Une découverte macabre au cours d’une recherche

Au détour d’une recherche, il arrive parfois qu’on tombe sur ce que j’appelle des perles généalogiques. Des petits trésors qui le sont soit par le contenu de l’acte en question, soit par la forme qu’ils prennent – de la trace effacée d’une patte de chat sur un registre au dessin fait par un curé qui s’ennuyait dans la tenue de ses registres paroissiaux.

Aujourd’hui, bien qu’elle soit macabre, cette perle concerne la découverte d’un cadavre non loin de Saint-Sorlin-d’Arves, au début du XIXe siècle. C’est la première fois que je trouve autant de détails sur un décès et pour cause, le rapport de l’officier de santé mobilisé est littéralement transcrit dans le registre d’état civil.

Notes préliminaires

Depuis la fin d’année 1793, la Maurienne est française et rattachée au département du Mont-Blanc. Elle l’est jusqu’en 1815 et la restitution par la France des territoires de Savoie à la Sardaigne. Saint-Sorlin-d’Arves est la commune d’origine de l’immense majorité de mon ascendance paternelle : elle se situe entre 1500 et 3500 mètres d’altitude. Elle est surplombée par les Aiguilles d’Arves, aujourd’hui encore très réputées pour leur beauté. Enfin, les dates appartiennent au calendrier révolutionnaire ou appelé également républicain qui reste en vigueur jusqu’en 1806. Entre crochets, je propose la conversion de ces dates.

Sur l’acte en lui-même, le maire François Chaix n’est autre que mon arrière arrière arrière grand-père, mon Sosa numéro 32 (1). C’est donc lui qui rédige cet acte dont je ne restitue ici que le texte. Vous pouvez évidemment vous reporter au document original dont la cote est la suivante : Archives Départementales de la Savoie en ligne, 3E 507, folios 131-132.

Transcription du document

Du vingt-deux vendémiaire an douze [15 octobre 1803] de la République française,

Nous François Chaix maire de la commune de Saint-Sorlin-d’Arves faisant les fonctions d’officier de police judiciaire en vertu de l’art. quatre de la loi du septième pluviose an neuf [27 janvier 1801], sur l’avis à nous donné par le citoyen François Coche de cette commune qu’il vient d’apprendre qu’un individu de cette commune nommé Vincent Chaix a découvert de loin sur une petite éminence de rocher un cadavre exposé lui icelui à l’endroit appelé au Rocher Blanc dépendant de la dite commune qu’il croit soit par la taille du dit cadavre, soit par la qualité des vêtements être celui d’Antoine fils de François Coche qui a disparu et dont on n’a aucune nouvelle depuis le trente messidor an dix [19 juillet 1802], jour auquel il est sorti de la montagne avec un fusil, duquel jour malgré toutes les recherches qui furent faites après cette disparition il n’a pu être découvert vu que probablement un éboulement de neige l’avoit [sic] enveloppé mais l’on trouvat [sic] au-dessus de l’endroit où il a été découvert actuellement le fusil dont il était nanti [pourvu]….

Nous nous sommes transportés avec les citoyens Vincent Chaix et André Chaix jusqu’au lieu le plus abordable du dit rocher accompagné du citoyen Laurent Bergé, chirurgien gradué affecté à l’hospice civil de St-Jean [de-Maurienne] distante de cette commune de plus de six heures ni en n’ayant aucune de plus prises où étant [sic] nous avons fait apporté le dit cadavre en notre présence que nous avons reconnu masculin. vêtu de draps pays gris dont les bas qui étoient noir de laine tricotés dans sabot et sans chapeau, visite faite il a été trouvé dans ses poches un couteau commun de corne tout rouillé ainsi qu’un cornet de poudre. Il avoit en outre deux […] de laine blanche du pays. Le dit cadavre ne présentant plus que les ossements, toutes les chaires ayant été consumées, ne restant qu’une partie postérieure de la peau de la tête à laquelle se trouve attachés les cheveux rouge avec un ruban de fluret [sic] noir.

De suite les citoyens Vincent et André Chaix et François Coche, son père, nous ont dit reconnaître parfaitement que le cadavre est celui d’Antoine Coche tant par les habillements désignés ci-dessus que par les cheveux rouge et de la manière dont ils sont liés le dit cadavre étant entièrement dépouillé de ses chairs. Et ils assurent que c’est là effectivement Antoine fils de François Coche qu’ils n’ont plus vu depuis cette époque et qu’il connaissoit par l’entièrement et le dit François Coche nous a déclaré qu’il reconnaissoit parfaitement que c’étoit son fils tant par ses habillements que par ses cheveux qui étoient rouge que à sa corne de poudre et à son couteau et ont signé avec nous leurs déclarations.

Après quoi nous avons invité le citoyen Bergé chirurgien de l’hôpital civil de Saint-Jean de procéder à la visite du dit cadavre après avoir été duement assermenté, il nous a fait son rapport comme suit :

Je, Laurent Bergé, chirurgien de l’hôpital civil de Saint-Jean, en suite de la visite faite en votre présence, vous rapporte et fait observer que le cadavre qui m’est présenté est masculin & celui d’un jeune homme d’environ dix-huit à vingt ans, que le squelette qui a résisté à la putréfaction est entier sans qu’il manque aucune partie osseuse de sa construction, qu’aucune de ses parties dures ne paroit altérée par une violence extérieure mais se séparant les uns des autres par la destruction des parties molles et des ligaments qui les unissoient occasionnée par la dislocation à la suite de la putréfaction. En conséquence je ne puis juger quelle a été la cause de mort du dit cadavre, j’estime néanmoins que la mort de ce jeune homme vu l’état du squelette date d’environ un an.

Lecture faite au dit citoyen Bergé de son rapport, il a déclaré y persisté et a signé avec nous sur l’original.

Duquel rapport résulte que le cadavre qu’on nous a dit être celui d’Antoine fils de François Coche, il n’est possible de connaître par quelles fins il est mort, attendu que le citoyen Bergé n’en a pu juger dans son rapport sachant qu’il a estimé que la mort de ce jeune homme vu l’état du squelette pouvoit dater d’environ un an.

Nous avons ensuite déclaré que rien ne s’oppose à l’inhumation du dit cadavre suivant les formes ordinaires et avons ordonné qu’extrait du procès verbal de transport de reconnaissance et du rapport de l’officier de santé Bergé sera joint au registre de l’état civil de cette commune et que toute la présente formalité sera transmise au Substitut du commissaire du gouvernement pris le tribunal criminel du département du Mont-Blanc. Pour l’arrondissement de Maurienne…

Fait et clos par nous maire susdit aux lieu les ans et jour que dessus et par extrait conforme à l’original.

Et vous, avez-vous déjà trouvéun tel acte détaillé dans les registres d’état civil ou paroissiaux ?

(1) En fait, non. Confusion au niveau des dates, je me suis en fait référé à la signature très ressemblante mais ce François Chaix n’est sans doute pas mon ancêtre. Dont acte.

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3 commentaires

    1. Bonjour Annick, j’espère en tout cas que mes histoires sont moins macabres que celles racontées par mon aïeul ! 🙂

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