#RDVAncestral n°6 – Paul Fourcade (1876-1906)

Seul, dans les rues de Tlemcen, un matin de janvier 1906. Le jour se lève difficilement sur une ville encore largement endormie. Nous sommes le 26 janvier. Le froid me fait frissonner, je tente vainement de souffler de l’air chaud dans le creux de mes mains. Là, une femme m’épie du haut de sa fenêtre. D’un coup d’œil, nos regards se croisent, elle s’empresse de claquer son volet. Là, un chat qui remonte la rue, comme chargé d’une mission importante le rendant impassible à ma présence sur son passage. Je me sens invisible et le suis d’ailleurs peut-être. C’est en tout cas ce que je me dis.

Puis, un cri perçant se dégage du silence devenu pesant de la ruelle d’où je me trouve alors. L’étage en dessous duquel je me trouve désormais semble soudainement agité. Un bébé pleure, une femme, le ventre apparemment rond, sort la tête hors de la fenêtre, hébétée ; regarde à gauche, à droite puis me fixe avec insistance. « Tù ! Qué haces aqui ? » Je mets un temps à comprendre. Ce que je fais ici ? J’ai rendez-vous avec un passé qui ne passe pas, songé-je sans dire mot. Un haussement d’épaules trahit mon étonnement. La femme n’est de toute façon plus là.

La rue sort progressivement de la nuit, une petite silhouette surgit dans mon dos me bouscule presque, à défaut de me faire sursauter : « ne reste pas là ! » dans un murmure agacé. Sans percevoir le visage de l’homme en question, chapeau fixé sur un melon apparemment bien dégarni, je me dis qu’il s’agit sans doute d’un médecin, vu l’espèce de sac qu’il balance le long de son corps. Avant de le voir s’engouffrer dans l’immeuble, je pressens qu’un drame est en train de se nouer. Les premiers passants arrivent, s’amassent, s’arrêtent devant l’immeuble et y vont de leur commentaire « mais si, l’épicier qui a fait faillite en décembre… », « meskine ! 30 ans, c’est vraiment jeune pour rendre l’âme, allah y rahmo… » : je réalise avec effroi ce qui est en train de se passer. Paul Fourcade est mort.

Laissant une jeune femme derrière lui, enceinte de mon arrière-grand-père de surcroît, ainsi qu’une petite fille d’à peine un an, Paul vient de quitter ce monde. Jour de la Sainte Paule, féminin de son prénom. Jour de la fête de son aînée, âgée d’à peine un an, et de l’une de ses descendantes directes… ma mère ! Je sais que, plus tard, le secret des circonstances de sa disparition rendra notre lignée victime d’une hantise. C’est fou ce que le manque de mots peut générer sur des décennies entières. Comme preuve de cette présence, son propre fils s’appellera Paul, son petit-fils aussi, son arrière-petite-fille également et moi, qui porte le prénom en deuxième position.

Je tente néanmoins de démêler le vrai du faux dans les ragots se formant déjà jusqu’à l’autre bout de la ville. « Chkoune celui qui s’est suicidé ? » « Moi je le connaissais, il disait toujours mieux vaut la mort que le déshonneur » : les deux individus ne s’écoutent même pas mais monologuent sur une mort qu’ils viennent tout juste d’apprendre. Quel suicide ? Je sais que dans quelques jours, La Tafna et Le Courrier de Tlemcen, journaux locaux, parleront de longue et cruelle maladie… Quelle maladie fait partir arrache un homme aux siens à un âge si peu avancé ? Un cancer, une tuberculose ? Une dépression, une maladie de la tête ?

… En parlant de tête, la mienne me lance sérieusement, les gens tournoient autour de moi comme des ombres dansant autour d’un feu crépitant. Dans un éclair, je sombre et prie pour un jour connaître le fin mot de l’histoire. Paul. Nous portons le même prénom. C’est souvent lorsqu’on s’obstine à se rapprocher de la vérité que le doute et l’absence de réponses nous en éloignent. Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec un fantôme.

Seule trace tangible de mon ancêtre, sa signature…

Une des rues que j’aurais pu traverser ce 26 janvier 1906…

Avec cet article, je souhaite inaugurer une nouvelle rubrique de mon blog, consacrée à la psychogénéalogie ou plutôt à l’analyse transgénérationnelle. Je préfère désormais ce terme au premier, trop galvaudé à mon sens et derrière lequel on a tendance à mettre tout et n’importe quoi. L’analyse transgénérationnelle donc, est le fait d’étudier dans notre généalogie d’éventuels traumatismes ancestraux qui se seraient transmis de génération en génération, sous une forme ou sous une autre. De même que nous héritons d’un patrimoine génétique, nous héritons d’un patrimoine émotionnel dans lequel se trouverait la somme des mémoires et des vécus de nos ancêtres. Il ne s’agit pas d’une simple vue de l’esprit puisque c’est désormais prouvé scientifiquement : nous transmettons, en plus de nos gènes, des émotions aux générations qui nous suivent.

Voici désormais des années que je me documente, que je lis pléthore de travaux ou supposés comme tels – certains sont en effet très décevants – et que je travaille personnellement sur ma propre ascendance. Vous l’aurez compris, si je cherche, c’est que j’estime que la découverte de secrets de famille ou présentés comme tels par la mémoire familiale – « il se serait suicidé », « il aurait été malade », « elle aurait été abandonnée »… – pèse potentiellement sur les générations qui ont suivi, sur mes proches, et, ainsi, sur moi et ce que je vis. J’ai déjà mis en évidence un certain nombre d’occurences flagrantes – des dates, des répétitions de prénoms, des ruptures similaires – dans des lignées particulières, en précisant toutefois qu’aucun travail de ce type n’a été mené dans ma famille. En l’occurence, ce que j’ai mis en évidence était niché dans l’inconscient de certains membres de ma famille et cela a fait sens quand j’en ai parlé, comme des pièces d’un puzzle qui se reconstitue au fur et à mesure. Il faut dire aussi que certaines lignées « problématiques » sont issues de l’Algérie coloniale : je vous laisse imaginer le contexte de la société coloniale, la rupture avec la famille restée en métropole, la violence du système qu’ils entretenaient par ailleurs, pour certains, à alimenter, les histoires familiales classiques, le brassage des populations, des cultures, des religions – fait pas si anodin que cela, un certain nombre de mariages de mes ancêtres a concerné des catholiques et des protestants -,dans une IIIe République qui voyait tout cela d’un très mauvais oeil. Bref, ajoutez à cela la rupture sèche et inéluctable de l’indépendance, la guerre, les morts, le rapatriement – pour la plupart de mes proches, il s’est agi d’une première fois sur le sol métropolitain – et vous vous retrouvez avec un contexte familial pour le moins complexe, rempli de nuances, de continuités, de ruptures, d’échecs, de renoncements, de déclassement et évidemment… de non-dits !

Tout ça pour dire quoi ? Chaque famille a son lot de malheurs, de souffrances, d’histoires en tout genre, et pourtant dans chaque famille ne se cache pas, au coin d’une lignée, un fantôme qui rôde et qui hante la descendance. J’en conviens. Pour quelles raisons ? À partir du moment où il y a verbalisation, c’est-à-dire des mots qui sont posés sur tel ou tel aspect de l’histoire familiale, aussi dramatique qu’il soit ou qu’il ait été, il n’y aura aucune incidence sur les générations qui suivent. Je n’invente rien et certains diront même qu’il s’agit là d’enfoncer des portes ouvertes. Tout le travail de la psychanalyse est bien de mettre des mots sur des aspects problématiques des inconscients individuel et familial et par là même, souvent douloureux. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’un ancêtre s’étant pendu à quelques semaines de la naissance de son fils pèsera sur la vie de ce dernier, d’autant plus si le suicide est tu par une mère honteuse ou terriblement malheureuse, croyant bien faire en n’en touchant mot. Pourtant, trois générations plus tard, ce suicide, complétement relégué à l’inconscient familial, pourra hanter tel ou telle descendant-e, lequel n’a même pas idée que le problème provient directement du drame de son aïeul.

Ainsi, dans cet exemple, la cause originelle du problème n’est pas le suicide – il ne s’agit ni de réparer ni de juger tel ou tel acte ancestral – mais bien le fait qu’aucun mot n’a accompagné le drame familial. Trois, quatre, cinq générations plus tard, le fantôme du suicide plane toujours sur la vie familiale car non-verbalisé. Il ne s’agit donc pas de traquer des fantômes familiaux pour le plaisir, mais bien pour permettre de verbaliser d’éventuels non-dits ancestraux qui empêchent d’aborder l’histoire familiale sereinement d’une part, et de vivre en paix, en tant qu’individu surtout, d’autre part.


À chaque billet, sa référence bibliographique et la citation qui va avec : je vous recommande l’ouvrage de Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, disponible désormais en poche chez La Petite Bibliothèque Payot et paru en 2014.

J’ai déjà présenté la notion de fantôme transgénérationnel comme une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit « expulsée » par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de « patate chaude », je préfère évoquer l’image d’une « grenade dégoupillée » : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’a ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles. Ainsi, le deuil impensable d’un parent qui a perdu son enfant peut être repris par l’un ou l’une de ses descendants et fréquemment, plusieurs générations après. La plupart du temps, le souvenir conscient du trauma ancestral s’est perdu, car la personne traumatisée, entrée dans un vide psychique, dnas un état d’insensibilité, ne peut plus témoigner de la violence émotionnelle de ce qu’elle a subi. L’effet de ce trauma ancestral au sein de la famille est très bien décrit par Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, où elle évoque la mort de son oncle alors qu’il était enfant : « Désormais la mort d’Antonin ne serait plus qu’une onde souterraine, sismique, qui continuerait d’agir sans aucun bruit. »

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19 avril 1817. L’hiver le plus froid du siècle, paraît-il. J’arrive non sans peine à Laval, petit village de l’Isère situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Grenoble. La neige est abondante, le vent impitoyable, le ciel menaçant. Je dois y rejoindre trois membres de ma famille : Jacques Milliex, mon sosa n°78 et deux de ses fils, Joseph et Jean Baptiste. Entre Jacques et moi, 5 générations ont vécu. Rien que ça.

Lui est né en 1767 à Saint-Sorlin-d’Arves, comme ses fils Joseph et Jean Baptiste respectivement en 1800 et 1802. Le premier est actuellement ramoneur dans ce village de Laval. Du haut de ses 17 ans, il a dû déjà comprendre la dureté de la vie, du monde qui l’entoure, des souffrances nécessaires pour simplement vivre, et encore. Le mythe du ramoneur savoyard, acte I, scène I : petit, enfilant aux aurores son bonnet rouge déteint tentant sans succès de ne pas ressentir la douleur articulaire aux mains, aux genoux, au dos, aux pieds… Et son visage, noirci de suie comme s’il s’agissait d’un signe distinctif indélébile. Le mythe du ramoneur savoyard est sans doute bien réel en ce printemps, encore largement empreint de l’ambiance hivernale.

Le père Jacques et son fils cadet Jean Baptiste, âgé d’une quinzaine d’années, sont donc venus lui rendre visite. Simple marque d’affection ? Bien que Saint-Sorlin-d’Arves et Laval soient situés à quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau, il reste les massifs à traverser, imaginez-vous deux individus – à dos de mule ? – bravant la neige, s’enfonçant la moitié du corps dans les passages les plus périlleux, les mains endolories qui ne sentent même plus l’appréhension qui pousse à serrer le poing.

Bref, voici le trio au complet, au soir du 19 avril 1817. Les maisons respirent par les cheminées, d’une fumée à peine observable tant la nuit engloutit rapidement les quelques détails que je tente encore de percevoir. L’ambiance y est terne, les quelques visages que je croise fermés : ont-ils seulement remarqué ma présence ? Je me surprends à interpeller l’un d’eux n’obtenant qu’un grommèlement incompréhensible et une accélération du pas.

Là, un petit groupe semble s’agiter : deux gamins, un père soucieux et un individu qui m’a tout l’air de profiter de la misère. Mélange de patois et de français, je crois comprendre que le père tente d’acheter la liberté de son fils ramoneur pour qu’il puisse rentrer au pays l’aider aux menus travaux. C’est certain, il s’agit de Jacques et de ses fils. L’autre ne veut rien savoir, ne prend quasiment pas la peine de répondre, se contente d’un mouvement de tête de droite à gauche, un sourire de façade placardé sur ses lèvres, le genre de sourire qui pousse à la violence.

Jacques n’obtiendra évidemment aucune indulgence. Joseph est ramoneur et son engagement n’est pas arrivé à son terme. Dépité, Jacques prend son fils dans les bras, pudiquement mais énergiquement. J’aimerais aller à leur rencontre mais les circonstances ne s’y prêtent pas du tout. Très mal à l’aise, je décide néanmoins de poursuivre mon aventure, regrettant presque d’être là. Il est des spectacles qu’on aimerait bien ne jamais voir.

20 avril 1817. Le soleil brille de mille feux bien qu’il ne suffise pas à réchauffer cette ambiance gelée. J’ai même du mal à discerner si j’ai dormi, si tout ceci n’est qu’illusion. Je suis tiré d’une sorte de demi-sommeil par une agitation à l’extérieur. Je m’empresse de sortir, et je vois Joseph courir de porte en porte, vainement, sans que je comprenne de quoi il en retourne.

Je sens qu’il se passe quelque chose de grave. L’édile de la ville prend lui-même la peine de venir trouver Joseph, l’écoute, lui tapote l’épaule de façon étrange. Que s’est-il passé ?

Passablement exaspéré par la tournure des événements, Jacques a décidé de repartir dans ses Arves, avant même que le jour ne se lève complétement et ce, en dépit d’un vent apparemment féroce et de températures plus que glaciales, son cadet n’arrivant presque pas à décoller ses paupières pour mettre un pied devant l’autre. Vers 9h, animé d’une sorte de sixième sens, celui que l’on développe quand l’inquiétude envahit notre corps, Joseph ne put se défaire d’un mauvais présentiment. Et pour cause, le vent soufflant en rafales, la neige étant abondante… son père et son frère étant sur le chemin du retour…

Ce n’est seulement qu’en fin de matinée que deux hommes, Bouteuil et Philibert, sont venus alertés le maire. Tous deux propriétaires agricoles de Prabert, un hameau de Laval situé plus en hauteur, ils ont vu périr le père et son jeune fils, décédés « par suite d’une tempête et d’un tourbillon de neige qu’ils ont éprouvé au passage de la Coche en allant dans leur famille »… La tape sur l’épaule était en fait sensée donné du courage à Joseph pour qu’il suive les autorités afin de procéder à la reconnaissance des corps. La vie est parfois tellement cruelle.

Je ne peux me résoudre à assister ne serait-ce qu’une minute de plus à cette succession de scènes, toutes les plus sombres les unes que les autres. La tristesse infinie d’un gamin ramoneur déjà bien éprouvé, la fin tragique d’un père désespéré, l’indifférence d’une population qui ne vit qu’au jour le jour, le visage fermé… Il est des rendez-vous qui vous marquent à tout jamais. Loin d’être agréable, celui-là aura le mérite de rappeler à quel point nous ne sommes pas grand-chose, nous qui croyons aujourd’hui maîtriser tout ou presque. Humilité amène à Sagesse.

Deux ramoneurs dans Paris, sans doute à la fin ou au début du XXe siècle. La pose théâtrale ne reflète évidemment pas la réalité de leur quotidien. Celui de gauche interpelle habitants pour trouver du travail, celui de droite croque fièrement un morceau de pain durement gagné.

Il y a presque 200 ans jour pour jour, périssaient mon ancêtre et l’un de ses fils, loin du décor somptueux que l’on voit ici.

Et voilà qu’arrive le dernier jour de l’année 2016. Une année riche et marquante à plus d’un titre. Bilan et projets pour l’année 2017 :

  • DU Généalogie

De novembre 2015 à juin 2016, j’ai en effet été engagé dans la première promotion du DU de Généalogie familiale proposé par l’Université du Maine (Le Mans) et dispensé en enseignement à distance intégral. L’occasion de perfectionner ma pratique de la généalogie, d’apprendre des tas de choses (au niveau de la réalisation de cartes par exemple ou même en paléographie) et d’avoir une certification universitaire dans ma pratique professionnelle.

  • Création de mon entreprise

Mai 2016 : je me suis lancé dans le grand bain ! Plutôt devrais-je dire les eaux froides de l’autoentreprenariat tant il est difficile de vivre décemment de son activité avec ce statut. Pour autant, le projet de monter mon entreprise remonte à plusieurs années et il s’est agi d’accomplir un vieux rêve que j’avais et que j’ai donc réalisé. Par ailleurs, cela m’a fait basculer du côté obscur de la force : celui des généalogistes professionnels, dans un monde marqué par le bénévolat et la pratique « gratuite » : je n’ai jamais vu d’antinomie entre les deux mondes (je suis toujours bénévole dans certaines associations et ma vision d’une généalogie accessible à tous reste inchangée) mais force est de constater qu’il n’est pas toujours évident d’expliquer qu’on a fait de la généalogie son métier.

  • Lancement du site et du blog LGDA

Autre versant de mon activité de généalogiste (au sens général du terme, pas qu’au sens pro), la tenue d’un blog. Versant essentiel je dirais même. Avec la création de mon entreprise, j’ai vraiment pu développer la rédaction de mon blog et les statistiques de ce dernier montre à quel point vous me le rendez bien. Je vous en remercie encore. Certes, mon site est d’abord la vitrine de mon activité, dans laquelle on peut découvrir les services que je propose, mes tarifs, etc. mais la partie blog est plus structurante encore à mon sens dans la mesure où elle permet d’entrer au coeur de la recherche généalogique, au coeur de ma passion. J’espère et compte bien continuer à l’alimenter, à le faire vivre et à faire en sorte qu’il attire encore plus de lecteurs pour l’année 2017.

  • Lancement du #RDVAncestral

En septembre 2016, j’ai voulu lancer un nouveau rendez-vous mensuel pour les généalogistes blogueurs (et pas que d’ailleurs) en proposant de mêler généalogie et littérature. Le principe est simple : partir à la rencontre d’un-e ancêtre à une époque donnée et laisser aller son imagination. Sous des apparences relativement simples, l’exercice s’avère en réalité difficile et parfois révélateur de notre perception du passé familial et de telle ou telle branche. Chaque mois, nous sommes donc une petite dizaine à participer et à partager nos récits via nos blogs et nos réseaux sociaux. Merci à tous celles et ceux qui acceptent de participer et de relayer le #RDVAncestral.

  • La généalogie dans les médias de proximité

Au-delà de mon blog, j’avais à coeur de sortir du média Internet et proposer de parler de ma passion dans différents médias. J’ai eu la chance que Serge Carbonell, de France Bleu Pays de Savoie me propose une heure d’antenne dans l’émission Les Experts qu’il animait alors, en août dernier. Expérience très intéressante et très bien perçue d’après les retours que j’ai eus. Puis, dès juin, j’avais contacté La Maurienne, journal hebdomadaire de ma vallée, pour proposer de tenir une rubrique mensuelle de généalogie afin de toucher des personnes autres que celles qui naviguent sur le web. L’expérience est là aussi très enrichissante et cela me permet, aujourd’hui encore, de donner des conseils et d’expliquer en quoi consiste la recherche généalogique (du moins, certains aspects).

Les projets 2017

  • La parution d’un livre

C’est LE grand projet de mon année 2017 : la parution d’un roman  sur l’histoire de mon grand oncle Etienne Brunet. L’écriture est bouclée, la phase des relectures arrive bientôt à son terme. J’ai vraiment hâte de partager ce récit avec vous et j’espère que le projet prendra forme courant 2017.

  • Enrichir  mon blog et ma généalogie

Proposer plus de contenu, de nouvelles rubriques, enrichir mon histoire familiale en faisant le tour des cousins de chaque branche pour mutualiser photos et papiers de famille, c’est également un projet qui me tient à coeur pour la nouvelle année. Un travail de fourmi que j’apprécie particulièrement car c’est l’occasion de rencontrer des personnes de ma parenté que je ne connaissais pas forcément. Se retrouver autour de l’histoire familiale, c’est un angle d’approche qui me plaît plutôt bien, au-delà des différences d’âge, d’horizons, etc.

  • Vivre mieux de mon activité

Bien sûr, l’objectif est toujours de vivre de mon activité. De pouvoir investir dans des tas de projets comme le fait de réaliser des voyages généalogiques sur les traces de tels ou tels ancêtres, de telle ou telle branche en proposant dans le même temps des sortes de chroniques (écrites et pourquoi pas vidéo…). C’est en effet un projet que j’ai en tête mais que je sais encore trop prématuré pour l’annoncer et le programmer. Rendez-vous en 2018 ?

À vous tous, lectrices et lecteurs qui me suivez régulièrement (ou pas), je vous souhaite une excellente fin d’année et surtout vous adresse mes meilleurs voeux pour l’année à venir. Soyez heureux, proche des vôtres et sensible à votre environnement. C’est important. Avoir confiance en la vie, dans le fond je crois que c’est la meilleure chose que je peux vous souhaiter.

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une. » Confucius

« Sisyphe » Representation de Sisyphe, condamné a faire rouler un rocher éternellement jusqu’en haut d’une montagne du Tartare. Peinture de Tiziano Vecellio dit Titien (1490-1576) 1548-1549 Madrid. Museo del Prado. ©Aisa/Leemage

 

#RDVAncestral n°4 – Gabriel Poizat (1794-après 1851)

18 septembre 1834, Lyon. Place de l’Hôpital, dans le 2e arrondissement. Gabriel fête aujourd’hui son quarantième anniversaire. L’année fut mouvementée. La période est, de fait, mouvementée. D’innombrables murs lyonnais portent encore les stigmates de luttes ouvrières : des impacts de balle, des toits à ciel ouvert marqués par des incendies ayant contraint des familles entières à la fuite. Certains trottoirs se souviennent encore des flaques de sang. Les canuts ont tenté une révolution. Ces ouvriers de la soie dont Gabriel a fait partie pendant des années. Avec ses deux frères et ses deux sœurs, ils sont les premiers de la famille Poizat à être nés à Lyon. Son père, Jean Etienne, maître cordonnier, comme sa mère, Marguerite Champagnon, vivent à Charnay, au nord-ouest de la capitale rhodanienne.

J’aurai des centaines de questions à poser à mon ancêtre Gabriel. Je n’ai aucune idée de son apparence mais je l’imagine petit et menu. Fabricant d’étoffes de soie, c’est le métier qu’il a exercé pendant plus de quinze ans. Essentiellement au 8 de la rue Bourchanin, aujourd’hui rue Bellecordière, à quelques pas de l’Hôtel-Dieu. Marié en 1814 avec Marie Pierrette Guilloud, d’un père lui aussi maître cordonnier, le couple a certainement dû s’épuiser au travail, pour un maigre, très maigre salaire. Les conditions de travail et de vie des canuts sont connues :

« Vous savez combien les timides sont nombreux parmi nous. La timidité, vous ne le savez que trop, est le type du canut. Nulle autre profession n’est si peu ouverte que la nôtre. C’est notre vie sédentaire… que ne dis-je plutôt casanière, qui influe ainsi sur notre moral. Il est étiolé, comme notre physique. Il faut, pour remédier à ce double étiolement, créer à notre profession, un esprit de corps. Pour y parvenir il n’y a qu’une seule route : c’est l’association. […] » (1)

Intérieur d’atelier de canut, peinture à l’huile sur carton, 19e, Musées Gadagne (c) : http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/Histoire/Musee-d-histoire-de-Lyon

Gabriel et sa femme ont sans doute scandé à qui voulait l’entendre « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Et pourtant,  juste avant que les révoltes des canuts inspirent l’idée d’une révolution, avant même que la pression sociale ne soit à son paroxysme, Gabriel s’est extrait de sa condition grâce à sa femme. Il se trouve en effet qu’à la rue Bourchanin, vivent une grande-tante de Marie Pierrette et son époux, Jean Claude Page, vinaigrier qui possède une échoppe place de l’Hôpital. Dans les recensements annuels de Lyon, je suis amusé de constater qu’à l’adresse de son commerce, il est bien dénommé « débitant d’eau de vie » mais à son adresse personnelle, il se dit « écrivain ». C’est ce même Jean Claude Page qui, entre 1829 et 1830, va permettre à son neveu par alliance de ne plus être ouvrier de la soie, en lui cédant son commerce place de l’Hôpital. Une aubaine pour Gabriel qui devient alors « revendeur vinaigrier ».

En ce jour d’automne 1834, donc, je remonterai la rue Bourchanin vers l’Hôtel-Dieu avec lenteur, appréciant chaque détail qui s’offre à moi. Je dévisagerai chaque passant afin de confirmer ou non si les liens du sang inspirent une quelconque reconnaissance. Évidemment, sans trop  de succès. Puis, la place de l’Hôpital s’ouvrirait devant mes yeux. J’ai, dans mon esprit, la configuration actuelle de cette place. Je sais exactement où se trouve l’échoppe de Gabriel ayant moi-même bu quelques verres sur la terrasse de l’actuelle café-restaurant. Quelle devanture ! Je m’arrêterai sûrement quelques instants au loin dans le but de photographier au mieux la vitrine du commerce de Gabriel derrière laquelle j’aperçois l’ombre d’un petit homme s’affairant avec énergie. La situation est plus qu’étrange.

En 1834, mon ancêtre Jean Claude, fils aîné de Gabriel, est déjà ouvrier bijoutier. J’ai l’impression de voir des membres de ma famille partout sur cette place. À chaque regard, à chaque passant, le sentiment de croiser une partie de mon sang. Jean Claude fréquente-t-il déjà sa future épouse, Jeanne Antoinette Dubessy ? Elle habite dans le quartier et son père, chapelier et voyageur de commerce, est un fervent républicain.

Dans le vacarme d’une place très bruyante, je passerai sans doute timidement la porte de l’échoppe Poizat Comment pourrais-je me présenter, comment même pourrais-je justifier ma présence ici aujourd’hui ? « Je crois savoir que c’est votre anniversaire, mon cher monsieur » : ridicule comme entrée en matière. Pourquoi le vouvoierai-je en plus ? Forcément, Gabriel ne va pas tarder à venir me demander de quoi j’ai besoin. De simplement discuter, si seulement il savait. Se doute-t-il un instant que d’ici quelques générations, la lignée Poizat s’arrêtera en Algérie ? La tête tournante, je ressortirai sans doute du petit commerce avec un coeur jouant du tambour. Le temps n’a pas besoin qu’on en dévoile les tenants et les aboutissants. Les mains sur les genoux, presqu’accroupi, je vivrai mes derniers instants dans un Lyon qui n’est plus avec émotion et un vrai sentiment de privilège. Dans une gentille tape à l’épaule, mes oreilles entendraient « Tout va bien mon gars ? » C’est finalement Gabriel qui entamerait la conversation…


Note

(1) RUDE, Fernand, Les révoltes des canuts (1831-1834), Paris, Éd. La Découverte, 2007 (rééd.), 2007, p.15

L’histoire commence au détour d’une recherche sur mes ancêtres lyonnais en août dernier. En fin de table de l’année 1758 dans la paroisse Sainte-Croix, surprise ! Deux anges au regard serein, calme, accompagnés d’un vieillard.

Puis, il y a quelques jours, je retombe sur un nouveau dessin, toujours en fin de table mais cette fois-ci concernant celle de l’année 1756. Après publication sur Twitter, comme je le fais de temps en temps quand je découvre des petits trésors similaires, je repense au dessin d’août et me rend finalement compte qu’il s’agit de la même paroisse, de la même période et… sans doute du même dessinateur.

J’interroge alors la base des Archives municipales de Lyon pour la paroisse Sainte-Croix et je tombe sur une dizaine de dessins, la plupart du temps insérés en fin de table annuelle mais parfois aussi en fin de registre paroissial. Des petits bijoux. Le coup de crayon commence à partir de 1752 et 1753, timidement.

Branches, fin de table annuelle de 1752, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

 

1753

Branches (2), fin de table annuelle de 1753, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

Puis, en 1754, on découvre un premier paysage. Peut-on dire qu’il s’agit là d’une vue de la presqu’île ? En effet, l’ancienne église Sainte-Croix se situait – elle a été partiellement détruite au XIXe siècle – juste à côté de la cathédrale Saint-Jean actuelle, dans le Vieux Lyon, qui borde quasiment la Saône. Serait-ce donc le quai des Célestins ?

1754

Vue du quai des Célestins ?, fin de table annuelle de 1754, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

En 1755, le coup de crayon esquisse deux portraits, celui d’un ange, qui semble regarder vers le Ciel, et celui d’un démon aux cornes de bélier et au regard sombre, imperceptible. Il est intéressant de noter que tout sur le personnage du haut semble s’élever, y compris les cheveux, alors que sur le portrait démoniaque, tout est dirigé vers le bas, jusqu’au bouc en pointe.

1755

Portraits d’un ange et d’un démon, fin de table annuelle de 1755, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

En 1756, retour à un paysage, le coup de crayon semble, comme en 1754, quelque peu hésitant. Le dessin nous montre quelques arbres, dont un particulièrement massif. À gauche, que doit-on deviner ? L’église Sainte-Croix ?

1756

Des arbres et une église, fin de table annuelle de 1756, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

En 1757, le trait est beaucoup plus fourni, plus précis aussi. La croix dessinée sur la porte de l’édifice représenté nous montre certainement une église, un édifice religieux en tout cas, avec un clocher attenant. Pour s’y rendre, un pont, en tout cas ce que l’on imagine comme tel. Tout autour, une nature abondante et riche.

1757

Un pont et une église, fin de table annuelle 1757, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

Je ne reviens pas sur le dessin de 1758, si ce n’est que l’on retrouve bien une similitude des traits de l’ange dessiné en 1755, ce qui laisse supposer qu’il s’agit bien du même auteur.

1758

Deux anges et un père, fin de table annuelle de 1758, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

1759, mon dessin préféré, celui qui me laisse le plus songeur. Je l’ai appelé, sans aucune originalité, Le pêcheur. Vous noterez le double sens. Un homme assis, concentré, tenant fermement sa canne (à deux mains). Devant lui, le strict nécessaire. Entouré d’eau, et d’une nature toujours aussi prégnante, l’homme est positionné au centre de l’image, dans des proportions égales à celles de la végétation. En revanche, la barque, ce qui ressemble à une barque, elle, est étonnamment petite. Je vous laisse être sensible aux éventuels messages que l’auteur a voulu faire passer.

1759

Le pêcheur, fin de table annuelle de 1759, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

En 1760 et 1761, de nouveau un paysage. Le premier montre deux édifices, le premier me fait penser une nouvelle fois à une église. Une nature toujours là, omniprésente et l’eau qu’on devine couler sous la voûte. Le deuxième en revanche est plus démonstratif : un pont, une entrée – celle amenant au Vieux Lyon actuel ? -, des fortifications en arrière-plan, de l’eau, des arbres et même des oiseaux qui partent ou qui arrivent. La tâche derrière l’arbre, sans doute involontaire, rappelle même un semblant de soleil.

1760

Deux édifices, fin de table de 1760, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

1761

Un pont et un arbre, fin de table annuelle de 1761, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

Puis, en 1762, trois portraits. Les Trois Mousquetaires avant l’heure, très en avance – l’oeuvre de Dumas date de 1844 ! Que veut représenter l’auteur ? Nous ne sommes plus dans l’imagerie religieuse, les anges, les démons, la nature, les paysages…

1762

Les Trois Mousquetaires avant l’heure, fin de table annuelle de 1762, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

En 1763, de nouveau un pont, en plan plus rapproché cette fois. Les détails semblent être plus maîtrisés, la nature toujours omniprésente. Pour la première fois, le dessin apparaît en fin de registre paroissial et non en fin de table annuelle.

1763-registre

Un pont de 1763, fin de registre paroissial de 1763, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

1764, l’inspiration s’en est allée, où au contraire est-elle en germe ? Le dessin est casé dans le coin inférieur droit de la page, en toute discrétion.

1764

Un germe, fin de table annuelle de 1764, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

Enfin, car oui toutes les bonnes choses ont une fin, nous retrouvons pour la dernière fois notre artiste en fin d’année 1765. Le dessin ressemble plus à une esquisse : les trois personnages du haut rappellent les Trois Mousquetaires avant l’heure, ceux du bas semblent plus originaux : la lassitude de celui qu’on devine être une sorte d’ange à gauche illustre un dessin qui, pour la première et seule fois, n’abrite aucun élément naturel explicite. Pour la seconde et dernière fois, le dessin apparaît en fin de registre paroissial et non en fin de table annuelle.

1765-registre

Expressions, fin de registre paroissial de 1765, paroisse Sainte-Croix. Source : Archives municipales de Lyon, http://www.fondsenligne.archives-lyon.fr/ac69v2/menu.php

Pour en arriver à rédiger un article, j’avoue avoir été un peu plus qu’interpellé par ces dessins, tous apparaissant entre 1752 et 1765. Dès 1766, on remarque par ailleurs que les tables annuelles ne sont plus tenues par le même auteur si on en juge par l’écriture. Qui était donc cet artiste ? Il est très difficile de le savoir : les dessins ne sont évidemment pas signés, plusieurs écritures se succédent au sein des registres paroissiaux… Après tout, peu importe. La récurence des dessins et leur qualité suffisent largement à calmer mes questions sans grand intérêt. En définitive, il n’est pas tellement rare de tomber sur un petit bout de dessin au coin d’un registre paroissial mais de cette ampleur, avec cette régularité, c’est assez exceptionnel.

N’hésitez pas à partager vos petits trésors dans les commentaires !

J’en profite également pour saluer le travail et la qualité des Archives municipales de Lyon en ligne. C’est un vrai plaisir d’y mener des recherches.

#RDVAncestral n°3 – Charles Chaix (1868-1935)

« T’avais les mains comme des raquettes… » pépé (1).

En évoquant ce #RDVAncestral, va savoir pourquoi j’ai ce titre de Léo en tête. Même si évidemment il n’est pas question ici de chimpanzé. Je ne t’ai jamais connu et pourtant je t’ai souvent observé, tantôt avec fierté, tantôt avec interrogation. Qui étais-tu ? Quelle était ta voix ? Ton visage m’est si familier et pourtant je ne te connais pas. Je te devine à ma façon avec les quelques photos à ma disposition, partiellement et partialement, forcément. Nous portons certes le même nom mais nos trajectoires de vie sont tellement différentes. Si tu savais les siècles d’histoire que j’ai à te raconter, et si nous venions du Dauphiné ? Qu’en penses-tu ?

Tu travaillais la terre, élevais quelques bêtes. Tu tissais le chanvre et étais toujours prêt à rendre service. On se souvient de toi comme étant quelqu’un de généreux mais d’apparence austère : tu en imposais, paraît-il. Tu t’impliquais dans la vie de ton village et avec raison. Plusieurs fois élu au conseil municipal, quel regard porterais-tusur ton pays natal aujourd’hui ? Je n’ose même pas l’imaginer.

Comment étaient tes parents ? Quels rapports entretenais-tu avec les tiens ? Ta belle-famille ? Tes amis ? Et bien sûr tes enfants ? Sur la photo de mariage d’Ernest, ton aîné, tu as fait le déplacement à Paris. Vous avez fait le déplacement puisque Marie Françoise, ton épouse, mon arrière-grand-mère, était là également. Que vous semblez fiers de votre fils ! En même temps, vu comment il s’est débrouillé dans la capitale, épaulé par ses cousins Chaix et Arnaud, tes neveux, il y a de quoi être fier !

Le sens de l’honneur, de la parole donnée, voilà comment je perçois les valeurs que tu prônes, la dignité aussi. Avant que naisse le dernier de tes fils, Maurice – mon grand-père – en 1918, un autre l’a précédé et est décédé en 1919, à l’âge de 4 ans. Où est-il enterré et surtout de quoi est-il mort ?

Mon manque de réserve te surprendra sûrement, mon tutoiement et mon assurance aussi mais que veux-tu, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre son arrière-grand-père.

Charles, tu portes un prénom pas si commun dans la famille. Je pense ponctuellement à toi, à ton parcours, à qui tu étais. Je feuillette ton livret militaire, fait défiler les photos et la ressemblance avec mon grand-père me frappe toujours. T’avais les mains comme des raquettes du haut de ton mètre 68 et tu avais fini ta vie avec des douleurs articulaires atroces. Mon pauvre grand-père.

Toutes mes questions au fond ne sont que le reflet de ma curiosité généalogique et ne sont pas si importantes que cela.

Alors, dans un regard, je chercherais à te faire sourire et à capter le fond de ton âme. Qui es-tu ?

Charles Chaix (1868-1935) assis devant sa maison du Pré, Saint-Sorlin-d'Arves, fin des années 1920, archives familiales.

Charles Chaix (1868-1935) assis devant sa maison du Pré, Saint-Sorlin-d’Arves, fin des années 1920, archives familiales.

L’essentiel ne se dit pas, il se ressent.

Saint-Sorlin-d’Arves, une journée estivale de la fin des années 1920.

Notes

(1) Léo Ferré, Pépée.

Dans un précédent billet, j’évoquais l’origine des Poizat, branche de mes ancêtres maternels issue du Lyonnais. Aujourd’hui, il convient de s’intéresser aux Blanchard, patronyme de ma grand-mère maternelle, née en 1931 à Palikao, en Algérie.

L’histoire familiale retient par ailleurs que son grand-père, Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, fut le premier bébé européen à naître dans ce petit village de l’Oranie, dans l’arrondissement de Mascara, qu’on appelle aujourd’hui Tighennif. 

L’épisode algérien

Comme toutes les branches de mon ascendance maternelle, les premières générations avant moi se localisent en Algérie coloniale. D’abord ma grand-mère, puis mon arrière-grand-père, Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992) et enfin son père, que j’évoquais à l’instant. 

Le départ définitif en Algérie se fait a priori au milieu des années 1870. En 1874, une demande de concession de terres à Palikao est faite par Ferdinand Étienne Blanchard, le père de Pierre Prosper Ferdinand. Avec lui, sa femme – Félicie Marie Madeleine Armand – et deux enfants, Marie – 12 ans – et Julie – 6 ans (1). Or, de prime abord, j’ai du mal à croire qu’Étienne puisse avoir une fille de 12 ans puisqu’il s’est marié en 1868. La suite de mes recherches m’aidera finalement à y voir plus clair. 

Les origines hautes-alpines

Tout ce petit monde est originaire des Hautes-Alpes, plus précisément de la vallée de Valgaudemar, située au centre du Massif des Écrins. Le 29 décembre 1868, à Villar-Loubière, Ferdinand Étienne Blanchard et Félicie Marie Madeleine Armand se marient. Lui est né en 1829, elle en 1842. En 1872 (2), le couple vit à Saint-Maurice-en-Valgaudemar avec trois enfants :

  • Marie Julie Justine Blanchard, née en 1869, premier enfant du couple. Elle est présente en 1874 lors du départ en Algérie.
  • Jean Auguste Blanchard, né en 1871 et mort en 1872, âgé de seulement 20 mois.
  • Et… Marie Armand, née en 1863, fille naturelle de Félicie que je retrouve en 1874 lors de la demande de concession.

Première découverte de taille donc, mon ancêtre a eu un enfant naturel avant de se marier avec Étienne Blanchard. En parcourant l’état civil de la commune, j’ai pu reconstituer toute la fratrie :

  1. Marie Philomène Armand, née à Villar-Loubière le 3 août 1863. La naissance est déclarée par le père de Félicie, Noé Armand (1812-1885), lesquels semblent vivre chez Jacques Maussier, grand-père maternel de Félicie. 
  2. Marie Julie Justine, née le 30 septembre 1869 à Saint-Maurice. Je la retrouve ensuite en Algérie où elle se marie avec Guillaume Joseph Barrial et avec lequel elle a une descendance.
  3. Jean Auguste (1871-1872)
  4. Marie Eugénie, née le 30 septembre 1872 à Saint-Maurice. Je m’étonne de ne la retrouver ni en Algérie, ni dans les actes de décès de Saint-Maurice. Je présume cependant qu’elle meurt avant 1874.
  5. Magdeleine Philomène, née le 7 juillet 1874 à Saint-Maurice. Même réflexion que Marie Eugénie.
  6. Pierre Prosper Ferdinand, mon AAGP, né le 4 mai 1876 à Palikao.
  7. Pierre Adolphe, né le 29 juin 1879 à Palikao. Il se marie en Algérie et a une descendance.
  8. Emilie, enfin, née en 1882 à Palikao et que je retrouve dans le recensement de Palikao en 1906 et qui vit avec son père, son frère Pierre Prosper Ferdinand et ses neveux et nièces dont mon AGP Denis. Je ne pense pas qu’elle se soit mariée ni même qu’elle ait eu une descendance.

Les raisons du départ

Étienne Blanchard est cultivateur, issu d’une famille modeste des Hautes-Alpes. Né en 1829, il est le septième d’une fratrie de dix. Pour autant, Étienne est rapidement le seul garçon de la fratrie : son frère aîné, Jean Pierre Blanchard décède en 1840 et le plus jeune, Joseph, meurt à un an en 1835. En 1866, lors du recensement de la population de Saint-Maurice, Etienne vit avec sa soeur Apolonie, de deux ans son aînée. Dans ce contexte, j’imagine un départ lié à une nécessité économique.

À ce stade des recherches, je m’étonne de constater que tous les hommes ayant migré dans mon ascendance, portent en général le prénom d’Étienne : Étienne Fourcade, Étienne Blanchard, Étienne Brunet… 

Au moment de son départ, les parents d’Étienne sont déjà décédés : le père, Jean Jacques Blanchard, le 2 avril 1862 et sa mère, Marie Françoise Gueydan, le 5 mai 1863, tous deux à Saint-Maurice. Dernier de sa fratrie, Jean Jacques est le fils de Jacques et de Catherine Vincent.

Liane Foly, un cousinage inédit

Mais que vient faire Liane Foly dans cet article ? Il se trouve que le grand-père maternel de Jacques Blanchard est aussi l’ancêtre de la chanteuse ! Plus précisément, Bonaventure Dumas (1697-1767), mon sosa n°898 est son sosa n°546. Fait plus intéressant encore, les ancêtres de Liane Foly, originaires de Villar-Loubière comme les miens, vont aussi migrer en Algérie au XIXe siècle. Sans doute se connaissaient-ils tous. 

Synthèse de l’ascendance Blanchard

Matthieu Blanchard

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Jean Blanchard, marié en 1749 à Magdelaine Dumas (1727-1787)

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Jacques Blanchard (1757-1811)

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Jean Jacques Blanchard (1794-1862)

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Ferdinand Étienne Blanchard (1829-après 1901)

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Pierre Prosper Ferdinand Blanchard (1876-après 1931)

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Denis Ferdinand Blanchard (1903-1992)

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Sabine Blanchard (1931- )

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Ma mère

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Moi

 

ferdinand-blanchard-zouave

Pierre Prosper Ferdinand Blanchard, mon AAGP. Archives familiales.

 

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Mariage de Denis Blanchard et Eliane Rouquayrol, mes AGP, en 1931 à Palikao. Archives familiales.

Lorsque je me suis rendu à Saint-Maurice (Hautes-Alpes) sur les traces de mes ancêtres Blanchard, j’ai eu le plaisir de découvrir le tilleul tricentenaire de la commune. En écrivant cet article, j’apprends que l’arbre a cédé en début d’année 2016 à cause du vent !

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Tilleul tricentenaire de la commune de Saint-Maurice (Hautes-Alpes), 2010, archives familiales.

Blanchard, un sobriquet péjoratif ?

D’après Robert Gabion, Blanchard pourrait être « un nom d’origine germanique (blank-, brillant, clair + hard, dur, fort), ou peut-être sobriquets péjoratifs du patronyme Blanc. » (3)

J’opterai plus pour la deuxième hypothèse. 

Sources

(1) ANOM, Aix-en-Provence, demande de concession de terres à Palikao d’après le relevé établi par Généalogie Algérie Maroc Tunisie (GAMT)

(2) Archives départementales des Hautes-Alpes en ligne, Listes nominatives, 1872, 6 M 282/11 – Saint-Maurice-en-Valgaudemar.

(3) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.151.

L’histoire commence avec une carte postale ancienne retrouvée dans les archives familiales. Sergent Arnaud, qui es-tu ?

Expt. Sergent Arnaud 13e ch. 11e cie Modane, Savoie.

Modane le 8-8-16

Bien cher oncle, tante, cousins et cousines,

Me voici à Modane de nouveaux . Tout va bien pour le moment. J’espère que vous irez bien également et que mon cousin Ernest sera bien rentré. Recevez de votre neveu et cousin ses meilleurs souvenirs.

C.Arnaud »

Les cousins Arnaud, mon grand-père en parlait de temps en temps. Sa tante paternelle, Jeanne Marie Célestine Chaix, s’était en effet mariée en 1883 avec Henri Victorin Arnaud. Entre 1884 et 1899, pas moins de six enfants : quatre garçons, deux filles. Écart d’âge avec la fratrie de mon grand-père qui s’étale, elle, de 1897 à 1924. Les cousins Arnaud, ce sont ceux de Paris, cafetiers comme la plupart de ceux qui ont tenté l’aventure dans la capitale. Mais avant l’aventure, la guerre.

  • Albert Henri François Victorin (1884-1965), l’aîné, n’y laisse pas sa peau.

 

  • Charles Eugène Henri Jean Marie (1886-1961), lui, est blessé le 9 mai 1915 à Souchez (Pas-de-Calais) par balle au niveau de la fosse sus épineuse (omoplate) gauche et du bras. Son dossier miltaire précise simplement : « infection » et « atteint de troubles psychiques le 10 juin 1917 dans la région de Chateau-Thierry. »Comme beaucoup de Poilus, la guerre laisse des séquelles. Cela étant, il se marie en 1919 à Paris et exerce, sa vie durant, la profession de marchand de vins.

 

  • Aristide Henri Victorin (1889-1918) n’a pas la chance de revenir du front. Nommé sergent, comme son frère qui écrit en 1916, il décède dans la région de Mailly-Raineval le 18 avril 1918. Mort pour la France, donc.

 

  • Charles Jean Marie Albert (1891-1965), enfin, le plus jeune des garçons de la fratrie. Incorporé d’abord au 11e bataillon de Chasseurs à pied le 1er octobre 1912 (1), il est nommé caporal le 8 novembre 1913. Le 2 août 1914, il est déjà sur le front. Nommé sergent le 14 août, il est blessé à Ban-de-Sapt (Vosges) par « balle aux testicules ». Le 2 février 1915, il passe au 13e bataillon de Chasseurs alpins et retrouve les combats. Jusqu’au 21 septembre 1915 où il est de nouveau blessé, à Wesserling (Haut-Rhin), par « éclat d’obus au genou droit ». Le 8 août 1916, il écrit donc à son oncle et sa tante, Charles et Marie Françoise Chaix, mes arrière-grands-parents, depuis Modane. À cette date, Charles est déjà marié ! Il est passé devant le maire en avril 1916 dans le 11e arrondissement de Paris. Le 4 février 1917, il est incorporé au 32e bataillon de Chasseurs alpins et retrouve, encore, la guerre. Le 28 mars 1918, au  Plessier (Somme), il est, pour la troisième fois, blessé par « balle à l’orbite gauche » : son dossier précise qu’il n’est pas évacué. Le 7 octobre de la même année, il est nommé adjudant. Le certificat de bonne conduite lui est évidemment accordé ; il est rappelé à l’activité le 24 août 1939 en tant que « personnel de remplacement » mais définivitement dégagé d’obligations militaires le 15 octobre 1940.

 

Après la guerre de 14 et jusqu’en 1925, Charles fait des allers-retours entre Paris et Saint-Sorlin-d’Arves, d’où il est natif. Il exerce la profession de garçon de café. À partir de 1925, il s’installe à Chambéry, plus précisément sur les Monts situés sur les hauteurs de la capitale savoyarde. Il acquiert un café route de Bassens, aujourd’hui quai Charles Ravet. Les affaires tournent bien. Il cède son commerce à son neveu, Édouard, frère de mon grand-père et habite désormais en Isère, avec sa femme. En 1960, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Il décède le 11 février 1965 à Chapareillan (Isère).

En lisant son dossier de membre de l’ordre national de la Légion d’honneur, je reste perplexe. Si je n’apprends rien de particulier, j’ai l’occasion de lire les citations dont il a fait l’objet par rapport à son engagement dans la guerre de 14, où, je le rappelle, il fut blessé trois fois.

Cité à l’ordre de la Division n°32 du 12.3.15 :

S/Officier d’une grande valeur ; grâce à son sang-froid, a pu enrayer une contre-attaque malgré un feu violent d’Infanterie et de bombes en maintenant une demi-section sur la position conquise ».

Cité à l’ordre de la Division n°92 du 17.8.15 :

« Bon S/Officier, plein de sang-froid et de courage ; a contribué à arrêter une contre-attaque ennemie en mettant ses pièces en batterie. »

Cité à l’ordre du Bataillon n°142 du 29.4.18 :

« Chef de section très courageux ; a fait preuve de sang-froid aux combats du 28 mars, au cours desquels il a été blessé ».

Croix de guerre – 2 étoiles d’argent – 1 étoile de bronze.

Médaille militaire – Décret du 29.12.1924 – J.O. du 1.1.1925″ (2)

Certes, il n’a pas manqué de sang froid, mais à quel prix ? À l’heure où on commémore le centenaire de la Grande guerre, j’ai du mal à me contenter de ces reconnaissances et autres médailles. Charles a perdu un frère ! Dans ma famille, plusieurs morts, de nombreux blessés. Pour qui et pourquoi ? J’ai en effet du mal à imaginer la fierté et l’honneur que ces hommes ont peut-être ressentis à combattre contre « l’ennemi ». Évidemment, je mesure l’immense courage. Je me doute surtout qu’ils n’avaient pas le choix. D’ailleurs, jamais ils ne se sont et se seraient vantés de quelque gloire que ce soit. Cette nomination à l’ordre national de la Légion d’honneur, je n’en avais jamais entendu parlé avant mes recherches. C’est donc à la mémoire de ce Charles Arnaud, que j’ai connu grâce à une banale carte postale retrouvée, que je rédige cet article. Derrière des mots simples, j’ai découvert une vie que je ne soupçonnais pas.

Carte postale envoyée par Charles Arnaud, le 8 août 1916, archives familiales. En pleine guerre, une image des écoles. La rature. Et la rature enfantine de mon grand-père Maurice, sûrement loin de se douter dans quel contexte elle fut écrite.

Carte postale envoyée par Charles Arnaud, le 8 août 1916, archives familiales. En pleine guerre, une image des écoles. Et la signature enfantine de mon grand-père Maurice, sûrement loin de se douter dans quel contexte elle fut écrite.

Sources

(1) AD de la Savoie en ligne, 1R 208, vue 165/627

(2) Base Léonore (en ligne), Extrait du dossier de membre de l’ordre national de la Légion d’honneur de Charles Arnaud, vue 12/13, cote 19800035/627/72537, Archives nationales ; site de Fontainebleau.

De retour sur le blog, on s’intéresse aujourd’hui à une branche de mon ascendance paternelle, celle des Didier de Saint-Sorlin-d’Arves. Plus exactement, il s’agit de la branche dont est issue ma grand-mère maternelle, Germaine.

Commençons par son père, Séraphin Alphonse, né le 1897 à Saint-Sorlin-d’Arves. Fils unique – son père a 63 ans lorsqu’il naît ! – il est incorporé au 41e Régiment d’artillerie de campagne le 28 août 1916 après avoir été ajourné une première fois en 1915 pour « faiblesse ». En participant à l’offensive de Champagne en septembre 1918, Alphonse est cité à l’ordre du Régiment n°53 du 26 septembre 1918 : « renvoyé comme coureur à un PC Infanterie, a effectué de nombreux parcours sous un très violent bombardement et a montré à cette occasion un sang froid et un courage remarquables. » En mars 1929, il recevra, comme beaucoup d’autres, la Croix de guerre et la médaille de la Victoire (1) : ont-elles suffi à effacer les traumatismes du champ de bataille ? Assurément, non.

Classe de 1917 à Saint-Sorlin-d'Arves, archives familiales. Debout à droite de la photo, Alphonse affiche un sourire de façade.

Classe de 1917 à Saint-Sorlin-d’Arves, archives familiales. Debout à droite de la photo, Alphonse esquisse un sourire de façade. Notons par ailleurs la présence d’Ernest Chaix, frère de mon grand-père paternel, deuxième assis en partant de la gauche.

 

La généalogie des Didier

Le père d’Alphonse, Vincent Auguste, naît le 30 juin 1834 à Saint-Sorlin-d’Arves. Sixième d’une fratrie de dix enfants, il se marie le 27 juillet 1896 avec Clémentine Philomène Mollard, originaire de Saint-Jean-d’Arves et de 34 ans plus jeune que lui ! Exerçant la profession de commissionnaire, il est amené sa vie durant à parcourir les routes de France, et en particulier celles menant à Crest, dans la Drôme, où il réside un temps. Il faut dire qu’il n’est pas le seul dans sa fratrie à quitter Saint-Sorlin pour vivre : son frère François Emmanuel, né en 1827, est marchand colporteur à Lyon, où il meurt en octobre 1849, âgé de 22 ans seulement.

Lyon occupe une place particulière dans l’histoire des Didier car beaucoup d’entre eux s’y retrouveront un temps au cours de leur vie. À commencer par Joseph Didier, père de Vincent Auguste. Né en 1795 à Saint-Sorlin-d’Arves et quatrième enfant d’une fratrie de huit, il décède le 27 décembre 1850 à Lyon (2). Sur son acte de décès il est précisé qu’il est journalier à Chambéry. Que faisait-il à ce moment dans la capitale rhodanienne ? La question reste posée.

En somme, Vincent Auguste est le seul homme de la fratrie à avoir une descendance. Son frère aîné François Emmanuel, nous l’avons vu, meurt à 22 ans ; Jean François Alphonse, né en 1829, lui aussi marchand colporteur, meurt en 1854 à l’âge de 25 ans ; Charles Joseph Eugène, né en 1831, décède à l’âge de 4 ans et, enfin, Pierre Joseph François Théophile, né en 1840, décède à Saint-Sorlin-d’Arves en 1854.

Joseph Didier se marie le 30 avril 1822 à Saint-Sorlin avec Madeleine Pierraz. Toute sa famille est issue de Saint-Sorlin-d’Arves depuis au moins la fin du XVIIe siècle.

Synthèse généalogique de la branche Didier

Pierre Didier

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Jean Michel Didier (1722-1801)

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Pierre Didier (1762-1834)

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Joseph Didier (1795-1850)

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Vincent Auguste Didier (1834-1908)

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Séraphin Alphonse Didier (1897-1974)

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Germaine Célestine Didier (1925-2006)

De l’origine du patronyme Didier

Didier, Dédier : noms de baptême puis patronymes, popularisés en Savoie par saint Didier, évêque de Langres au IIIe siècle, et surtout par son homonyme évêque de Vienne en Dauphiné et martyr au VIIe siècle (deux paroisses sous son vocable en Maurienne et Chablais) (3)

Des origines mauriennaises mais pas uniquement !

C’est à souligner, tous mes ancêtres du côté de ma grand-mère paternelle ne sont pas tous issus de Saint-Sorlin-d’Arves. En effet, en 1822, Joseph se marie avec Madeleine Pierraz. Née en 1801 à Saint-Sorlin, son père Jean Baptiste est le premier de la famille Pierraz à naître dans les Arves, en 1767. Les parents de Jean Baptiste, François et Marguerite, portent tous deux le patronyme Pierraz et se marient le 9 janvier 1753 à Huez, dans le Dauphiné et plus précisément dans l’Oisans, d’où ils sont originaires. Par ailleurs, la mère de Marguerite, Anne, porte le patronyme Dusser et il est intéressant de noter que je trouve trace d’un mariage dans les registres paroissiaux de Saint-Sorlin en 1720 entre un Dusser originaire de Clavans-en-Oisans et une Chaix. Preuve s’il en fallait de la proximité entre le Dauphiné et les Arves à une époque où la Savoie n’est pas encore française.

Voies de communication entre les Arves et le Dauphiné au XVIIIe siècle

Voies de communication entre les Arves et le Dauphiné au XVIIIe siècle

D’où vient le patronyme Pierraz ?

Pierre, Piéron, Pierra, Pierraz, Pierron, Pierroz : noms de baptême puis patronymes, d’après le latin populaire Petrus (grec petros, rocher, issu de l’araméen), nom du premier des douze apôtres du Christ, mais après le XVIe siècle, l’appelatif a pu se confondre quelquefois avec « pierre » (latin petra), dans des patronymes à valeur topographique qui sont des abrègements de De La Pierre. Le nom de baptême Pierre, théoriquement le plus courant jusqu’au XIIe siècle (devant Jean) s’est surtout manifesté sous de très nombreux hypocoristiques ou diminutifs (exemple : Pernet), généralement d’après les formes anciennes Pere (langue d’oïl) et Peyre (occitan). […] Pierra, peut-être matronyme, a disparu en Savoie mais a produit (fin XVIIe siècle) la variante Pierraz, qui s’est éteinte en Savoie au siècle dernier. […] (4)

Des recherches à mener

Il s’agit désormais de voir si les Pierraz sont issus exclusivement de l’Oisans ou si, avant d’être en Dauphiné, les Pierraz gravitaient déjà en Savoie.

 

Notes

(1) Source : AD de la Savoie en ligne, 1R 240, vue 530/661

(2) Source : AM de Lyon, 2E 449, vue 317/324

(3) D’après GABION, Robert, Dictionnaire des noms de familles de Savoie, Haute-Savoie, canton de Genève (partie), Montmélian, La Fontaine de Siloé, 2011, p.403

(4) D’après GABION, Robert, Ibid., p.769