaudan et de Lozère. Il en profitera, s’ils sont protestants, pour les punir sévérement et leur confisquer leurs biens. »

En effet, l’ordonnance de Blois ne permet plus l’agrégation de la noblesse par possession de fiefs mais désormais l’anoblissement n’est possible qu’à l’initiative exclusive du roi, par lettres patentes.

À la fin du XVIe siècle, l’édit de Nantes (1598) d’Henri IV prévoit une certaine liberté de culte pour les protestants : la paix semble rétablie. À cette époque, les Rodier sont localisés du côté de Fontanès, en Lozère, à 55 kilomètres au nord-est de Mende. Mais après la mort d’Henri IV, les ennuis deviennent sérieux pour les protestants et particulièrement dans les Cévennes et sont résumés en quelques mots par la cousine Rodier : « la mort, les galères, l’exil. »

En 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes et le protestantisme devient alors une religion clandestine : on détruit les temples, les écoles, encourage les dénonciations des protestants, lesquels sont condamnés à l’exil et à la clandestinité. On exerce le culte protestant dans ce que l’on appelle le « Désert », c’est-à-dire dans les champs, de manière cachée. Les pasteurs sont itinérants. D’autres protestants n’ont d’autre choix que la conversion ou la mort. Alors pour les familles contraintes de se convertir au catholicisme, on s’emploie à donner des noms aux enfants issus de l’Ancien Testament (Moïse, Suzanne, Elie…) comme pour marquer une ultime fois l’attachement à leur culte.

Puis vient la guerre des Camisards, au début du XVIIIe siècle. Conséquence directe de la révocation de l’édit de Nantes et des persécutions, les paysans protestants des Cévennes se révoltent.

Les protestants sont assassinés par les Dragons du Roi et ceux qui échappent doivent se convertir au catholicisme. Mais ceux qui se convertissent sont assassinés par les Camisards. En 1703, le 21 février, Pierre Rodier et la femme de Jean Rodier [frère de Pierre] sont assassinés par la bande à Rolland. C’est terrible et sans issue. »

Le 21 février 1703, le village catholique de Fraissinet-de-Fourques est effectivement victime d’un massacre mené par un groupe de Camisards avec à sa tête, un certain Rolland, surnom donné à un berger qui s’appelle en réalité Pierre Laporte. Pourtant, dans les registres paroissiaux de la commune, si je trouve bien l’ensevelissement de plus de 40 corps le 22 février 1703 dont « Susanne Lapierre, femme de Jean Rodier », aucune trace de Pierre Rodier, supposé être mon ancêtre en lignée directe.

Suite au prochain billet.


Vous l’aurez compris, l’histoire de cette partie de mon ascendance maternelle est douloureuse, porteuse d’une mémoire marquante et marquée par les persécutions et les secrets de famille. S’y plonger est passionnant car cela permet de lever le voile sur d’éventuelles erreurs dans la transmission de la mémoire familiale et d’apaiser, à l’aide des archives à notre disposition, cette partie de l’histoire familiale. Pas d’histoire victimaire, pas plus qu’une histoire glorifiée. Les faits, juste les faits, autant que faire se peut, reconstituer le plus objectivement ce qui s’est passé. Et comme toujours, je découvre que tout n’est pas noir et que tout n’est pas blanc.

Château du Soulier, commune de Saint-Hilaire-de-Lavit. Crédits photo : Josette Clier. C'est aux alentours de ce château, dont parlait souvent mon arrière grand-mère, que Calixte a passé une partie de son enfance chez son oncle.

Château du Soulier, commune de Saint-Hilaire-de-Lavit. Crédits photo : Josette Clier.
C’est aux alentours de ce château, dont parlait souvent mon arrière grand-mère, que Calixte a passé une partie de son enfance chez son oncle. D’autres photos ici.

 

Si l’état civil – et les registres paroissiaux – restent les sources essentielles lorsqu’on fait de la généalogie, il ne faut néanmoins pas négliger les autres sources à notre disposition, et Dieu sait s’il y en a. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir comment un registre matricule a pu débloquer une de mes branches. Prenez ça comme un cas d’école.

De l’importance d’un registre matricule

L’histoire commence en Algérie, au début du XXe siècle. Le 8 mars 1906, naît à Mascara Berthe Gauguet, mon arrière grand-mère. La mémoire familiale raconte qu’après l’avoir reconnue, son père, un certain Albert Gauguet, aurait proposé à sa mère, Pauline Rieth, de partir avec lui à Oran où il aurait exercé sa profession de boulanger. Pauline refuse, Albert la quitte. Je sais que Berthe grandit à Palikao – actuel Tignennif – où elle se marie en 1928 avec mon arrière grand-père Fourcade. Sur leur livret de famille, pas plus d’informations sur le père de Berthe. Dernier élément à ma disposition : la mémoire familiale retient que deux hommes se seraient présentés un jour au café que mes arrière grands-parents tenaient à Palikao comme étant les demi-frères de Berthe, laquelle aurait refusé purement et simplement de les rencontrer. Par ailleurs, il faut savoir que Pauline Rieth a eu deux enfants avant Berthe, de deux pères différents : une fille en 1897 – Yvonne Rieth – qui demeure enfant naturel et un garçon en 1899 – Albert Jullien – qui, comme Berthe, fut reconnu par son père biologique.

Revenons à Berthe et à comment identifier son père. Le registre des naissances de la commune de Mascara n’étant malheureusement pas disponible, les registres matricules de l’Algérie coloniale constituent la seule source en ligne disponible… et ma seule piste !

Des Gauguet en Algérie, il y en a peu visiblement. Mais parmi eux, figure un Albert Gauguet. Né en 1880 à Perpignan, il a huit ans de moins que Pauline. Engagé volontaire en 1899 et appartenant à la classe de 1900, il est incorporé pour une période de quatre ans dans le 2e Régiment de Zouaves. Parmi les informations précieuses que l’on trouve dans les registres matricules, les localités successives habitées. Et là, je commence à me dire qu’il peut bien s’agir du père de Berthe, autrement dit de mon arrière arrière grand-père.

En septmebre 1903, après son engagement, Albert se retire à Er-Rahel – aujourd’hui Hassi el-Ghella – dans la wilaya d’Aïn Temouchent, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Sidi-bel-Abbès. Il y reste à peine six mois. Il est ensuite domicilié en mars 1904 à Tizi, petit village au sud-ouest de Mascara, « chez Durand » nous précise le registre. Là encore, il y reste très peu puisque seulement quatre mois plus tard, en juillet 1904, il est domicilié à Aïn-el-Hadjar, toujours dans le département d’Oran, que je localise à environ 90 kilomètres au sud de Mascara, non loin de Saïda.

Il reste dans cette dernière commune environ huit mois et c’est là que le registre matricule devient très intéressant : il est dit qu’Albert Gauguet habite, à partir de février 1905, la commune de Prudon – Sidi-Brahim aujourd’hui – petit village au nord-est de Sidi-bel-Abbès. Il est précisé qu’il est, à ce moment, boulanger (je précise que dans la case profession du registre matricule, aucune profession n’est mentionnée). Or, Prudon, c’est le foyer d’habitation des Rieth. Albert, le demi-frère de Berthe, y est né en 1899 et la mère de Pauline, Anna Maria Dieringer, y décède en 1917. Il y a donc de fortes chances pour que Pauline soit dans les parages dans les premières années du XXe siècle. Albert reste à Prudon jusqu’au 1er août 1905, où il retourne à Tizi « chez Durand ». Or, si mon hypothèse selon laquelle cet Albert Gauguet est bien le père de Berthe et que cette dernière est née en mars 1906, cela veut dire qu’elle a été conçue, peu ou prou, en juin 1905. À deux mois de grossesse, Pauline devait savoir qu’elle était enceinte : cela suffit-il à expliquer le départ d’Albert de Prudon pour retourner à la hâte habiter à Tizi ? Est-ce justement à cette période que Pauline part vivre à Palikao ? Tout me paraît plausible.

Aucune preuve tangible mais la dernière localité mentionnée dans cette case n’est forcément pas le fruit du hasard : en effet, le 1er novembre 1906, il est dit qu’Albert réside à Palikao. Il y reste semble-t-il jusqu’en avril 1908 où là, nous apprenons qu’il est affecté à l’administration des Postes et Télégraphes (PTT) comme facteur local à Mendes. Située dans la wilaya de Relizane à environ 70 kilomètres à l’est de Palikao, il y reste jusqu’en janvier 1909. En août de la même année, il est affecté à Djeniene-Mesquine, à 90 kilomètres à l’est cette fois-ci de Palikao, pas très loin de Sidi-bel-Abbès. Il se fixe apparemment dans le coin et après consultation de son acte de naissance à Perpignan, j’apprends qu’il se marie en novembre 1910 à Saint-Lucien – actuel Zahana – à moins de dix kilomètres au nord de Djeniene-Mesquine. Son registre matricule précise enfin qu’il est père de trois enfants en 1923. Berthe + les deux frères retenus par la mémoire familiale, ça colle.

En 1927, Albert est rayé de l’affectation spéciale « et remis dans le droit commun » : il se retire alors à Oran, toujours dans les PTT semble-t-il et est « dégagé de toutes obligations militaires en novembre 1928 ». Berthe se marie en juin de la même année à Palikao. Pour ainsi dire, il serait très intéressant de consulter son acte de mariage afin de lire comment est présenté son père à cette date.

Dans tous les cas, même si je n’en ai pas une certitude sans faille, tout semble indiquer que cet Albert Gauguet est bien le père de Berthe. Les villages qu’il habite correspondent bien aux villages qu’a habités Pauline – je pense à Prudon et surtout à Palikao. Il est père de trois enfants : a priori Berthe est comptée dedans puisqu’il l’a reconnue. La mémoire familiale retient qu’elle avait deux demi-frères. Sur la profession de boulanger, la mémoire familiale semble avoir fait quelques confusions : Albert a été boulanger lorsqu’il habitait à Prudon, donc dans la période où il aurait mis enceinte Pauline. Ensuite, il exercera dans les PTT. Le fait qu’il parte de Palikao est lié à son affectation, pas à son désir propre. Il n’empêche que Pauline ne l’a pas suivi. Il a finalement bien rejoint Oran, mais plus tardivement que la mémoire familiale le laissait entendre.

Synthèse cartographique des lieux cités

Synthèse des lieux cités précédemment, Google Maps, 2016

Complément de recherche

En recherchant « Gauguet » dans la base des registres matricules des ANOM, je trouve en fait 6 individus en mettant de côté Albert. Et 5 d’entre eux ne sont autres que ses frères ! D’abord Etienne, de la classe de 1897, qui réside à cette date à Sidi-bel-Abbès et… qui exerce la profession de boulanger ! La dernière localité habitée est Mercier-Lacombe – actuel Sfisef – à l’est de Sidi-bel-Abbès, où il décède en 1907. Ensuite, Georges Jean, de la classe de 1899, qui est sellier et qui réside dans la région de Sidi-bel-Abbès également. Jules, de la classe de 1902, lui aussi boulanger. Pierre, de la classe de 1904 et dont le parcours n’est pas reluisant : plusieurs fois condamnés en France, il n’habite plus en Algérie (où il est par ailleurs déclaré insoumis en 1908). Henri, de la classe de 1907, maréchal-ferrand et, enfin, Raymond, de la classe de 1910, cultivateur. Au moment de son recrutement, il habite avec sa mère à Sidi-Daho, au sud-ouest de Sidi-bel-Abbès. Il habite ensuite en 1914 Bedeau – aujourd’hui Ras el Ma – commune dans laquelle naît Yvonne, premier enfant de Pauline, en 1897. Preuve s’il en fallait, que la famille Gauguet se trouve vraiment dans la même région que les Rieth et spécifiquement que Pauline.

Dernier indice

En octobre 1895, Mathieu Gauguet, père d’Albert, décède à Mercier Lacombe où il exerce la profession de secrétaire de mairie. En janvier de la même année, toujours à Mercier Lacombe, la femme de Mathieu, Rose Barthe qui, elle, n’est âgée que de 35 ans, accouche d’une fille. Devinez comment s’appelle la soeur cadette d’Albert ? Berthe. Là, pour le coup, je ne doute plus. Albert Gauguet est bien mon ancêtre.

Voici quelques temps que je réfléchis à écrire un petit billet sur mes ancêtres lyonnais. Sans vraiment savoir par quelle branche commencer. Lorsque j’ai commencé ma généalogie maternelle, la seule information que j’avais à disposition est que nous venions d’Algérie. De l’Algérie coloniale. Très vite, j’ai défriché les diverses branches de mon ascendance, trouvant des racines espagnoles, suisses, allemandes… et bien entendu françaises. Parmi lesquelles donc, des racines issues de Lyon et sa région. À l’époque, ça m’avait interpellé car j’habitais justement Lyon, qui est devenue comme ma ville de cœur et que j’affectionne particulièrement. Puis, dans la précipitation qui accompagne les premières découvertes, j’avais laissé un peu de côté cette branche, à l’époque les archives en ligne n’étant d’ailleurs pas aussi fournies qu’aujourd’hui.

Récemment, j’ai décidé de m’y replonger et de creuser un peu mes racines et avec succès car j’ai débloqué de nombreuses branches et suis remonté en lignée directe relativement haut, entre le début du XVIIe siècle pour certaines, et même milieu du XVIe pour d’autres. Bien entendu, les recherches sont très loin d’être terminées puisqu’il me reste toutes les lignées collatérales, toutes les sources complémentaires de l’état civil et des registres paroissiaux à explorer. Mais peu importe, ces découvertes récentes m’ont donné envie d’écrire, et c’est bien là l’essentiel.

Un point de départ : l’Algérie

1868. L’histoire commence à Mascara, petite ville oranaise de l’Algérie coloniale où se marient Joseph Claude Poizat, né le 4 mai 1844 à Lyon et Louise Henriette Guillod, une Suissesse native d’Yverdon (aujourd’hui Yverdon-les-Bains), dans le canton de Vaud. Joseph Claude est désigné comme étant employé aux Ponts et Chaussées. En effectuant une recherche dans la base des registres matricules militaires de l’Algérie coloniale, je retrouve son recrutement miltaire : j’y apprends qu’il est domicilié à Mascara, qu’il sait lire et écrire, qu’il exerce la profession de jardinier, qu’il appartient au 2e régiment de Zouaves mais aussi, et surtout, qu’il s’est engagé volontairement dans l’armée et qu’il appartient de fait à la classe de 1861. Il s’est donc engagé à 17 ans.

Une migration familiale ?

Natif de Lyon, la question est de savoir quand est-ce que Joseph Claude rejoint l’Algérie. Son acte de mariage nous éclaire quant à sa situation familiale. Son père, Jean Claude Poizat, bijoutier, est décédé à Lyon le 9 mars 1848. Sa mère, Jeanne Antoinette Dubessy est, elle, également décédée mais à Mascara le 27 juin 1852. À cette date, Joseph Claude n’a que 8 ans : est-ce qu’il est déjà avec sa mère en Algérie ? Rien ne nous l’indique mais il est fort probable que oui. Je sais par ailleurs que Joseph a une soeur aînée, Jacqueline Gabrielle, née en 1839 à Lyon mais pour laquelle je n’ai aucune information. Je suppose qu’après le décès de Jean Claude, la mère et ses deux enfants sont partis en Algérie.

Une migration politique ?

Là encore, assez peu d’éléments en ma possession. C’est en faisant le parallèle de toutes les dates que l’idée me vient en tête. Jean Claude est décédé en 1848, année de la révolution et de la proclamation de la Seconde République. Grâce à l’acte de décès de Jeanne Antoinette, je sais que la famille migre entre 1848 et 1852. Or, suite au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851, de nombreux opposants politiques au régime impérial sont envoyés dans les colonies et notamment en Algérie. Pour autant, je ne trouve aucune trace ni d’éventuels Poizat, ni d’éventuels Dubessy dans les listes officielles des inculpés de juin 1848 ni dans celles concernant les poursuivis à la suite du coup d’Etat de 1851.

Toutefois, grâce à la numérisation d’une partie de la presse lyonnaise, il m’est possible de savoir que le père de Jeanne Antoinette, Michel Dubessy (1789-1840) appartient au camp des Républicains et contribue, en juin 1833, à la souscription organisée par le journal populaire La Glaneuse, traîné en justice pour des raisons politiques. Cela me laisse présager des opinions familiales Poizat-Dubessy, avec toute la réserve qui est de mise.

La lignée Poizat

Revenons désormais sur la lignée Poizat. Joseph Claude, comme son père Jean Claude (1815-1848) et comme son grand-père Gabriel (1794-après 1847), sont tous trois natifs de Lyon, plus précisément du 2e arrondissement, très commerçant et populaire à l’époque. Jean Claude exerce sa vie durant le métier de bijoutier alors que son père, lui, était ouvrier et fabricant d’étoffes de soie, avant de devenir marchand de vin et revendeur d’eau de vie. Jusqu’en 1847, je retrouve Gabriel Poizat dans les recensements de population de la ville de Lyon, domicilié au 6 de la rue Bourgchanin (aujourd’hui rue Bellecordière). C’est grâce à ces archives que je connais les différentes activités de Gabriel. Grâce à eux également, je sais qu’il ne déclare avoir qu’un enfant : or, Jean Claude avait un frère, né en 1818, Claude François (ça ne s’invente pas !) : tout laisse à penser donc que ce dernier est décédé. Devenu marchand, est-ce pour cette raison que je ne retrouve pas le décès de Gabriel dans les tables décennales de Lyon ? Pour l’heure en tout cas, je n’en sais pas plus.

Avant Lyon

Pour savoir d’où sont originaires les Poizat, il convient de se pencher sur les parents de Gabriel, Jean Etienne Poizat (1758-1814) et Marguerite Champagnon (1754-1838). S’ils se marient en effet à Lyon à la veille de la Révolution, en 1787, Jean Etienne est natif de Chaponost, à l’ouest de la capitale rhodanienne. Il exerce par ailleurs le métier de maître cordonnier. Ses parents, Jacques Poizat et Julienne Berthaud s’y marient en 1741. Jacques, maître tailleur d’habits, y décède d’ailleurs en 1784. Dans les registres paroissiaux mentionnant leur mariage justement, nous apprenons que Jacques est natif de la paroisse de Pollionnay, à quelques kilomètres au nord-ouest de Chaponost. Les parents de Jacques, Etienne Poizat et Florie Berthaud se sont bien mariés à Pollionnay en 1707 mais, fait paradoxal, si je retrouve pas moins de 11 enfants du couple, je ne retrouve pas la mention du baptême de Jacques dans les registres paroissiaux de la commune de Pollionnay. Il va falloir que je m’arme de patience et que je reprenne la lecture des registres.

Pollionnay, lieu d’origine des Poizat ?

À Pollionnay, il est possible de consulter les registres paroissiaux à partir de de 1661. Grâce au mariage retrouvé d’Etienne Poizat et de sa femme en 1707, je connais les parents de ce dernier : Benoît Poizat et Etiennette Platet : je retrouve même le mariage de ces derniers à Pollionnay en 1672. Malheureusement, l’acte n’est pas filiatif. Toutefois, je constate qu’il existe plusieurs familles Poizat à Pollionnay toutes dotées d’un sobriquet comme il est d’usage dans beaucoup de communes de France. Les miens s’appellent Poizat dit Marna(z) et je retrouve des Poizat dit La Grange ou encore des Poizat dit Tiuillot (Tuyau?) et même un Poizat dit Milant.

Néanmoins, en épluchant les registres paroissiaux à partir de 1672, je n’arrive pas à mettre la main sur le baptême de leur fils Etienne. Une fois n’est pas coutume ! Ce qui m’interpelle pour le coup, c’est que la première naissance issue du couple, je la trouve en 1676 soit 4 ans après leur mariage. L’acte de baptême mentionne qu’ils habitent « la Rapeaudière » qui se situe bien, sauf erreur de ma part, dans la commune de Pollionnay. Je trouve ensuite une deuxième naissance en 1684, puis une troisième en 1691 : autant vous dire qu’un tel écart entre les naissances est très suspect et il y a fort à parier que la famille soit mobile.

Pour preuve, au hasard des registres, je trouve la mention d’un Pierre Poysat (oui, Poizat s’écrit à l’époque avec un Y) dit Marna(z), maréchal à Grézieu-la-Varenne, petit village qui jouxte Pollionnay au sud-est. Un rapide coup d’oeil aux registres paroissiaux de cette dernière commune m’indique qu’il y a bien des Poysat dit Marna(z) qui habitent la paroisse mais aucune trace de ceux qui m’intéressent. Loin d’être terminées, les recherches liées aux collatéraux de mes ancêtres m’en diront peut-être plus sur l’origine des Poizat. De longues heures de recherche m’attendent encore.

Synthèse de la lignée Poizat

n°58

Joseph Claude POIZAT

(1844-après 1901)

(x 1868)

n°116 Jean-Claude POIZAT

(1815-1848)

(x 1838)

n°232 Gabriel POIZAT

(1794-après 1847)

(x 1814)

n°464 Jean Etienne POIZAT

(1758-1814)

(x 1787)

n°928 Jacques POIZAT

( -1784)

(x 1741)

n°1 856 Etienne POIZAT

(x 1707)

n°3 712 Benoît POIZAT

(x 1672)

Petit complément : l’origine du nom

À défaut de connaître le lieu exact d’origine des Poizat, le patronyme est un toponyme lié au sens de petit puits (du franco-provençal pwè, pòei, puits, du latin puteus). D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.780.

Sites d’archives

Archives départementales du Rhône

Archives municipales de Lyon

Archives nationales d’Outre-Mer – Etat civil colonial de l’Algérie