Il est une époque où les toits étaient faits de chaume, où les bêtes cohabitaient avec les humains, où les granges étaient remplies de foin, où toutes les richesses de familles alpines tenaient entre quatre murs et un peu au-delà. Au XIXe siècle, à Saint-Sorlin-d’Arves, petit village de Maurienne, les incendies représentent certainement une des catastrophes les plus redoutées, assurément une des plus redoutables.

Les premières cendres

Dans les registres paroissiaux de la commune, nous trouvons trace en 1789 d’un incendie dramatique responsable de la réduction en cendres d’une quinzaine de maisons dans le hameau de la Ville. Moins important, un nouvel incendie frappe le hameau de Cluny en 1840. Dans les deux cas, la foudre est à l’origine des flammes. En 1840, le curé de la commune déplore, dans ses registres, une catastrophe liée au « feu du Ciel. »

Les toits des habitations étant couverts de chaume (en paille de seigle à Saint-Sorlin), il est aisé d’imaginer à quel point les flammes n’ont aucun mal à se propager de maison en maison, propagation par ailleurs facilitée par le vent. Les habitants prennent alors l’habitude de construire, à Saint-Sorlin comme ailleurs en Maurienne puisque les incendies n’ont pas de préférence géographique, ce qu’on appelle des greniers, sortes de petites maisons, dans lesquelles les habitants placent leurs objets de valeur – les costumes traditionnels notamment – ainsi qu’une partie des récoltes. Ces greniers sont évidemment construits à l’écart des maisons d’habitation et constituent une manière de mettre en sécurité l’essentiel en cas d’incendie.

Grenier familial Brunet-Chaix, hameau du Pré, Saint-Sorlin-d'Arves, années 1930, collection privée, tous droits réservés.

Grenier familial Brunet-Chaix, hameau du Pré, Saint-Sorlin-d’Arves, années 1930, collection privée, tous droits réservés.

Quand le sort s’acharne

1854, 1868, 1872, 1874, 1876, 1883, 1887, 1894, 1897 : en moins de cinquante ans, Saint-Sorlin est victime de pas moins de neuf incendies, qui touchent les hameaux de Cluny, de la Ville, de l’Eglise, du Pré, de Pierre-Aigüe.

La presse locale de la seconde moitié du XIXe siècle rend compte des drames que les flammes représentent. D’abord en 1854, où la quasi-totalité du hameau du Pré est ravagé par les flammes. Le recteur de la paroisse, Alexis Bouttaz, témoigne même dans les registres paroissiaux :

En 1854 le 16 du mois de septembre, un violent incendie a éclaté au village du Pré, vers 9 heures du soir. En moins d’une heure, tout le village a été la proie des flammes, le seul grenier à côté de la grange n’a pas été atteint par le fléau destructeur : l’année 1854 avait été très précoce puisque toute la récolte était déjà retirée. Tout a péri. Que le bon Dieu nous préserve d’un malheur semblable ! Hommage soit rendu au plus grand nombre de paroissiens du diocèse qui, par le moyen de quêtes, sont venus au secours des victimes de l’incendie ; malgré cela, il y a beaucoup de souffrance et quelle peine pour rebâtir surtout dans cette paroisse où il n’y a point de forêt  communale. Pour mémoire. A. Bouttaz, recteur. » (1)

Le Constitutionnel Savoisien, 23/09/1854, disponible en ligne via http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php

Le Constitutionnel Savoisien, 23/09/1854, disponible en ligne via http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php

 

La Gazette de Savoie, 05/10/1854, disponible en ligne via

La Gazette de Savoie, 05/10/1854, disponible en ligne via http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php

En 1897, l’évêque de Maurienne en personne fait un appel au don dans la presse suite à un incendie touchant une nouvelle fois le hameau de la Ville. Lorsqu’il parle de l’incendie de 1895, il évoque en fait celui survenu en novembre 1894.

Le Courrier des Alpes, 06/11/1897, disponible en ligne via

Le Courrier des Alpes, 06/11/1897, disponible en ligne via http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php

Le fait commun souligné par l’ensemble des témoignages est sûrement la solidarité qui s’opère alors non seulement entre habitants de la même commune, mais aussi de la part des habitants des communes situées à proximité de Saint-Sorlin, notamment Saint-Jean-d’Arves. De véritables chaînes humaines se mettent en place pour acheminer l’eau sur les lieux enflammés, l’objectif étant d’arrêter la propagation de l’incendie. La solidarité passe aussi par l’organisation de quêtes à travers toute la vallée et même au-delà afin de venir en aide aux habitants sinistrés.

Par deux reprises, en 1868 et 1874, l’imprudence de parents ayant laissé leur enfant seul à proximité d’une boîte d’allumettes est mise en cause.

Le Courrier des Alpes, 12/03/1874, disponible en ligne via

Le Courrier des Alpes, 12/03/1874, disponible en ligne via http://www.memoireetactualite.org/fr/presse.php

Au XXe siècle, les incendies seront, fort heureusement, beaucoup moins fréquents à Saint-Sorlin, qui voit par ailleurs sa population baisser en raison de l’industrialisation et de l’exode rural de plus en plus massif. Dans le cadre de recherches généalogiques, il est fondamental d’avoir à l’esprit à quel point ce type de drames – il en existe bien d’autres – pèse et influe sur les trajectoires familiales étudiées à travers, par exemple, l’histoire d’une maison.

Hameau du Pré, années 1920, collection privée, tous droits réservés. De droite à gauche : la maison familiale Brunet-Chaix, le tzetza - qui signifie en patois une ruine - qui désigne l'emplacement d'un corps de bâtiment ravagé par les flammes et qui n'a jamais été reconstruit. Le grenier familial est à gauche sur la photo, avec la présence d'un puits juste à côté, attesté à partir de 1899 : sa construction est sans doute liée aux multiples incendies qu'a connu le hameau du Pré.

Hameau du Pré, Saint-Sorlin-d’Arves, années 1920, collection privée, tous droits réservés. De droite à gauche : la maison familiale Brunet-Chaix, le tzetza – qui signifie en patois une ruine – qui désigne l’emplacement d’un corps de bâtiment ravagé par les flammes et qui n’a jamais été reconstruit. On voit ensuite un puits, dont la présence est attesté à partir du cadastre de 1899 : sa construction, dont la date est inconnue, est sans doute liée aux multiples incendies qu’a connu le hameau du Pré. Enfin, le grenier familial.

À lire

A.S.P.E.C.T.S.(2), À la découverte de Saint-Sorlin-d’Arves, d’hier à aujourd’hui, Saint-Jean-de-Maurienne, Imprimerie Salomon, 1989, 48p.

Notes

(1) Archives départementales de la Savoie en ligne, RP de Saint-Sorlin-d’Arves, 5MI 567, vue 315/381

(2) Acronyme de Association Sauvegarde du Patrimoine Et de la Culture Traditionnelle de Saint-Sorlin.

 

 

Je vous imagine tous interloqués derrière vos écrans, « un procès concernant des animaux, on croit rêver » : eh bien non, pas de place aux rêves aujourd’hui, les procès mettant en scène des animaux ont bien existé. Jusqu’en Maurienne, et oui ! L’idée de cet article m’est justement vue au cours de la (re)lecture d’ouvrages de l’historien Michel Pastoureau, d’où son omniprésence ici.

S’interroger sur la responsabilité morale des animaux ouvre l’important dossier des procès qui les conduisent au tribunal à partir du milieu du XIIIe siècle. Malheureusement, malgré leur immense intérêt, ces procès attendent encore leurs historiens. Longtemps ils ont été, eux aussi, abandonnés à la « petite histoire », souvent à des publications destinées à un public friand d’anecdotes, tournant en dérision les moeurs et les croyances des sociétés anciennes. Attitude parfaitement anachronique, qui montre que parfois l’on n’a rien compris à ce qu’était l’Histoire.

Inconnus, semble-t-il, avant le milieu du XIIIe siècle, ces procès se rencontrent tout au long des trois siècles suivants. La Chrétienté occidentale a alors tendance à se replier sur elle-même, et l’Eglise devient un immense tribunal (création de l’officialité, institution de l’Inquisition et de la procédure par enquête). C’est sans doute ce qui explique, du moins en partie, l’instruction de tels procès. Pour le Royaume de France, j’ai pu repérer une soixantaine de cas entre 1266 et 1586. […] Cependant, la France n’a nullement le monopole de telles affaires. Elles concernent tout l’Occident, notamment les pays alpins où les procès faits à des insectes et à des « vers » semblent – comme ceux de sorcellerie – plus fréquents et plus durables qu’ailleurs.

PASTOUREAU, Michel, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, Paris, Editions du Seuil, 2014, pp.34-35.

Une justice de deux types

Comme pour les êtres humains, les animaux sont soumis à deux types de juridiction, pénale et civile, selon la nature du délit ou du crime commis, ou prétendument commis. C’est ainsi que l’on retrouve des truies, travesties parfois en être humain, soumises à la question afin qu’elles avouent ce qu’on leur reproche alors – Michel Pastoureau revient sur cette « truie qui, en 1457 à Savigny-sur-Etang, en Bourgogne, avoua (!) sous la torture avoir tué et en partie dévoré, le jeune Jehan Martin, âgé de cinq ans, sinistre repas qu’elle partagea avec ses six procelets » -, comme par exemple au procès très connu et très commenté de Falaise (Calvados) en 1386 : une truie est alors accusée d’avoir mordu mortellement un enfant, à la jambe et au visage. On l’habille d’une veste, de hauts-de-chausse et même de gants blancs et la condamne à des châtiments semblables à ceux dont on l’accuse : on lui coupe le groin, lui taillade une cuisse, et on la pend finalement par les jarrets jusqu’à ce que mort s’ensuive (le spectacle étant plus long que prévu, on l’étrangle finalement avant de la brûler…).

                                             Procès d’une truie au Moyen Age

De la mise à mort à l’expulsion des terres ravagées

Outre les divers exemples de procès d’animaux jugés pour crime ou pour simple vagabondage un peu partout en France et en Europe, outre les dissertations théologiques médiévales afin de déterminer dans quelle mesure un animal est doté d’une âme ou d’une raison – débats qui ont le mérite d’exister puisqu’à l’époque moderne, beaucoup de philosophes tranchent et considérent que les animaux ne sont pas des êtres moraux, renvoyant de fait l’animal à un dénuement de raison, de sentiment et de responsabilité. Outre tout cela, nous trouvons également des procès mettant en scène des insectes, responsables de la ruine de certaines récoltes notamment.

C’est à ce moment que nous nous arrêtons en Maurienne, où de tels procès ont lieu, à Saint-Julien-de-Maurienne (aujourd’hui Saint-Julien-Montdenis), à la fin du XVIe siècle par exemple. Rapportés par l’historien savoyard Léon Ménabréa (1804-1857) en 1846 dans les Mémoires de la Société académique de Savoie, il convient de s’y arrêter un instant.

En 1587, les syndics de St-Julien se pourvurent donc au révérend seigneur Vicaire-Général et Official de l’évêché de Maurienne, aux fins de reprendre contre les animaux brutes, animalia bruta, vulgairement appelés verpillons ou amblevins, les erremets de la contestation commencée en 1545. Ils exposent à ce magistrat que depuis deux ans en ça il est survenu dans le pays une si effroyable multitude de ces insectes, que le produit des vignobles a été dès lors réduit à néant ; que lesdits insectes commettent des dégâts inimaginables en rongeant les pampres et en dévorant la plus chère espérance du laboureur ; que jadis, grâce aux supplications et aux prières des pauvres habitants du lieu, la providence avait mis un frein à la fureur désordonnée, inordinato furori, de ces bêtes déprédatrices, mais que leur horde redoutable semble maintenant redoubler de rage et vouloir tout détruire.

MENABREA, Léon, « De l’origine de la forme et de l’esprit  des jugements rendus au Moyen Age contre les animaux », dans Mémoires de la Société académique de Savoie, Chambéry, 1846, p.407.

On nomme alors un procureur général, un procureur pour lesdits insectes, et un avocat pour représenter la cause des pauvres habitants. Le procès débute en mai. Au fil des semaines, le procureur des insectes et l’avocat des syndics de St-Julien dissertent sur des questions à la fois théologiques et philosophiques : la justice des hommes doit-elle intervenir dans les lois naturelles édictées par Dieu ? Les fruits de la nature n’appartiennent-ils pas à tous les êtres vivants ? À coup de psaumes et autres citations bibliques, les deux camps s’affrontent. En juin, les habitants proposent au procureur des insectes la cession d’une terre, « située au-dessus du village de Claret, dans un endroit connu sous le nom de Grand’Feisse »  afin qu’ils puissent en jouir en toute liberté. Après de longues délibérations, en septembre, le procureur des insectes refuse d’abord l’offre proposée. En cause : la terre proposée n’est pas suffisamment bonne, productive et intéressante pour ses clients. On nomme alors des experts chargés d’aller vérifier  l’état et la nature de la terre proposée. Malheureusement, l’histoire ne précise pas quelle sentence définitive est alors rendue en cette fin d’année 1587.

Pour plus de détails, je vous renvoie à la lecture de la publication de Ménabréa dans les Mémoires de la Société académique de Savoie, disponible en ligne sur le site de la BnF, Gallica.

Bien qu’il faille sans doute relativiser d’une part le nombre de procès similaires à celui qui vient d’être évoqué, et d’autre part leur réelle portée, ces procès ont surtout valeur symbolique. Le symbole est par ailleurs, dans la culture médiévale, très important, contrairement à l’emploi et l’usage que nous faisons du mot symbole aujourd’hui. Le mot de la conclusion, je le laisse à Michel Pastoureau et ne peut que vous encourager à lire ces ouvrages si ce n’est pas déjà fait !

Dans la culture médiévale, il en va autrement : l’animal est toujours source d’exemplarité, à un titre ou à un autre. Pour la justice, envoyer des bêtes au tribunal, les juger et les condamner (ou les acquitter), c’est toujours mettre en scène l’exemplarité du rituel judiciaire. Ce n’est nullement « justice perdue », comme le pense Beaumanoir, mais au contraire un acte indispensable à l’exercice de la « bonne justice ». Rien ne semble pouvoir échapper à l’emprise de celle-ci, pas même les animaux. Tout être vivant est sujet de droit.

Longtemps je me suis interrogé sur le nombre des procès intentés aux animaux domestiques. Est-ce que de telles affaires étaient fréquentes ? Peut-être. Mais, dans ce cas, pourquoi si peu de documents d’archives nous en ont-ils conservé le témoignage […] ? Cela est-il dû aux aléas de la conservation et de la transmission des archives ? À la volonté de faire disparaître les pièces des procès ? Ou bien, au contraire, ces affaires étaient-elles rares, voire très rares et, par là même, d’autant plus remarquables, le rituel des du procès et le spectacle du châtiment ayant fonction d’exemple et d’enseignement ? Aujourd’hui, c’est cette seconde hypothèse qui me semble être la bonne. À partir du XIIIe siècle, ces procès faits aux animaux constituent de véritables exempla ritualisés. Ils mettent en scène l’exercice parfait de la « bonne justice » appuyée sur la procédure inquisitoire et accompagnée de tous ses rituels (ceux-ci étant accomplis jusqu’au moindre détail). En outre, la justice n’encourt pas ici, comme c’est trop souvent le cas ailleurs, le risque de la subornation des témoins ni celui de la rétractation des accusés. Tout y absolument exemplaire.

PASTOUREAU, Michel, Une histoire symbolique du Moyen Age…, op.cit., p.52.

L’été approchant à grands pas, ne vous considérez pas comme fous donc si l’idée vous vient de traîner sur le banc des accusés les mouches, les taons, les moustiques et autres insectes responsables de tous vos tracas !

Armoiries de la vallée de la Maurienne

D’or à la tour de gueules supportant une aigle éployée de sable aux serres et à la langue de gueules, blason actuel de la vallée de la Maurienne. Source : Wikipédia.

De nombreux Mauriennais arborrent fièrement les armoiries de la vallée mais tiens petite question comme ça : savez-vous seulement d’où cet emblème provient ? Déjà, petit point de vocabulaire : l’héraldique est la science qui consiste à étudier des armoiries. Le blason, contrairement à certains emplois, désigne l’énoncé décrivant des armoiries, comme la partie en italique dans la légende ci-dessus : autrement dit, décrire des armoiries, en héraldique, peut se traduire par le verbe blasonner. Ensuite, comme vous le constatez, il existe des termes spécifiques lorsqu’on pratique l’héraldique. Dans le cas qui nous intéresse, les couleurs jaune, rouge et noir se disent respectivement d’or, de gueules (toujours au pluriel) et de sable. Des spécifités existent aussi dans l’emploi du genre des mots : un aigle s’emploie au féminin, d’où le -ée à la fin du mot « éployée », et oui mon copain, ce n’était pas une faute de frappe !

Sachez enfin que, là encore contrairement aux idées reçues, l’héraldique et surtout le fait d’avoir des armoiries n’est pas l’apanage de la noblesse bien que cette dernière en a largement usé ; en effet, à l’époque médiévale, toutes les couches de la population ont des armes, qu’elles soient familiales ou relatives à des métiers/corporations. Pour plus d’informations sur l’héraldique, je vous renvoie aux références bibliographiques ci-dessous.

Revenons à notre sujet, et aux armoiries de Maurienne. Remontons les siècles et intéressons-nous à la Maison de Savoie, dynastie européenne fameuse, constituée lorsque les pays de Savoie sont intégrés au Saint-Empire romain germanique dans la première moitié de l’an mil. D’où venaient les fondateurs de la Maison de Savoie ? De Maurienne ! Le tout premier comte de Maurienne attesté, Humbert Ier dit « aux Blanches Mains » (v.975-v.1045) porte leblason suivant : d’or à l’aigle de sable.

Portrait d'Humbert Ier dans GUICHERON, Samuel, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie, vol. 1, 1660. Disponible sur gallica.bnf.fr

Portrait et blason d’Humbert Ier dans GUICHERON, Samuel, Histoire généalogique de la royale Maison de Savoie, vol. 1, 1660. Disponible sur gallica.bnf.fr

Et voilà, nous avons déjà l’origine de l’aigle, symbole impérial par excellence, que la Maison de Savoie affiche sans doute en reconnaissance au Saint-Empire romain germanique. Avant d’évoquer les ajouts sur les armes actuelles de la Maurienne, il est intéressant de voir, au fil des siècles, comment l’héraldique est un outil puissant pour légitimer telle ou telle dynastie en la rattachant, grâce à l’iconographie, à des branches prestigieuses. L’héraldique en tant qu’outil politique donc.

Dans un autre ouvrage dont l’auteur nous est inconnu et daté du XVIe siècle, nous trouvons la mention de l’hypothétique père d’Humbert Ier, le légendaire Bérold. Je me permets d’affirmer le légendaire car pour l’heure, les historiens discutent encore de son éventuelle existence.

Armoiries attribuées à Bérold, légendaire premier comte de Maurienne. Source : INCONNU, Armorial colorié de la Maison de Savoie et de ses alliances, depuis Bérold, comte de Maurienne, jusqu'aux enfants de Philippe II, comte de Bresse, et François I, roi de France, son petit-fils, XVIe s. -- Paris, BNF Ms Fr 18982. Disponible sur gallica.bnf.fr

Armoiries attribuées à Bérold, légendaire premier comte de Maurienne. Source : INCONNU, Armorial colorié de la Maison de Savoie et de ses alliances, depuis Bérold, comte de Maurienne, jusqu’aux enfants de Philippe II, comte de Bresse, et François I, roi de France, son petit-fils, XVIe s. — Paris, BNF Ms Fr 18982. Disponible sur gallica.bnf.fr.

Ici, nous retrouvons bien l’aigle avec néanmoins, en son centre, les armes du duc de Saxe. Quel intérêt me direz-vous ? Le duché de Saxe étant aux mains des descendants de Charlemagne depuis le IXe siècle, c’est une manière, pour l’auteur, de rattacher la Maison de Savoie à une lignée prestigieuse. On est au coeur de l’utilisation et l’instrumentalisation politique de l’héraldique. Cet exemple étant loin, très loin, d’être unique dans l’histoire des armoiries des grandes dynasties européennes.

Terminons désormais sur l’ajout d’une tour sur le blason actuel de la vallée de la Maurienne. Certains auteurs datent cet ajout au début du XXe siècle, soit très récemment. Pour autant, à quelques kilomètres de Saint-Jean-de-Maurienne, capitale de la vallée, se trouve une tour, située sur la commune de Le Châtel, que l’on appelle communément « tour de Bérold ». Encore une fois, absolument aucune source historique ne vient créditer l’hypothèse selon laquelle cette tour aurait été la propriété de ce fameux Bérold mais il n’en demeure pas moins qu’on a peut-être une piste sur les raisons de l’ajout d’une tour sur les armoiries de la vallée.

Tour dite de Bérold à Le Châtel près de Saint-Jean-de-Maurienne. En arrière-plan, les aiguilles d'Arves. Crédits : Syndicat du Pays de Maurienne (SPM).

Tour dite de Bérold à Le Châtel près de Saint-Jean-de-Maurienne. Crédits : Syndicat du Pays de Maurienne (SPM).

Si les armoiries de Maurienne demeurent, il est enfin édifiant de constater que la Maison de Savoie, elle, abandonne relativement vite l’aigle d’inspiration germanique pour la croix de Savoie, emblème encore actuel des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Ceci marque non seulement une volonté d’autonomie par rapport au pouvoir impérial auquel sont soumis la Maurienne et les territoires présents plus tard dans le Duché de Savoie, mais le symbolisme de la croix est aussi une référence directe à la chrétienté. C’est en effet à partir de Boniface de Savoie, dit le Roland (1244-1263) que l’emblème principal de la Maison de Savoie devient exclusivement de gueules avec une croix d’argent.

De gueules avec une croix d’argent, blason de la Maison de Savoie à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle. Source : Wikipédia.

Désormais, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

Références bibliographiques (et loin d’être exhaustives !)

« À chaque famille ses armoiries » (2015, automne), La revue française de Généalogie, n° spécial 41, 66p.

FROGER, Michel, L’Héraldique. Histoire, blasonnement règles, Rennes, Editions Ouest-France, 2012, 128p.

PASTOUREAU Michel, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, Paris, 2014, 484p.

 

Quoi ? Quatrième édition du #ChallengeAZ et tu ne sais toujours pas ce que c’est ?

Rendez-vous incontournable des généablogueurs initié par Sophie Boudarel, le Challenge AZ consiste à publier chaque jour du mois de juin – excepté les dimanches – un article en lien avec la généalogie en suivant l’alphabet. Vaste programme me direz-vous tant le monde de la généalogie est vaste et tant l’imagination des généablogueurs est grande.

Pour ma première participation, j’avais choisi d’évoquer ma généalogie dans ses grandes lignes, afin de mettre en valeur la pluralité de mes origines et de mes ancêtres. Au final, j’avais conclu par « un alphabet ne suffit pas » et de toute façon un alphabet ne suffit jamais car l’exhaustivité en généalogie… ça n’existe simplement pas.

Pour ma deuxième participation, j’avais ainsi tiré les conséquences de l’édition précédente et avais axé mon Challenge sur l’histoire d’un grand oncle de Saint-Sorlin-d’Arves, Etienne Brunet, parti en Californie en 1858. Autant se le dire, ça a été un carton. Tant sur le retour des gens qui se sont plus à suivre les aventures d’un homme dont la trajectoire est extraordinaire, que sur le plan personnel, où j’ai vraiment pris conscience à quel point l’histoire de cet oncle avait un écho particulier, aussi bien dans l’intensité des recherches menées que dans ma fascination pour lui. Les recherches ne se sont d’ailleurs pas arrêtées depuis, d’autres découvertes sont venues alimenter l’histoire d’Etienne – et des autres qui sont partis avec ou après lui, à commencer par son petit frère Joseph, qui le rejoint en 1874. Un projet de livre est même en cours !

Et alors, que faire en 2016 ? Je ne vous cache pas avoir hésité à participer dans la mesure où je savais que le Challenge tomberait peu après la création de mon entreprise et en même temps que la finalisation de mon DU de Généalogie familiale qui reste, vous l’imaginez, relativement chronophage. Puis j’ai justement eu envie de faire un Challenge un peu décalé, avec le thème suivant : « La généalogie en questions. »

L’idée, c’est d’explorer les différentes composantes de la généalogie à travers des thématiques diverses et variées, en mettant en valeur les recherches que j’ai pu ou que je continue de mener, mais aussi le quotidien du généalogiste, qu’il soit amateur ou professionnel, le tout avec ironie et humour. C’est en tout cas le pari que je prends, en espérant qu’à l’issue du Challenge, quelqu’un puisse se dire que la généalogie n’est pas tout à fait comme il l’avait imaginé au départ, a priori. Rendez-vous donc le 30 juin pour le verdict !

Voilà pour moi. Mais le Challenge AZ, c’est aussi l’occasion de découvrir d’autres généalogistes, d’autres types de recherches, d’autres régions, c’est finalement l’occasion de voyager un peu avec les quelques cinquante participants de l’édition 2016, en ne comptant que ceux annoncés. Si, pour nous, généablogueurs, le premier challenge est déjà d’y participer, pour le lecteur lambda, le véritable challenge est de suivre la lecture de tous les blogs au fil des semaines qui composent le mois de juin. Evidemment, faut-il le rappeler, les maîtres mots restent plaisir et partage.

Même pour me faire plaisir, ne vous infligez pas la lecture de mes articles si vous n’en avez pas envie. Quoique si, au moins pour mon blog, venez faire un tour tous les jours quand même, c’est sympa la déco vient d’être refaite puis si vraiment vous n’accrochez pas, faites-le savoir en commentant mes articles. Vous ferez un débat avec ceux qui aiment et tout… Ok je sors.

Bon vent de printemps et n’oubliez pas que la vie est belle…

Guillaume

 

 Tout vient à point à qui sait attendre. »

C’est parti… Près de quatre ans ont passé depuis la première fois où j’ai imaginé devenir généalogiste professionnel. Je terminais mon Master 2 Recherche d’Histoire moderne contemporaine à Lyon 2 et pratiquais déjà la généalogie depuis quelques années. En quatre ans, vous imaginez comme l’eau a pu couler sous les ponts et comme j’ai pu mûrir mon projet, entre sérennité et impatience. Désormais, alors même que je suis officiellement généalogiste professionnel, je termine dans quelques semaines mon Diplôme Universitaire en Généalogie familiale dispensé par l’Université du Maine (Le Mans), qui se déroule très bien et sur lequel je reviendrai prochainement. Comme une boucle qui se boucle en définitive.

Bienvenue à toutes et à tous, donc, sur la nouvelle interface de mon blog, désormais section de mon site !

Vous y retrouverez toute mon actualité mais également des articles sur ma pratique de la généalogie et mon histoire familiale, plutôt devrais-je dire mes histoires familiales. La publication du site intervient justement en amont de l’édition 2016 du Challenge AZ, auquel je participe pour la troisième fois. Ce sera une belle manière d’inaugurer et d’alimenter ce nouveau blog. Je veux que cet espace soit aussi une sorte de petit labo qui vous permette d’entrer et d’entrevoir dans le monde de mes recherches, dans mon monde tout court en fait. Par conséquent, n’hésitez pas à interagir à travers les commentaires – un blog est aussi un espace d’échanges.

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Par la création de mon entreprise, je tente de concrétiser le rêve de beaucoup d’entre nous : vivre de sa passion. Bien qu’il me soit impossible de prédire l’avenir – c’est mieux comme ça ! – j’espère donc que cette aventure durera longtemps et permettra d’innombrables rencontres et la découverte d’un tas de richesses humaines et archivistiques.

La vie est belle.