Armoiries de la vallée de la Maurienne

D’or à la tour de gueules supportant une aigle éployée de sable aux serres et à la langue de gueules, blason actuel de la vallée de la Maurienne. Source : Wikipédia.

De nombreux Mauriennais arborrent fièrement les armoiries de la vallée mais tiens petite question comme ça : savez-vous seulement d’où cet emblème provient ? Déjà, petit point de vocabulaire : l’héraldique est la science qui consiste à étudier des armoiries. Le blason, contrairement à certains emplois, désigne l’énoncé décrivant des armoiries, comme la partie en italique dans la légende ci-dessus : autrement dit, décrire des armoiries, en héraldique, peut se traduire par le verbe blasonner. Ensuite, comme vous le constatez, il existe des termes spécifiques lorsqu’on pratique l’héraldique. Dans le cas qui nous intéresse, les couleurs jaune, rouge et noir se disent respectivement d’or, de gueules (toujours au pluriel) et de sable. Des spécifités existent aussi dans l’emploi du genre des mots : un aigle s’emploie au féminin, d’où le -ée à la fin du mot « éployée », et oui mon copain, ce n’était pas une faute de frappe !

Sachez enfin que, là encore contrairement aux idées reçues, l’héraldique et surtout le fait d’avoir des armoiries n’est pas l’apanage de la noblesse bien que cette dernière en a largement usé ; en effet, à l’époque médiévale, toutes les couches de la population ont des armes, qu’elles soient familiales ou relatives à des métiers/corporations. Pour plus d’informations sur l’héraldique, je vous renvoie aux références bibliographiques ci-dessous.

Revenons à notre sujet, et aux armoiries de Maurienne. Remontons les siècles et intéressons-nous à la Maison de Savoie, dynastie européenne fameuse, constituée lorsque les pays de Savoie sont intégrés au Saint-Empire romain germanique dans la première moitié de l’an mil. D’où venaient les fondateurs de la Maison de Savoie ? De Maurienne ! Le tout premier comte de Maurienne attesté, Humbert Ier dit « aux Blanches Mains » (v.975-v.1045) porte leblason suivant : d’or à l’aigle de sable.

Portrait d'Humbert Ier dans GUICHERON, Samuel, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie, vol. 1, 1660. Disponible sur gallica.bnf.fr

Portrait et blason d’Humbert Ier dans GUICHERON, Samuel, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie, vol. 1, 1660. Disponible sur gallica.bnf.fr

Et voilà, nous avons déjà l’origine de l’aigle, symbole impérial par excellence, que la Maison de Savoie affiche sans doute en reconnaissance au Saint-Empire romain germanique. Avant d’évoquer les ajouts sur les armes actuelles de la Maurienne, il est intéressant de voir, au fil des siècles, comment l’héraldique est un outil puissant pour légitimer telle ou telle dynastie en la rattachant, grâce à l’iconographie, à des branches prestigieuses. L’héraldique en tant qu’outil politique donc.

Dans un autre ouvrage dont l’auteur nous est inconnu et daté du XVIe siècle, nous trouvons la mention de l’hypothétique père d’Humbert Ier, le légendaire Bérold. Je me permets d’affirmer le légendaire car pour l’heure, les historiens discutent encore de son éventuelle existence.

Armoiries attribuées à Bérold, légendaire premier comte de Maurienne. Source : INCONNU, Armorial colorié de la Maison de Savoie et de ses alliances, depuis Bérold, comte de Maurienne, jusqu'aux enfants de Philippe II, comte de Bresse, et François I, roi de France, son petit-fils, XVIe s. -- Paris, BNF Ms Fr 18982. Disponible sur gallica.bnf.fr

Armoiries attribuées à Bérold, légendaire premier comte de Maurienne. Source : INCONNU, Armorial colorié de la Maison de Savoie et de ses alliances, depuis Bérold, comte de Maurienne, jusqu’aux enfants de Philippe II, comte de Bresse, et François I, roi de France, son petit-fils, XVIe s. — Paris, BNF Ms Fr 18982. Disponible sur gallica.bnf.fr.

Ici, nous retrouvons bien l’aigle avec néanmoins, en son centre, les armes du duc de Saxe. Quel intérêt me direz-vous ? Le duché de Saxe étant aux mains des descendants de Charlemagne depuis le IXe siècle, c’est une manière, pour l’auteur, de rattacher la Maison de Savoie à une lignée prestigieuse. On est au coeur de l’utilisation et l’instrumentalisation politique de l’héraldique. Cet exemple étant loin, très loin, d’être unique dans l’histoire des armoiries des grandes dynasties européennes.

Terminons désormais sur l’ajout d’une tour sur le blason actuel de la vallée de la Maurienne. Certains auteurs datent cet ajout au début du XXe siècle, soit très récemment. Pour autant, à quelques kilomètres de Saint-Jean-de-Maurienne, capitale de la vallée, se trouve une tour, située sur la commune de Le Châtel, que l’on appelle communément « tour de Bérold ». Encore une fois, absolument aucune source historique ne vient créditer l’hypothèse selon laquelle cette tour aurait été la propriété de ce fameux Bérold mais il n’en demeure pas moins qu’on a peut-être une piste sur les raisons de l’ajout d’une tour sur les armoiries de la vallée.

Tour dite de Bérold à Le Châtel près de Saint-Jean-de-Maurienne. En arrière-plan, les aiguilles d'Arves. Crédits : Syndicat du Pays de Maurienne (SPM).

Tour dite de Bérold à Le Châtel près de Saint-Jean-de-Maurienne. Crédits : Syndicat du Pays de Maurienne (SPM).

Si les armoiries de Maurienne demeurent, il est enfin édifiant de constater que la Maison de Savoie, elle, abandonne relativement vite l’aigle d’inspiration germanique pour la croix de Savoie, emblème encore actuel des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Ceci marque non seulement une volonté d’autonomie par rapport au pouvoir impérial auquel sont soumis la Maurienne et les territoires présents plus tard dans le Duché de Savoie, mais le symbolisme de la croix est aussi une référence directe à la chrétienté. C’est en effet à partir de Boniface de Savoie, dit le Roland (1244-1263) que l’emblème principal de la Maison de Savoie devient exclusivement de gueules avec une croix d’argent.

De gueules avec une croix d’argent, blason de la Maison de Savoie à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle. Source : Wikipédia.

Désormais, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

Références bibliographiques (et loin d’être exhaustives !)

« À chaque famille ses armoiries » (2015, automne), La revue française de Généalogie, n° spécial 41, 66p.

FROGER, Michel, L’Héraldique. Histoire, blasonnement règles, Rennes, Editions Ouest-France, 2012, 128p.

PASTOUREAU Michel, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, Paris, 2014, 484p.

 

Quoi ? Quatrième édition du #ChallengeAZ et tu ne sais toujours pas ce que c’est ?

Rendez-vous incontournable des généablogueurs initié par Sophie Boudarel, le Challenge AZ consiste à publier chaque jour du mois de juin – excepté les dimanches – un article en lien avec la généalogie en suivant l’alphabet. Vaste programme me direz-vous tant le monde de la généalogie est vaste et tant l’imagination des généablogueurs est grande.

Pour ma première participation, j’avais choisi d’évoquer ma généalogie dans ses grandes lignes, afin de mettre en valeur la pluralité de mes origines et de mes ancêtres. Au final, j’avais conclu par « un alphabet ne suffit pas » et de toute façon un alphabet ne suffit jamais car l’exhaustivité en généalogie… ça n’existe simplement pas.

Pour ma deuxième participation, j’avais ainsi tiré les conséquences de l’édition précédente et avais axé mon Challenge sur l’histoire d’un grand oncle de Saint-Sorlin-d’Arves, Etienne Brunet, parti en Californie en 1858. Autant se le dire, ça a été un carton. Tant sur le retour des gens qui se sont plus à suivre les aventures d’un homme dont la trajectoire est extraordinaire, que sur le plan personnel, où j’ai vraiment pris conscience à quel point l’histoire de cet oncle avait un écho particulier, aussi bien dans l’intensité des recherches menées que dans ma fascination pour lui. Les recherches ne se sont d’ailleurs pas arrêtées depuis, d’autres découvertes sont venues alimenter l’histoire d’Etienne – et des autres qui sont partis avec ou après lui, à commencer par son petit frère Joseph, qui le rejoint en 1874. Un projet de livre est même en cours !

Et alors, que faire en 2016 ? Je ne vous cache pas avoir hésité à participer dans la mesure où je savais que le Challenge tomberait peu après la création de mon entreprise et en même temps que la finalisation de mon DU de Généalogie familiale qui reste, vous l’imaginez, relativement chronophage. Puis j’ai justement eu envie de faire un Challenge un peu décalé, avec le thème suivant : « La généalogie en questions. »

L’idée, c’est d’explorer les différentes composantes de la généalogie à travers des thématiques diverses et variées, en mettant en valeur les recherches que j’ai pu ou que je continue de mener, mais aussi le quotidien du généalogiste, qu’il soit amateur ou professionnel, le tout avec ironie et humour. C’est en tout cas le pari que je prends, en espérant qu’à l’issue du Challenge, quelqu’un puisse se dire que la généalogie n’est pas tout à fait comme il l’avait imaginé au départ, a priori. Rendez-vous donc le 30 juin pour le verdict !

Voilà pour moi. Mais le Challenge AZ, c’est aussi l’occasion de découvrir d’autres généalogistes, d’autres types de recherches, d’autres régions, c’est finalement l’occasion de voyager un peu avec les quelques cinquante participants de l’édition 2016, en ne comptant que ceux annoncés. Si, pour nous, généablogueurs, le premier challenge est déjà d’y participer, pour le lecteur lambda, le véritable challenge est de suivre la lecture de tous les blogs au fil des semaines qui composent le mois de juin. Evidemment, faut-il le rappeler, les maîtres mots restent plaisir et partage.

Même pour me faire plaisir, ne vous infligez pas la lecture de mes articles si vous n’en avez pas envie. Quoique si, au moins pour mon blog, venez faire un tour tous les jours quand même, c’est sympa la déco vient d’être refaite puis si vraiment vous n’accrochez pas, faites-le savoir en commentant mes articles. Vous ferez un débat avec ceux qui aiment et tout… Ok je sors.

Bon vent de printemps et n’oubliez pas que la vie est belle…

Guillaume

 

 Tout vient à point à qui sait attendre. »

C’est parti… Près de quatre ans ont passé depuis la première fois où j’ai imaginé devenir généalogiste professionnel. Je terminais mon Master 2 Recherche d’Histoire moderne contemporaine à Lyon 2 et pratiquais déjà la généalogie depuis quelques années. En quatre ans, vous imaginez comme l’eau a pu couler sous les ponts et comme j’ai pu mûrir mon projet, entre sérennité et impatience. Désormais, alors même que je suis officiellement généalogiste professionnel, je termine dans quelques semaines mon Diplôme Universitaire en Généalogie familiale dispensé par l’Université du Maine (Le Mans), qui se déroule très bien et sur lequel je reviendrai prochainement. Comme une boucle qui se boucle en définitive.

Bienvenue à toutes et à tous, donc, sur la nouvelle interface de mon blog, désormais section de mon site !

Vous y retrouverez toute mon actualité mais également des articles sur ma pratique de la généalogie et mon histoire familiale, plutôt devrais-je dire mes histoires familiales. La publication du site intervient justement en amont de l’édition 2016 du Challenge AZ, auquel je participe pour la troisième fois. Ce sera une belle manière d’inaugurer et d’alimenter ce nouveau blog. Je veux que cet espace soit aussi une sorte de petit labo qui vous permette d’entrer et d’entrevoir dans le monde de mes recherches, dans mon monde tout court en fait. Par conséquent, n’hésitez pas à interagir à travers les commentaires – un blog est aussi un espace d’échanges.

Enfin, si vous aimez telle ou telle publication, vous pourrez la partager à travers réseaux sociaux et courriel avec les boutons prévus à cet effet, au bas de chaque article. Vous pouvez en effet rejoindre la page Facebook du Grenier de nos Ancêtres et me suivre sur Twitter. Autant d’espaces qui nous permettront de communiquer, de nous connaître et de faire, je l’espère, un bout de chemin ensemble.

Par la création de mon entreprise, je tente de concrétiser le rêve de beaucoup d’entre nous : vivre de sa passion. Bien qu’il me soit impossible de prédire l’avenir – c’est mieux comme ça ! – j’espère donc que cette aventure durera longtemps et permettra d’innombrables rencontres et la découverte d’un tas de richesses humaines et archivistiques.

La vie est belle.